vendredi 12 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2301351 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 avril 2023, M. A B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " en date du 22 mars 2023 informant l'intéressé de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de point ;
2°) de déclarer illégales et d'annuler les décisions de retraits de points afférentes aux infractions commises le 4 janvier 2020, les 27 juin, 4 juillet, 23 août à 22h18, 23 août à 23h44 et 1er novembre 2021 et le 19 juin 2022 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés du capital de son permis de conduire dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros au titre des frais irrépétibles.
Il soutient que :
- les décisions portant retraits de points suite aux infractions ne lui ont pas été notifiées ;
- il n'a pas bénéficié, lors de ces infractions routières, de l'information préalable aux retraits de points, prévue aux articles L. 223-1, L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la réalité des infractions querellées n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu la décision attaquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Peretti, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a commis une série d'infractions au code de la route répertoriées dans son relevé d'information intégral. Par une lettre " 48SI " datée du 22 mars 2023, réceptionnée le 11 avril 2023, il a été notifié au requérant un retrait de point sur son titre de conduite suite à l'infraction du 19 juin 2022. Par cette lettre, M. B a également été informé des décisions de retraits de points antérieures et de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Le requérant demande ainsi l'annulation de la décision " 48SI " et des décisions de retraits de points antérieures.
Sur l'étendue du litige :
2. Il ressort de l'instruction qu'à la suite de la requête en exonération émise par le requérant et concernant l'infraction commise le 4 juillet 2021, un autre conducteur a été désigné comme étant le responsable de l'infraction. Le point retiré a été restitué le 22 mai 2022 à M. B. Dans ces conditions, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de cette décision retirant le point du capital affecté à son permis de conduire à la suite de cette infraction sont irrecevables et doivent par conséquent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de notification :
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".
4. M. B soutient que les décisions de retrait de points mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Au surplus, il était loisible à l'intéressé de consulter son relevé d'information intégral et de suivre, s'il l'estimait utile, un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.
En ce qui concerne le défaut d'information préalable au retrait de points :
5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.
S'agissant des infractions commises le 4 janvier 2020 et le 1er novembre 2021 :
6. Il ressort du relevé d'information intégral de la situation du permis de conduire du requérant, que les infractions commises le 4 janvier 2020 et le 1er novembre 2021 ont été verbalisées aux moyens de procès-verbaux dématérialisés, ainsi que le prouve la mention " PVE " et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée.
7. Il résulte de l'article R. 49 du code de procédure pénale que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En outre, il ressort des dispositions des articles R. 49-1, A. 37-10 et A. 37-11 du même code que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation.
8. Il résulte de l'instruction que les infractions susmentionnées ont donné lieu à l'établissement de procès-verbaux électroniques signés par le requérant, lesquels comportent les informations exigées par l'articles L.223-3 du code de la route. Cette production est suffisante pour attester de la délivrance des informations préalables. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information prescrite à l'article L. 223-3 du code de la route.
S'agissant de l'infraction commise le 19 juin 2022 :
9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. B que l'infraction commise le 19 juin 2022 a donné lieu à l'édiction d'une amende forfaitaire qui a été majorée le 21 novembre 2022. Le ministre produit la photocopie de l'avis de réception postal et du pli afférents à l'avis d'amende forfaitaire majorée dont il se prévaut. Il ressort des mentions portées sur ledit avis que le pli dont il s'agit a été adressé à M. B en recommandé avec accusé de réception n° 2D 046 320 4645 0 et a été présenté le 3 décembre 2022 à la même adresse que celle figurant dans les écritures de l'intéressé, comme en atteste la mention " avisé " ainsi que la date manuscrite. Or, cette mention implique nécessairement que M. B était absent de son domicile lors du passage du facteur et que l'avis de passage l'informant de la présentation d'un pli recommandé et de la possibilité de le retirer à La Poste dans un délai de 15 jours a été déposé dans sa boîte aux lettres. En outre, le pli et l'accusé de réception portent la mention " non réclamé ", ce qui révèle que M. B s'est abstenu d'aller retirer ledit pli au bureau de poste dont il relevait. Si le requérant fait valoir qu'il n'a jamais eu notification de ladite décision, il ne fait toutefois état d'aucune circonstance ayant fait obstacle à ce qu'il ait pris connaissance en temps utile du contenu de l'envoi recommandé qui lui était adressé. M. B doit dès lors être regardé comme ayant reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée qui comportent les informations exigées par les articles R. 223-3 et L. 223-3 du code de la route.
S'agissant des infractions commises le 27 juin et le 23 août 2021 à 22h18 et à 23h44 :
10. Il ressort du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que les infractions commises le 27 juin et le 23 août 2021 à 22h18 et à 23h44 ont été relevées au moyen d'un radar automatique et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées.
11. Le ministre ne justifie pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, et en particulier l'information concernant le risque de se voir retirer des points de son permis de conduire, aient été transmises à l'intéressé, faute pour lui d'apporter la preuve du paiement par le requérant de l'amende forfaitaire majorée en cause et donc de la réception par lui de l'avis de contravention ou du titre exécutoire correspondant.
12. Il s'ensuit que les décisions du ministre de l'intérieur retirant, pour l'infraction commise le 23 août 2021 à 22h18, quatre points sur le permis de conduire du requérant et, pour les infractions commises le 27 juin et le 23 aout 2021 à 23h44, un point chacune sur ledit permis de conduire, doivent être regardées comme étant intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière et, par conséquent, doivent être annulées.
13. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Or, il résulte de tout ce qui précède que les décisions de retrait prises suite aux infractions susvisées doivent être annulées. Le solde de points du permis de M. B n'est donc pas nul. Par suite, la décision du ministre de l'intérieur du 22 mars 2023 portant invalidation du permis litigieux doit être également annulée.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions commises :
14. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
15. Dès lors, les mentions " AM " figurant au relevé d'information intégral du requérant et l'absence de justification de requête en exonération permettent d'établir la réalité des infractions querellées. Le moyen est donc inopérant.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la restitution des six points retirés à la suite des infractions commises le 27 juin et le 23 août 2021 à 22h18 et à 23h44.
17. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à la restitution des six points retirés sur le permis de M. A B à la suite des infractions mentionnées ci-dessus dans la limite maximum du capital de points, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché à son permis, compte tenu d'éventuelles infractions ultérieures, et de restituer ledit permis si son solde n'est pas nul.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
18. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui dans la présente instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de retraits de points consécutives aux infractions commises le 27 juin et le 23 août 2021 à 22h18 et à 23h44 ainsi que la décision référencée " 48SI " du 22 mars 2023 du ministre de l'intérieur sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les six points illégalement retirés, dans la limite du capital de point affecté à son permis de conduire, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieurement prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301351
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026