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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301630

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301630

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mai 2023 et le 2 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Nicol, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 avril 2023 par laquelle la préfète du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, d'une part, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entrainerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, d'autre part, que les traitements nécessaires ne lui sont pas financièrement accessibles au Maroc ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est hébergée chez sa fille qui possède la nationalité française et qui justifie, avec son époux, des revenus nécessaires à sa prise en charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, la préfète du Gard conclut à au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est signée par le secrétaire général de la préfecture, M. Frédéric Loiseau, qui justifiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du 11 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture ;

- elle ne méconnaît pas l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que Mme B peut bénéficier au Maroc d'un traitement approprié ainsi que cela ressort de l'avis rendu le 17 février 2023 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et qu'aucune des pièces produites par l'intéressée n'est de nature à infirmer cet avis ;

- elle n'avait pas à examiner et à se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette demande a été présentée au titre de l'article L. 425-9 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chaussard.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante marocaine née le 1er janvier 1948, Mme B est entrée en France le 4 mars 2020 sous couvert d'un visa de type C. Elle s'est vue délivrer, le 11 mai 2021, un titre de séjours en qualité d'étranger malade. Par une décision du 28 juillet 2022 la préfète du Gard a refusé le renouvellement de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois. L'intéressée n'a pas déférée à cette décision et a présenté, le 3 octobre 2022, une nouvelle demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade qui a été rejetée par une décision de la préfète du Gard du 6 avril 2023. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture du Gard, qui disposait, aux termes d'un arrêté de la préfète du Gard du 11 juillet 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés ou décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, à l'exception des réquisitions prises en application du code de la défense, de la réquisition des comptables publics régie par le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 et des arrêtés de conflit. Par suite, ne peut qu'être écarté le moyen tiré de ce que le signataire de l'arrêté attaqué ne justifiait pas d'une délégation de signature régulière.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. Mme B soutient qu'elle est atteinte d'un cancer du côlon, d'une hypertension artérielle ainsi que d'une suspicion d'hépatite C et que cet état de santé, d'une part, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entrainerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, d'autre part, que les traitements appropriés ne lui sont pas financièrement accessibles au Maroc. Pour rejeter la demande d'autorisation au séjour pour raison de santé présentée par l'intéressée, la préfète du Gard s'est notamment fondée sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 17 février 2023 qui retenait que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer pour Mme B des conséquences d'une exceptionnelle gravité, en revanche cette dernière peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Maroc. Pour contester les éléments ainsi retenus par la préfète du Gard sur le fondement de l'avis du collège des médecins de l'OFII, Mme B fait valoir, d'une part, le rapport d'évaluation 2017 de l'observatoire national du développement humain marocain concernant le régime d'assistance médicale au Maroc (RAMed), et, d'autre part, des articles de presse et un avis de l'OMS faisant état en termes généraux de l'organisation et des faiblesses du système de santé marocain, ainsi que des perspectives d'évolution du tarif de remboursement des consultations médicales. Toutefois, si le RAMed fait état des difficultés auxquelles est confronté le système de santé marocain au regard de l'objectif d'une couverture médicale universelle, il ressort du rapport d'information (appelé MedCOI) réalisé en 2019 par les services de l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (AUEA) que le traitement du cancer du côlon ainsi que des pathologies dont souffrent l'intéressée font l'objet d'une prise en charge gratuite par le secteur public de santé marocain. Si les conditions de prise en charge, notamment en termes de délais, ne sont pas les mêmes qu'en France, il ressort toutefois du rapport de l'AUEA qu'un traitement approprié est disponible au sens des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, Mme B soutient que la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux. A cet égard, si les dispositions de l'article L. 423-23 du même code permettent à l'administration de délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " à un étranger pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, il ressort des termes mêmes de cet article qu'il appartient à l'étranger de faire valoir les motifs exceptionnels justifiant que lui soit octroyé un titre de séjour. Le législateur n'a ainsi pas entendu déroger à cette règle en imposant à l'administration saisie d'une demande d'une carte de séjour, quel qu'en soit le fondement, d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'un refus opposé à une demande de titre de séjour qui n'a pas été présentée sur le fondement de cet article. Au cas présent, Mme B a saisi la préfète du Gard d'une demande de titre de séjour sur le seul fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision querellée ne comporte aucun examen du droit au séjour de l'intéressée au titre de l'article L. 423-23 du même code. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste. Par voie de conséquences, ses conclusions présentées à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Roux président,

- M. Chaussard, premier conseiller,

- M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

M. CHAUSSARD

Le président,

G. ROUX

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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