mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2301155 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | AUDOUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 31 mars, 15 juin et 30 octobre 2023, l'association syndicale libre " Canto Grillet ", Mme I A, M. H F, M. et Mme K et J B, Mme D C et M. G E, représentés par Me Rouault, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2023 par lequel le maire d'Orsan a délivré un permis d'aménager à la SARL Promecia ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Orsan la somme de 1 000 euros à verser à l'association syndicale libre " Canto Grillet " et la somme de 500 euros à verser à chacun des autres requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- le permis d'aménager attaqué est insuffisamment motivé ;
- il présente un risque pour la sécurité publique au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les articles A1 et A2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;
- il est incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) du secteur des Auvergnasses.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2023, la commune d'Orsan, représentée par Me Audouin, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal fasse application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de l'association syndicale libre " Canto Grillet " en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- les observations de Me Rouault pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 novembre 2022, la SARL Promecia a déposé une demande de permis d'aménager un lotissement de dix-neuf lots sur un terrain situé rue Canto Grillet, parcelles cadastrées section ZE n°s 120, 121, 156, 24P, 123P et section B n° 818, classées en zone A et UC du plan local d'urbanisme d'Orsan. Par arrêté du 1er février 2023 dont l'association syndicale libre Canto Grillet et les autres requérants demandent l'annulation, le maire de cette commune a délivré le permis d'aménager ainsi sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, en se bornant à faire valoir que les prescriptions dont est assortie l'arrêté litigieux seraient insuffisamment motivées sans davantage préciser leurs allégations, les requérants n'ont pas assorti ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis d'aménager sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est classé au PLU parmi les zones exposées à un risque modéré d'inondation par ruissellement et par débordement. L'arrêté litigieux rappelle à cet égard que le projet est soumis au respect des dispositions de l'article 2 du règlement du PLU applicable à la zone UC, dans laquelle seront aménagés les dix-neuf lots projetés, qui visent à limiter le risque d'inondation en imposant que le plancher des constructions soit édifié à une hauteur minimale de 0,80 mètres au-dessus du terrain naturel.
5. D'autre part, il ressort du porter à connaissance sur le risque de feu de forêt établi par la préfète du Gard le 11 octobre 2021 que le terrain d'assiette du projet est exposé, au titre de ce risque, à des aléas très fort, moyen et faible. L'expertise de risque incendie réalisée à la demande de la pétitionnaire indique que " la zone du projet et ses abords sur 50 mètres sont majoritairement concernés par des niveaux d'intensité faible : 78,2% de niveau nul et faible, alors que 18,1% sont en aléa très fort ". Le projet, qui s'implantera en continuité directe d'une zone densément urbanisée et prévoit l'installation d'un poteau incendie ainsi que la mise en œuvre de mesures destinées à améliorer l'autoprotection des bâtiments, est, en tout état de cause, conforme aux préconisations prévues par ce porter à connaissance en fonction des différents aléas affectant le secteur. Au vu de l'ensemble de ces éléments, et notamment des risques d'incendie et d'inondation auxquels est exposé le terrain d'assiette du projet de lotissement et des prescriptions et mesures prévues par le permis d'aménager litigieux pour limiter les conséquence de leur réalisation, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en délivrant cette autorisation, le maire d'Orsan aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
6. En troisième lieu, l'article A1 du règlement du PLU dispose que " Tout ce qui n'est pas autorisé à l'article A2 est interdit ". Aux termes de l'article A2 : " () 2) Seules sont admises les occupations et utilisations du sol suivantes, si elles respectent des conditions particulières : Dans le secteur A, seuls pourront être autorisées : - Les constructions nécessaires à l'exploitation agricole () ; - Les constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif, à condition que celles-ci ne portent pas atteinte à l'activité agricole ; - Les extensions des constructions à usage d'habitation nécessaires à l'exploitation agricole () ; - La reconstruction à l'identique des bâtiments détruits par un sinistre (). Dans les secteurs concernés par le risque inondation modéré par débordement, figurant sur les documents graphiques, seuls pourront être autorisés : - les extensions des constructions à usage d'habitation nécessaires à l'exploitation agricole () ; - les extensions des constructions à usage d'activité nécessaires à l'exploitation agricole () ; - les clôtures dès lors qu'elles sont transparentes à l'eau ; - les affouillements de sol et les équipements collectifs liés à la lutte contre les risques d'inondation () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que l'accès aux dix-neuf lots dont l'aménagement en zone UC a été autorisé par l'arrêté litigieux sera assuré par une voie interne recouverte d'enrobé à créer sur la parcelle voisine, cadastrée section ZE n° 123, classée pour sa part en zone agricole du territoire de la commune d'Orsan. Une telle voie, à supposer même qu'elle permette de relier le quartier des Auvergnasses à la route départementale 121 par le point de raccordement figurant sur le schéma joint à l'OAP n°3 relative à ce secteur, n'est pas au nombre des occupations et utilisations du sol limitativement autorisées en zone agricole par l'article A2 précité du règlement du PLU. Les requérants sont donc fondés à soutenir que le permis en litige, en tant qu'il autorise sa réalisation, méconnaît les articles A1 et A2 du règlement du PLU.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. ". Il résulte de ces dispositions que les travaux ou opérations d'urbanisme doivent être compatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation (OAP), étant précisé que la compatibilité d'une autorisation d'urbanisme avec une OAP doit s'apprécier au regard des caractéristiques concrètes du projet et du degré de précision de l'OAP en cause.
9. Ainsi qu'évoqué précédemment, l'OAP n° 3 du PLU vise à définir les principes de desserte du secteur des Auvergnasses au sein duquel s'insère le projet. Dans cet objectif, le schéma qui y est joint identifie le tracé de la voirie envisagée ainsi que les " trois points obligatoires de raccordement " par lesquels elle devrait être reliée aux voies existantes. D'une part, le point de raccordement situé au nord-ouest du périmètre de l'orientation d'aménagement est séparé du terrain d'assiette par plusieurs parcelles, de sorte que l'exécution du permis d'aménager en litige est sans influence sur sa mise en œuvre. D'autre part, la circonstance que la voie interne projetée ait vocation à desservir les dix-neuf lots par la partie centrale du terrain d'assiette ne fait pas obstacle à la création ultérieure d'une voie en limite est de ce terrain, permettant ainsi de respecter le tracé de la voirie et les points de raccordement programmés par l'orientation d'aménagement. Les requérants ne sont, dès lors, pas fondés à soutenir que le permis d'aménager contesté est incompatible avec l'OAP dédiée au secteur des Auvergnasses.
Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
10. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation () ". Il résulte de ces dispositions que le juge peut procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet.
11. Le vice relevé ci-dessus, tiré de la méconnaissance des articles A1 et A2 du règlement du PLU, n'affecte qu'une partie identifiable du projet et peut faire l'objet d'une mesure de régularisation n'impliquant pas d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, de limiter à ce vice la portée de l'annulation prononcée et de fixer à trois mois le délai dans lequel le pétitionnaire pourra en demander la régularisation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire d'Orsan du 1er février 2023 en tant qu'il autorise la création d'une voie interne en méconnaissance des dispositions des articles A1 et A2 du règlement du plan local d'urbanisme.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Orsan et de la SARL Promecia la somme de 1 000 euros chacune à verser aux requérants sur ce fondement.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire d'Orsan du 1er février 2023 est annulé dans la seule mesure précisée au point 12 du présent jugement.
Article 2 : Le délai imparti à la SARL Promecia pour solliciter la régularisation de son projet est fixé à trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune d'Orsan et la SARL Promecia verseront aux requérants la somme globale de 1 000 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association syndicale libre " Canto Grillet ", première dénommée dans la requête, à la commune d'Orsan et à la SARL Promecia.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 où siégeaient :
- M. Roux, président,
- Mme Lahmar, conseillère,
- M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La rapporteure,
L. LAHMAR
Le président,
G. ROUXLa greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026