jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2300929 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BRUNA-ROSSO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées le 16 mars et le 10 mai 2023, Mme D A C, représentée par Me Bruna-Rosso, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la préfète de Vaucluse en date du 16 février 2023, portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la préfète de Vaucluse une somme de 1 460 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée au sens de l'article L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète n'a pas examiné sa demande de titre sur le fondement des articles 5, 6 et 7 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, ni au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- en refusant le séjour au requérant sans examiner sa demande au regard des dispositions de l'article L.435-1 du CESEDA, la préfète a méconnu ces dispositions et notamment son pouvoir de régularisation ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa situation familiale et médicale.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- méconnait le pouvoir d'appréciation, conféré par l'article L. 611-1 du cde de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la préfète ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ainsi que sur celle de ses enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Par une lettre, enregistrée le 10 mai 2023, Mme D A C, représentée par Me Bruna-Rosso, indique que le mémoire en défense produit par la préfète de Vaucluse ne la concerne pas.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Peretti,
- et les observations de Me Bruna-Rosso, représentant Mme A C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante tunisienne née le 8 avril 1983 à Sousse (Tunisie), est entrée en France le 2 avril 2016 sous couvert d'un visa " C " délivré le 23 novembre 2015 à Tunis. Par arrêté du préfet de Vaucluse en date du 13 décembre 2019, elle a fait l'objet d'un premier refus de titre accompagné d'une obligation de quitter le territoire. Par une demande reçue en préfecture le 13 octobre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 février 2023, la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Pour refuser d'admettre Mme A C au séjour, la préfète de Vaucluse s'est fondée sur l'absence d'éléments probants concernant sa présence durable et continue en France qui pourraient venir témoigner de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens dans ce pays, et du fait qu'elle ne démontre ni n'avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, ni ne plus avoir d'attaches en Tunisie. S'il ressort également des pièces du dossier que Mme A C, qui est entrée en France le 2 avril 2016 sous couvert d'un visa C valable jusqu'au 20 mai 2016, s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire national malgré une première mesure d'éloignement en date du 13 décembre 2019, la requérante établit toutefois, par les pièces qu'elle produit au dossier, qu'elle mène en France une vie commune effective depuis l'année 2017 avec son époux, qui bénéficie d'une carte de résident. Ensemble, ils ont eu trois enfants, nés en 2018, 2019 et 2022, dont les deux plus âgés sont scolarisés en petite et moyenne section à l'école maternelle La Trillade à Avignon. Mme A C produit également au dossier la preuve de son suivi médical régulier depuis 2017. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments permettant de considérer que l'intéressée aurait conservé des attaches fortes dans son pays d'origine, Mme A C doit être regardée, dans les circonstances particulières de l'espèce, comme ayant fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dès lors, la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Ainsi, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté pris à son encontre le 16 février 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. L'annulation de l'arrêté attaqué, eu égard au motif qui en constitue le fondement, implique la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de procéder à cette mesure dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros qui sera versée à Mme A C épouse B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté en date du 16 février 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de délivrer à Mme A C épouse B un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Vaucluse de délivrer à Mme A C épouse B une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A C épouse B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A C épouse B et à la préfète de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
Mme Bourjade-Mascarenhas, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
Le président-rapporteur,
P. PERETTI
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
P. PARISIENLe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026