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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301038

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301038

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301038
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2023, et des pièces complémentaires enregistrées le 16 mai 2024 qui n'ont pas été communiquées, Mme B A épouse C, représentée par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète de Vaucluse a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite de rejet attaquée est entachée d'un défaut de motivation, faute pour le préfet de Vaucluse d'en avoir communiqué les motifs ainsi que cela lui était demandé par un courrier du 30 janvier 2023 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 6-2 de l'accord franco-algérien dès lors qu'elle est entrée en France le 4 décembre 2012 et y réside depuis lors, que son époux possède la nationalité française et souffre d'importants problèmes de santé et, enfin, que ses deux sœurs résident régulièrement en France sous couvert de certificats de résidence d'une validité de dix ans ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure de produire dans le délai d'un mois qui lui a été notifiée le 24 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chaussard.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante algérienne née le 21 janvier 1963, Mme A épouse C est entrée en France le 4 décembre 2012 sous couvert d'un visa de type C et déclare s'y être maintenue depuis lors. Par un courrier du 4 octobre 2022, la préfète de Vaucluse indiquait, d'une part, avoir accusé réception, le 28 septembre 2022, de la demande de régularisation de sa situation administrative et, d'autre part, qu'en l'absence de réponse au plus tard le 28 janvier 2023 cette demande serait réputée rejetée. Le silence gardé pendant plus de quatre mois par la préfète de Vaucluse a donné naissance à une décision implicite de rejet en vertu des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A épouse C demande au tribunal l'annulation de cette décision implicite de rejet.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. Le préfet de Vaucluse, qui n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application des dispositions citées au point 2. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par les requérants ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Mme A affirme résider de manière continue en France depuis qu'elle y est entrée le 4 décembre 2012 et établit, par les pièces qu'elle a produites, cette présence habituelle depuis 2013, qu'elle a été mariée une première fois avec un ressortissant français décédé le 28 août 2017, qu'elle a épousé, le 14 novembre 2020, un ressortissant français avec lequel elle justifie d'un vie commune et qui est atteint d'une tumeur neuro-endocrine ayant justifié l'octroi du bénéfice de l'allocation aux adultes handicapés depuis le 7 juin 2022 et nécessitant la présence quotidienne de l'intéressée à ses côtés. Elle établit également que ses deux sœurs résident régulièrement en France sous couvert de certificats de résidence d'une durée de validité de dix années. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de Vaucluse a porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A épouse C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite qu'elle conteste.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard aux motifs d'annulation mentionnés au point 5, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de Vaucluse délivre à Mme A épouse C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. Il y lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à Mme A épouse C au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle la préfète de Vaucluse a implicitement refusé de délivrer à Mme A épouse C un titre de séjour est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de délivrer à Mme A épouse C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Mme A épouse C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié Mme B A épouse C et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Conesa Terrade, première conseillère,

M. Chaussard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

M. CHAUSSARD

Le président,

G. ROUX

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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