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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301057

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301057

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFEBBRARO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2023, M. A C, représenté par Me Febbraro, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté n° 23/84/178G du 21 mars 2023 pris par la préfète de Vaucluse portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour pour une durée d'un an, et fixation du pays de destination ;

- d'enjoindre à la préfète de Vaucluse, en application des articles L. 911-1 et suivants du Code de justice administrative, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision n'est pas régulièrement motivée ;

- la décision est prise en violation de l'article 8 de la CESDH et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; la décision est entachée d'une erreur de fait, il est parfaitement intégré en France, et a des attaches familiales, vivant chez sa sœur ;

- la décision est prise en violation de l'article 3 de la CESDH et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision d'interdiction de retour :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du CESEDA et d'une erreur de fait.

Par un mémoire reçu le 26 avril 2023 à 8h30 la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 avril 2022 :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Viens, substituant Me Febbraro, pour M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant turc, né le 2 mai 1992 à Karliova (Turquie), a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA le 1er mars 2017, dont la décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 26 juin 2018. A la suite de ce rejet la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français, par arrêté en date du 23 août 2018. Une demande de réexamen déposée le 17 mai 2022 a été rejetée comme irrecevable par une décision de l'OFPRA du 27 mai 2022, notifiée le 13 juin 2022. Par arrêté du 21 mars 2023, qui est l'acte attaqué, la préfète de Vaucluse a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a pris une interdiction de retour d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination.

2. Par un arrêté du 9 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de Vaucluse a accordé à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

3. L'arrêté contesté comporte dans ses visas et motifs les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen complet de la situation particulière de M. C au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. La préfète a pris en compte notamment le rejet des demandes d'asile du requérant, sa situation au regard du travail irrégulier, sa vie privée et familiale en mentionnant sa situation de célibataire sans enfant, et l'absence de risque en cas de retour dans le pays d'origine. S'agissant de l'interdiction de retour, la préfète n'avait pas à motiver l'absence de circonstances exceptionnelles justifiant qu'il n'édicte pas d'interdiction de retour, et quant à la durée, la décision mentionne l'entrée clandestine du requérant, l'absence de famille nucléaire en France, une précédente mesure d'éloignement. Les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'examen complet de la situation du requérant ne peuvent être qu'écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. ". M. A C, qui ne peut justifier être entré régulièrement en France et qui a été interpellé en situation de travail illégal le 21 mars 2023 à Caromb, pouvait être légalement obligé de quitter le territoire français sur le fondement des 1° et 6° précités.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. C, à la suite du rejet de sa demande d'asile avait vocation à quitter le territoire français. Célibataire sans charge de famille, il ne justifie pas, en se prévalant de la présence de sa sœur, chez qui il déclare vivre, d'une vie privée familiale sur le territoire français à laquelle la décision d'éloignement porterait une atteinte disproportionnée, au regard de l'objet de la mesure d'éloignement prise en vue de la maîtrise de l'immigration irrégulière. Si le requérant soutient être bien intégré en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de Vaucluse aurait, en prenant la mesure d'éloignement attaqué, porté une grave atteinte à la situation personnelle de M. C. Il ne ressort pas en outre des pièces du dossier et notamment de l'examen de la décision que la préfète aurait commis une erreur de fait concernant la situation du requérant.

Sur la décision fixant le pays de destination :

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". M. C ne justifie pas d'une violation des stipulations précitées.

Sur l'interdiction de retour :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

8. D'une part M. C ne justifie pas de l'existence de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la prise d'une interdiction de retour. D'autre part la préfète de Vaucluse a pris en compte l'entrée clandestine du requérant, l'absence de famille nucléaire en France et une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions la préfète n'a pas commis de fait et d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre du requérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète de Vaucluse et à Me Febbraro

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le magistrat désigné,

F. B

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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