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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300819

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300819

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPYXIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, M. B A, représenté par Me Marcel demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour, ensemble la décision par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un récépissé ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ainsi qu'un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de cette même notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors que le préfet de Vaucluse n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles 6-5 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par lettre du 15 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer, d'une part, sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite refusant la délivrance du récépissé, et, d'autre part, sur celles tendant à ce qu'il soit enjoint à l'autorité préfectorale de le lui délivrer, dès lors qu'il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 21 novembre 2024, le rapport de M. Roux, président.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 21 août 1972, déclare être entré une première fois sur le territoire français le 28 octobre 2001. Il a exécuté une mesure d'éloignement, prise par arrêté du préfet de Vaucluse, du 17 août 2007. Après être entré irrégulièrement sur le territoire français au cours de l'année 2012, il a sollicité la régularisation de sa situation auprès des services de la préfecture du Gard, le 22 février 2013. Par un arrêté du 8 septembre 2014, que l'intéressé n'a pas exécuté, le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un courrier reçu en préfecture de Vaucluse le 24 août 2022, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Du silence gardé durant quatre mois par le préfet de Vaucluse est née, le 24 décembre 2022, une décision implicite de rejet de cette demande dont M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation ainsi que de celle par laquelle la délivrance d'un récépissé lui a également été opposée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Par les pièces qu'il a produites au dossier et en l'absence d'accusé de réception du courrier qu'il prétend avoir adressé, M. A n'établit pas avoir sollicité auprès du préfet de Vaucluse la communication des motifs de la décision implicite attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la circonstance alléguée que le préfet de Vaucluse, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'aurait pas remis au requérant le récépissé de dépôt de sa demande de titre de séjour est sans incidence sur la légalité du refus de séjour implicite attaqué ultérieurement né de son silence gardé sur celle-ci.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions de l'accord franco-algérien, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de cet accord ou du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

7. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour présentée par M. A n'était pas fondée sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais uniquement sur celles des articles 6-1 et 6-5 de l'accord franco-algérien. Le préfet de Vaucluse n'était dès lors pas tenu d'examiner d'office cette demande sur un autre fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision implicite de rejet de la demande du requérant aurait méconnu ces dispositions ne peut donc qu'être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

9. Par les pièces qu'il a produites, peu nombreuses pour chacune des années concernées et constituées pour l'essentiel de certificats médicaux rédigés à des dates ponctuelles, de documents administratifs et correspondances n'impliquant pas la présence de l'intéressé ou encore d'attestations qui n'ont pas été établies dans les formes règlementaires garantissant leur authenticité, rédigées en des termes généraux et peu circonstanciés, M. A n'établit pas résider habituellement en France depuis 2012 comme il l'affirme. Il est, en outre, célibataire et sans charge de famille et ne démontre pas être dépourvu d'attaches personnelle et familiale dans son pays d'origine où il a vécu plus de quarante ans. S'il se prévaut de son insertion professionnelle et fait valoir qu'il a effectué des missions en intérim, les pièces produites concernent pour leur grande majorité une période antérieure à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet en 2007. Dans ces circonstances, la décision attaquée ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations des articles 6-5 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour serait entachée d'illégalité et que les conclusions tendant à son annulation doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un récépissé :

11. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. ".

12. Le préfet de Vaucluse, qui a accusé réception, le 24 août 2022, de la demande de titre de séjour de M. A, ne conteste pas ne pas lui avoir remis le récépissé de dépôt correspondant. La décision par laquelle il a ainsi implicitement refusé cette délivrance d'un récépissé méconnaît les dispositions précitées de l'article R. 431-12 et doit donc être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions dirigées contre la décision par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour et annule la décision par laquelle il a refusé de remettre à M. A un récépissé de dépôt de sa demande, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions du requérant présentées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement refusé de délivrer un récépissé de dépôt de demande de titre de séjour à M. A est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le président rapporteur,

G. ROUX

L'assesseur,

F. BEREHOUC La greffière,

B. ROUSSELET-ARRIGONI

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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