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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301304

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301304

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2023, M. B A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " notifiée le 24 décembre 2022 ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté le 3 février 2023 ;

3°) de créditer son permis de conduire des quatre points récupérés à la suite de la réalisation du stage de sensibilisation à la sécurité routière les 13 et 14 janvier 2023 ;

4°) d'annuler les décisions portant retraits de points, opérées consécutivement aux infractions relevées les 17 novembre 2019, 19 décembre 2020 et 12 janvier 2021 ;

5°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points retirés dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2.000 euros au titre des frais irrépétibles.

Il soutient que :

- la décision " 48SI " et les décisions portant retraits de points ne lui ont pas été notifiées ;

- les décisions attaquées sont illégales car il n'a pas reçu l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- les décisions attaquées sont illégales car la réalité des infractions n'est pas établie ;

- son titre de conduite aurait dû faire l'objet d'un ajout de quatre points à la suite de la réalisation d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 13 et 14 janvier 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet des conclusions de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Peretti, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a commis une série d'infractions au code de la route, répertoriées dans son relevé d'information intégral. Par courrier recommandé avec accusé de réception, une décision référencée " 48SI " lui a été adressée. Elle porte notification d'un retrait de points sur son titre de conduite ainsi que de l'ensemble des retraits de points antérieurs, et informe l'intéressé de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de point. Par suite, le requérant a présenté un recours gracieux le 3 février 2023 pour demander l'annulation de ladite décision qui est resté sans réponse. Il demande ainsi l'annulation de la décision " 48SI " et des décisions de retraits de points antérieures.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de notification :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

3. M. A soutient que les décisions de retraits de points mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision " 48SI " procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Au surplus, il était loisible à l'intéressé de consulter son relevé d'information intégral et de suivre, s'il l'estimait utile, un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.

3. Cependant, M. A soutient également que cette décision " 48SI " ne lui a jamais été notifiée par courrier. Toutefois, le ministre produit la photocopie de l'avis de réception postal et du pli afférent à la décision " 48SI " dont il se prévaut. Il ressort des mentions portées sur ledit avis que le pli dont il s'agit, envoyé par le bureau national des droits à conduire, a été adressé à M. A, en recommandé avec accusé de réception n° 2C 155 591 8411 8, et a été présenté le 24 décembre 2022 à la même adresse que celle figurant dans les écritures de l'intéressé, comme en atteste la mention " avisé ". Or, cette mention implique nécessairement que M. A était absent de son domicile lors du passage du facteur et que l'avis de passage l'informant de la présentation d'un pli recommandé et de la possibilité de le retirer à la poste dans un délai de 15 jours a été déposé dans sa boîte aux lettres. En outre, le pli et l'accusé de réception portent la mention " non réclamé ", ce qui révèle que M. A s'est abstenu d'aller retirer ledit pli au bureau de poste dont il relevait. Si le requérant fait valoir qu'il n'a jamais eu notification de ladite décision, il ne fait toutefois état d'aucune circonstance ayant fait obstacle à ce qu'il ait pris connaissance en temps utile du contenu de l'envoi recommandé qui lui était adressé. M. A doit dès lors être regardé comme ayant reçu notification de la décision " 48SI ". Par suite, le moyen tiré du défaut de notification de la lettre référencée " 48SI " et des différents retraits de points antérieurs doit être écarté.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable au retrait de points :

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à un retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 17 novembre 2019 :

5. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

6. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, produit par l'administration, que le requérant a payé l'amende forfaitaire afférente à l'infraction commise le 17 novembre 2019 relevée par un radar automatique, ainsi que le prouve la mention " tribunal d'instance ou de police contrôle automatisé ". Ainsi, M. A a nécessairement reçu le courrier du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ce paiement. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis, que celui-ci ne comportait pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de l'infraction susmentionnée doit être écarté.

S'agissant des infractions du 19 décembre 2020 et du 12 janvier 2021 :

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. A, que la réalité des infractions commises les 19 décembre 2020 et 12 janvier 2021 est établie par une condamnation pénale, devenue définitive, prononcée respectivement les 7 avril 2021 par le tribunal de police d'Avignon et le 6 mai 2021 par le tribunal de grande instance d'Avignon. Lors de l'instance pénale ayant donné lieu au jugement précité, M. A n'a eu à exercer aucun choix qui aurait pu le conduire à ne pas reconnaître la matérialité des faits qui lui étaient imputés, celle-ci ayant été acquise après que la condamnation fut devenue définitive, indépendamment de sa volonté. Dès lors, dans ces conditions, l'absence de délivrance de l'information générale prévue par le premier alinéa de l'article L. 223-3 précité, à la suite des infractions du 19 décembre 2020 et du 12 janvier 2021 n'a pas eu pour effet de vicier substantiellement la procédure préalable au retrait de points. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'absence de réalité de l'infraction commise :

8. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

9. Dès lors, la mention " AF " figurant au relevé d'information intégral du requérant permet d'établir la réalité de l'infraction du 17 novembre 2019.

10. Par ailleurs, en ce qui concerne les infractions du 19 décembre 2020 et du 12 janvier 2021, il ressort des pièces du dossier qu'elles ont donné lieu à des condamnations pénales devenues définitives. Dès lors, la réalité de l'ensemble de ces infractions doit être regardée comme établie.

11. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 223-1 du code de la route, relatif à l'établissement de la réalité des infractions, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'absence de prise en compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière

12. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route : " Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points ne peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière. () ".

13. D'autre part, selon les termes de l'article R. 223-8 du même code : " I.-La personne responsable d'une formation spécifique, titulaire de l'agrément prévu à l'article R. 223-5, délivre, à l'issue de celle-ci, une attestation de stage à toute personne qui l'a suivi en totalité. Cette attestation est transmise au représentant de l'Etat dans le département du lieu du stage effectué, ou à l'autorité compétente de la collectivité d'outre-mer, dans un délai de quinze jours à compter de la fin de cette formation. II.- L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions de l'alinéa 2 de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. Une nouvelle reconstitution de points, après une formation spécifique effectuée en application des mêmes dispositions, n'est possible qu'au terme d'un délai de deux ans. / III.- L'autorité administrative mentionnée au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage ".

14. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de rejeter toute demande de reconstitution de points à la suite d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière, lorsque le conducteur a reçu, avant le dernier jour de stage, régulièrement notification d'une décision du ministre de l'intérieur l'informant que son permis de conduire a perdu sa validité par suite de l'épuisement de son capital de points.

15. Si M. A soutient qu'il a participé à un stage de sensibilisation à la sécurité routière, les 13 et 14 janvier 2023, il résulte de l'instruction que ce stage est intervenu postérieurement à la notification de la décision référencée " 48SI " qui lui a été notifié le 24 décembre 2022. Par suite, le préfet est tenu de rejeter la demande de l'intéressé de créditer quatre points sur son permis de conduire suite à son stage de sensibilisation.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du requérant à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. A à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions du requérant à fin d'injonction ne peuvent, par suite, être accueillies.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

18. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301304

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