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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301433

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301433

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre magistrat statuant seul

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a examiné la demande de Mme G visant à obtenir la communication de documents professionnels (procès-verbaux de prestation de serment, documents de nomination et cartes professionnelles) de plusieurs agents publics. Le tribunal a d'abord écarté la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir, rappelant que le droit à la communication de documents administratifs n'est pas subordonné à un tel intérêt. Il a constaté un non-lieu à statuer pour les cartes professionnelles de trois agents, déjà communiquées en cours d'instance. Sur le fond, le tribunal a rejeté la demande concernant les procès-verbaux de prestation de serment de deux agents, jugeant que l'administration n'est pas tenue de créer un document inexistant. Enfin, pour les autres documents (M. E, F, K, C), le tribunal a estimé que la communication était légalement possible sous réserve d'occultation des mentions portant atteinte à la vie privée, et a annulé le refus implicite du préfet de Vaucluse, en application des articles L. 311-1 et L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 avril, 6 septembre, 25 novembre, 3 décembre 2023 et 18 décembre 2023, Mme D G demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande de communication du procès-verbal de prestation de serment, du document de nomination et de la carte professionnelle de M. J E, M. I F, M. M O, M. A H, M. P K, M. L C et M. B N ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui communiquer les documents demandés dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le refus qui lui est opposé est illégal dès lors que les documents dont elle demande la communication sont communicables ;

- les documents produits par le préfet de Vaucluse dans le cadre de l'instance présentent des incohérences.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 août et 7 septembre 2023, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir ;

- la requête est abusive ;

- les cartes professionnelles de M. O, M. H et de M. N dont Mme G demande communication lui ont déjà été communiqués ;

- la requête se heurte à l'autorité de chose jugée par le jugement n°2200380 du tribunal administratif de Nîmes qui a rappelé que les procès-verbaux verbaux de prestation de serment de M. O et M. N n'existent pas et que leur carte professionnelle vaut également document de nomination ;

- les autres documents demandés ne sont pas communicables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Joël Baccati, rapporteur public,

- les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courriel du 28 novembre 2022, Mme G a demandé au préfet de Vaucluse la communication du procès-verbal de prestation de serment, du document de nomination et de la carte professionnelle de M. J E et M. I F, agents de la DDPP intervenus lors d'un contrôle réalisé le 25 novembre 2019 à Caseneuve, de M. M O et M. A H, agents de la DDT intervenus lors de ce même contrôle, de M. P K, et M. L C, agents de l'IFCE également intervenus lors de ce contrôle et de M. B N, agent DDT intervenu dans un contrôle du 5 janvier 2013 à Caseneuve. N'ayant pas obtenu satisfaction, Mme G a saisi la commission d'accès aux documents administratifs le 13 février 2023, laquelle a rendu, le 30 mars 2023, un avis favorable à la communication des documents sollicités, sous réserve de l'occultation préalable des mentions dont la communication porterait atteinte à la vie privée des agents concernés.

Sur le défaut d'intérêt à agir :

2. Le préfet de Vaucluse fait valoir que Mme G n'a pas intérêt à agir. Toutefois, le droit à la communication de documents administratifs n'est pas subordonné à la démonstration d'un intérêt à agir de la part du demandeur. Partant, la fin de non-recevoir tiré de l'absence d'intérêt à agir ne peut qu'être écartée.

Sur l'étendue du litige :

3. D'une part, en annexe à son mémoire en défense du 9 août 2023, le préfet de Vaucluse produit les cartes professionnelles de M. M O, M. A H et de M. B N. D'autre part, il indique que ces cartes valent également documents de nomination. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur la légalité de la décision implicite par laquelle le préfet de Vaucluse a rejeté la demande de communication, en tant qu'elle porte sur ces documents.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration : " La commission d'accès aux documents administratifs () émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication d'un document administratif en application du chapitre Ier (). / La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux ". Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ".

S'agissant des procès-verbaux de prestation de serment et des documents d'habilitation ou de commissionnement de M. M O et M. B N :

5. Si une autorité administrative est tenue de communiquer les documents administratifs qu'elle détient aux personnes qui en font la demande, ce droit à communication ne s'applique toutefois qu'à des documents existants et n'a ni pour objet ni pour effet de contraindre l'administration à établir un document permettant de répondre à la demande qui lui est ainsi adressée, sauf à ce que le document inexistant demandé puisse être obtenu par un traitement automatisé d'usage courant.

6. Mme. G fait valoir que dès lors que M. O et M. N disposent chacun d'une carte professionnelle, les procès-verbaux de prestation de serment ont nécessairement dû être dressés par le tribunal judiciaire d'Avignon. Le préfet de Vaucluse fait néanmoins valoir en défense qu'aucun procès-verbal n'a été rédigé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

7. Si Mme G soutient qu'il existe une contradiction entre l'existence de cartes professionnelles au nom de M. O et de M. N et l'inexistence des procès-verbaux de prestation de serment et du document d'habilitation ou de commissionnement de ces deux agents et que cela démontre que les cartes de nomination de M. N et de M. O sont des faux, ces moyens sont inopérants dans le cadre d'un recours ayant pour objet la communication de documents.

S'agissant des procès-verbaux d'assermentation, des cartes professionnelles et des documents de nomination de M. E, M. F, M. K M. C ainsi que du procès-verbal d'assermentation de M. H :

8. Pour refuser de communiquer les procès-verbaux d'assermentation, les documents de nomination et les cartes professionnelles de M. E, M. F, M. K, M. C ainsi que le procès-verbal d'assermentation de M. H le préfet de Vaucluse fait valoir que ces documents ne sont pas communicables et que leur communication porterait atteinte à la vie privée des agents concernés. Il ressort toutefois de l'avis de la CADA cité au point 1 que ces documents sont communicables à toute personne qui en fait la demande, sous réserve de l'occultation préalable des mentions dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée des agents concernés. Dès lors, aucun obstacle ne s'oppose à la communication de ces documents.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet par laquelle le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande de communication des procès-verbaux d'assermentation, des cartes professionnelles et des documents de nomination de M. E, M. F, M. K M. C ainsi que du procès-verbal d'assermentation de M. H.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de Vaucluse de communiquer à Mme G les procès-verbaux d'assermentation, les cartes professionnelles et les documents de nomination de M. E, M. F, M. K M. C ainsi que le procès-verbal d'assermentation de M. H, sous la réserve indiquée au point 8, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions du préfet de Vaucluse tendant à ce que la requête soit déclarée abusive:

11. La faculté d'infliger au requérant une amende pour recours abusif, prévue par l'article R. 741-12 du code de justice administrative constitue un pouvoir propre du juge.

12. Au surplus, en se bornant à indiquer que la requête de Mme G est similaire à de nombreuses autres, le préfet de Vaucluse ne démontre pas que la demande de Mme G ferait spécialement peser sur les services de l'Etat une charge excessive ou viserait à en perturber le bon fonctionnement et, en conséquence, qu'elle serait abusive.

13. Par suite, les conclusions du défendeur tendant à la condamnation du requérant à une telle amende ne sont pas recevables.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé de communiquer à Mme G les cartes professionnelles et les documents de nomination de M. O, M. H et de M. N.

Article 2 : La décision par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé de communiquer à Mme G les procès-verbaux d'assermentation, les documents de nomination et les cartes professionnelles de M. E, M. F, M. K, M. C ainsi que le procès-verbal d'assermentation de M. H sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de communiquer à Mme G les documents cités à l'article 2, sous réserve de l'occultation préalable, le cas échéant, des mentions relevant du secret de la vie privée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme G est rejeté.

Article 5 : Les conclusions du préfet de Vaucluse relatives à l'article R. 741-12 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D G et au préfet de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution la présente décision.

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