mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2301122 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BELAÏCHE |
Vu la procédure suivante :
Par requête enregistrée le 29 mars 2023, Mme B E, représentée par Me Belaïche, demande au tribunal :
- l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle,
- l'annulation de l'arrêté n°2023-30-021-BCE du 23 février 2023 par lequel la préfète du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;
- d'enjoindre la préfète, sous astreinte de 100 euros par jour en application des articles L.911-1 et s. du Code de justice administrative, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- l'acte est entaché d'incompétence ;
- la motivation est insuffisante ;
- il y a absence de débat contradictoire ;
- les dispositions de l'article L. 611-1 4 du CESEDA ont été méconnues ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle est enceinte et peut être régularisée ;
- la décision est prise en violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegardes droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- il peut être excipé de l'illégalité de la décision portant OQTF contenue dans l'arrêté querellé pour contester la légalité interne de la décision fixant le pays de renvoi.
Par un mémoire enregistré le 21 avril 2023 la préfète du Gard conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 avril 2023 :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Belaïche, pour Mme E assistée de Mme D, interprète en langue géorgienne.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
1. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme B E, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
2. Par une décision du 16 septembre 2022, notifiée le 23 septembre suivant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), statuant en procédure accélérée, a rejeté la demande d'asile présentée le 28 avril 2022 par Mme B E, ressortissante géorgienne née le 28 mai 1995 à Tbilisi (Géorgie). A la suite de ce rejet la préfète du Gard a, par arrêté du 23 février 2023, qui est l'acte attaqué, ordonné à l'intéressée de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
3. L'arrêté en litige a été signé par Mme A F, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture du Gard, nommée par décret du 24 novembre 2021, qui a reçu délégation de la préfète du Gard par arrêté du 11 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°30-22-2060 le même jour, à l'effet de signer notamment les arrêtés d'obligation de quitter le territoire national et les décisions fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit, par suite, être écarté.
4. L'acte attaqué mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, qu'il s'agisse de l'obligation de quitter le territoire ou de la décision fixant le pays de destination. L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas à la préfète de mentionner l'ensemble des éléments qu'elle a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
5. En l'espèce, la requérante n'établit pas qu'à la suite de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, elle aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'elle n'aurait pas été en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". L'article L. 541-1 de ce code précise que : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". L'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article L. 531-24 dudit code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; 2° ". Il résulte de ces dispositions que le droit du demandeur d'asile à se maintenir sur le territoire, dans le cas où sa demande a été examinée par l'OFPRA selon la procédure accélérée prévue à l'article L. 531-24 cesse à la date de l'intervention de la décision de rejet prise par l'office, en l'espèce le 16 septembre 2022. Le moyen tiré de la violation des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 ne peut être qu'écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " . La requérante, entrée sur le territoire français au printemps 2022 avec son époux et sa fille, née le 16 mars 2018, n'y a séjourné régulièrement que sous couvert de sa demande d'asile. Elle ne justifie d'aucun empêchement à continuer à mener sa vie familiale en Géorgie, son époux étant lui-aussi obligé de quitter le territoire français, et ne justifie pas que son état de grossesse l'empêche de voyager, étant entendu qu'elle pourra demander un délai de départ supplémentaire en cas de besoin, et la décision d'éloignement, qui n'a ni pour objet ni pour effet de porter atteinte à l'unité de la famille, ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté. Pour le même motif, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
8. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ne peut être qu'écarté, cette décision n'étant pas illégale.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E ne peut être que rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme E est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à la préfète du Gard et à Me Belaïche.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.
Le magistrat désigné,
F. C
La greffière,
M-E. KREMER
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301122
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