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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301251

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301251

jeudi 6 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL ADP - AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A... contestant le refus de l'établissement public Chambres d'agriculture France de régulariser son salaire. Le requérant soutenait qu'il aurait dû bénéficier d'une promotion et d'une revalorisation indiciaire à compter de 2019, mais le tribunal a jugé que la décision de refus était légale. La solution retenue s'appuie sur le statut du personnel administratif des chambres d'agriculture et le code rural et de la pêche maritime, sans faire droit aux demandes d'annulation, d'injonction ou d'indemnisation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mars 2023 et 17 janvier 2024, M. B... A..., représenté la Selafa Cabinet Cassel demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 25 avril 2022 par laquelle la directrice générale de l’établissement public Chambres d'agriculture France a refusé de procéder à la régularisation de son salaire ;

2°) d’annuler la décision du 2 novembre 2023 par laquelle cette même autorité a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

3°) de condamner l’établissement public Chambres d'agriculture France à lui verser la somme de 16 903,63 euros au titre de la régularisation de son salaire, assortie des intérêts au taux légal à compter du dépôt de sa demande préalable ;

4°) d'enjoindre à l’établissement public Chambres d'agriculture France de régulariser sa situation en lui octroyant 586 points à compter du 1er janvier 2019 et 607 points à compter du 1er janvier 2021 sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l’établissement public Chambres d'agriculture France la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- il n’est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- la décision attaquée est entachée d’erreur de droit et d’erreur d’appréciation au regard des articles 13 et 14 du statut du personnel administratif des chambres d’agriculture dès lors qu’ayant bénéficié le 1er janvier 2019 d’une promotion au sein de la direction nationale des systèmes d’information, il aurait dû être rémunéré selon un indice de base de 586 points depuis le 1er janvier 2019 puis de 607 points depuis le 1er janvier 2021 correspondant à un manque à gagner de 16 903,63 euros ;
- les moyens soulevés à l’encontre de la décision initiale du 15 avril 2022 doivent être étendus à la décision du 2 novembre 2023 rejetant sa demande indemnitaire préalable.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 octobre 203, 8 et 11 septembre 2025, l’établissement public Chambres d’agriculture France, représenté par Me Angot, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- la demande indemnitaire du requérant est irrecevable en application de l’article R. 421-1 du code de justice administrative en l’absence de justification d’une demande indemnitaire préalable ;
- M. A... n’a bénéficié d’aucune promotion en intégrant l’assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) le 1er janvier 2019 ;
- les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 ;
- le statut du personnel administratif des chambres d’agriculture homologué par arrêté du 20 mars 1972 du secrétaire d'Etat à l'agriculture ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 10 septembre 2025 :
- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
-les observations de Me Angot représentant l’établissement public Chambres d’agriculture France ;
et au cours de l’audience publique du 15 octobre 2025 :
- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... a été recruté le 1er juillet 1998 par la chambre d’agriculture de Vaucluse en qualité de conseiller informatique et a été titularisé dans cette fonction à compter du 1er janvier 1999. Le 1er juillet 2017, il a intégré la chambre régionale d’agriculture Provence-Alpes-Côte d’Azur et s’est vu attribuer à compter du 21 décembre 2018 une augmentation de rémunération portant son indice total à 540 points. Le 1er janvier 2019, M. A... a intégré l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) devenue, Chambres d’agriculture France, et a été affecté au service de la direction nationale des systèmes d’information (DNSI). Par un courrier du 23 mars 2022, M. A... a sollicité par l’intermédiaire de son assureur en protection juridique la régularisation de son salaire tenant compte de la promotion dont il aurait bénéficié le 1er janvier 2019. Par une décision du 25 avril 2022, la directrice générale de l’établissement public Chambres d’agriculture France a rejeté sa demande. Postérieurement à l’enregistrement de la requête, par une décision du 2 novembre 2023, la directrice générale de l’établissement public a rejeté la demande indemnitaire préalable présentée par M. A... le 16 octobre 2023. M. A... demande au tribunal d’annuler ces deux décisions et de condamner l’établissement public Chambres d’agriculture France à lui verser la somme de 16 903,63 euros au titre du manque à gagner subi.


Sur les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction :


2. En premier lieu, aux termes de l’article D.513-9 du code rural et de la pêche maritime : « I.-Le président représente Chambres d'agriculture France en justice et dans tous les actes de la vie civile. (…). Il peut donner délégation de signature au directeur général en toutes matières à l'exclusion des nominations, promotions, ou révocations des agents permanents de Chambres d'agriculture France ainsi que, dans les mêmes limites, à d'autres agents placés sous son autorité. (…) ».


3. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 11 juin 2021, Mme C... D..., directrice générale de Chambres d’agriculture France, signataire de la décision attaquée, a reçu délégation du président de Chambres d’agriculture France, à l’effet de signer en matière de ressources humaines, tous les actes et décisions concernant le personnel permanent à l’exception d’un certain nombre d’actes parmi lesquels ne figure pas la décision attaquée. Il ressort des captures d’écran produites au dossier et corroborées par les échanges de courriels du 11 juin 2021 entre la responsable du service des affaires juridiques et la responsable digitale de l’établissement que cette décision a été publiée le jour même sur le site internet national de l’établissement. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.


4. En second lieu, aux termes du 1er article de la loi du 10 décembre 1952 relative à l’établissement obligatoire d’un statut du personnel administratif des chambres d’agriculture, des chambres de commerce et des chambres de métiers : « La situation du personnel administratif des chambres d'agriculture, des chambres de commerce et des chambres de métiers de France est déterminée par un statut établi par des commissions paritaires nommées, pour chacune de ces institutions, par le ministre de tutelle. ». Aux termes de l’article 13 du statut du personnel des chambres d’agriculture, homologué par arrêté du 20 mars 1972 : « La rémunération des agents est composée au minimum d’un traitement de base. Le traitement est obtenu en multipliant l’indice de l’agent par la valeur du point fixée par la Commission Nationale Paritaire pour la durée de travail hebdomadaire fixée aux articles 17 et 17 bis. (…) ». Aux termes de l’article 14 de ce statut : « La promotion à une fonction supérieure qui implique un changement de groupe et d'indice de base, a lieu au choix pour tous les emplois. Les nominations sont faites par le Président de l'organisme employeur, sur proposition du Directeur Général, au vu, notamment, de l’entretien d’évaluation prévu à l’article 12 ter. Tout agent ayant fait l'objet d'une promotion ne peut en aucun cas recevoir un traitement inférieur à son ancien traitement. L’indice total de l’agent bénéficiaire devra être supérieur à la somme du nouvel indice de base et du nombre de points correspondant, pour cet indice, au repère de carrière sur lequel l’agent était positionné avant sa promotion. ».


5. Il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier du 19 décembre 2018 qu’à la suite d’une décision du réseau des chambres d’agriculture de créer une direction nationale des systèmes d’information (DNSI) en janvier 2019, la Chambre régionale d'agriculture PACA-Corse a voté une délibération relative au transfert à l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, des activités liées à la gestion des systèmes d'information. En conséquence, conformément à l’article 28 du statut du personnel administratif des chambres d’agriculture, M. A... dont la majorité des activités exercées étaient rattachés à ces activités transférées, a été intégré à compter du 1er janvier 2019, dans les services de l’APCA, devenue Chambres d’agriculture France, sur un emploi permanent de référent technique SI confirmé avec un indice total de 540 points augmenté de 5 points par une décision 10 juin 2019, soit un total de 545 points dont un indice de base de 515 points, 8 points gelés et 22 points au choix.


6. Si M. A... soutient qu’en raison de la promotion dont il a bénéficié le 1er janvier 2019 au sein de la direction nationale des systèmes d’information, il aurait dû être rémunéré selon un indice de base de 586 points depuis le 1er janvier 2019, puis de 607 points depuis le 1er janvier 2021, il ne ressort ni de la décision du 19 décembre 2018 ni d’aucune autre pièce du dossier qu’il aurait bénéficié d’une promotion au sens des dispositions précitées de l’article 14 du statut impliquant, notamment un changement de groupe et d’indice de base. La fiche individuelle de M. A... mentionne en effet un « transfert au service commun APCA/DNSI » et non une promotion et il ressort des bulletins de paie que son indice total est demeuré inchangé à 540 après transfert au sein du service commun APCA/DNSI. Il ne ressort pas non plus de la décision du 10 juin 2019 faisant mention d’une augmentation de 5 points sur proposition du directeur de l’APCA suite au transfert de M. A... que celle-ci serait intervenue dans le cadre d’une promotion. Dans ces conditions, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision du 25 avril 2022 serait entachée d’une erreur de droit ou d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions précitées.


7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l’annulation de la décision du 25 avril 2022 doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles présentées à fin d’injonction.


Sur les conclusions indemnitaires :


8. En l’absence d’illégalité fautive entachant la décision du 25 avril 2022, les conclusions indemnitaires présentées par M. A... doivent être rejetées, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.





Sur les frais liés au litige :


9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l’établissement public Chambres d’agriculture France, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que demande M. A... au titre des frais d’instance exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de M. A... la somme demandée par l’établissement public Chambres d’agriculture France à ce titre.







D É C I D E :



Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Chambres d’agriculture France au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à l’établissement public Chambres d’agriculture France.


Délibéré après l'audience du 15 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,
Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,
Mme Mazars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2025.


La rapporteure,




B. SARAC-DELEIGNE
La présidente,




C. CHAMOT


La greffière,




B. MAS-JAY


La République mande et ordonne à la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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