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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301656

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301656

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantRIVIERE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2023 M. C A, représenté par Me Deleau, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n°23/84/282MC du 5 mai 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français dans sans délai de départ volontaire et fixe son pays de renvoi ;

- de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros conformément aux dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- la décision est prise en violation de l'article 7.4 de la directive 2008/115/CE ; il dispose de garanties de représentation, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour et contesté la décision implicite de rejet devant le tribunal administratif ; elle est contraire à l'article 14 de la directive en l'absence de maintien de l'unité familiale ;

- les droits de la défense ont été méconnus en l'absence d'observations préalables, en violation de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et de l'article 41.2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation familiale et personnelle ; il peut être régularisé en application des articles L. 313-14 et L. 313-11 7° du CESEDA ;

- la décision porte une atteinte excessive ses droits à la vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la CEDH ;

- il convient de surseoir à statuer sur la requête.

Par un mémoire reçu le 15 mai 2023 la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique du 14 juin 2023 le rapport de M. Abauzit.

.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 16 décembre 1973 à Dabou (Côte d'Ivoire), de nationalité ivoirienne, a été interpellé le 4 mai 2023 par la gendarmerie nationale dans le cadre d'un contrôle routier, alors qu'il circulait comme passager dans une automobile conduite par sa compagne. Il demande l'annulation de l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.

2, M. A est, selon ses dernières allégations, entré en France pour la dernière fois en 2013. Il a sollicité une première fois le 11 février 2019 son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par une décision née le 11 juin 2019 le préfet de Vaucluse a implicitement rejeté sa demande. Le recours contre cette décision a été rejeté successivement par le tribunal administratif de Nîmes puis par la Cour administrative de Marseille. M. A a renouvelé une telle demande par l'intermédiaire de son conseil en mars 2022, à laquelle a été opposée une décision implicite de rejet, qui fait l'objet d'un recours devant le tribunal de céans, non jugé à ce jour.

3. M. A, dans le cadre de sa retenue pour vérification du droit au séjour a été informé qu'il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et a pu faire valoir tous éléments d'information susceptibles de faire obstacle à une telle occurrence. Le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu manque dès lors en fait.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le fondement légal de la mesure d'éloignement de M. A, qui est entré illégalement en France et qui ne peut produire de titre de séjour, soit erroné.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (ancien article L. 313-14) : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14./ Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'État. ". La circonstance que M. A ait présenté une demande de régularisation au titre de ces dispositions, et qu'il ait contesté devant le tribunal administratif, dans une instance pendante, le refus implicite qui lui a été opposé, ne privait pas le préfet de la possibilité de prendre sur le fondement du 1° précité, une obligation de quitter le territoire.

6. L'obligation de quitter le territoire contesté en l'instance n'a pas été prise sur la base d'un refus de séjour et M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité du refus implicite de titre de séjour demandé sur le fondement précité. En tout état de cause M. A ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 dès lors, d'une part, que celle-ci ne revêt pas un caractère réglementaire et, d'autre part, que les critères de régularisation y figurant ne présentent pas le caractère de lignes directrices susceptibles d'être invoquées mais constituent de simples orientations pour l'exercice, par le préfet, de son pouvoir de régularisation (cf. CE, 4.02.2015, nos 383267 et 383268).

7. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile (ancien article L. 313-11 7°) : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Pour demander l'annulation de la décision d'éloignement attaquée, qui porte selon lui une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. A fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis 2005, et qu'il vit depuis 2017 avec Mme B, qui lui avait donné des jumeaux (fille et garçon) en Côte d'Ivoire en 2009, que sa compagne a bénéficié d'une régularisation, que le couple vit avec la jumelle Anne-Marie, qui est scolarisée, leurs deux filles nées en 2018 et 2021, et une enfant de nationalité française de Mme B. M. A, qui est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2013 et qui n'y a jamais été en situation régulière, qui n'a demandé une régularisation qu'en 2019, entend mettre ainsi les services préfectoraux devant un fait accompli, qu'il y aurait lieu de sanctionner nécessairement par la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, lorsque les autorités se trouvent mises devant un tel fait accompli, ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles que l'éloignement du membre de la famille qui est ressortissant d'un pays tiers peut être jugé incompatible avec les dispositions de l'article 8 (CEDH, 3 oct. 2014, aff. 12738/10, grande ch., Jeunesse c/ Pays-Bas, § 96). M. A ne justifie pas de telles circonstances, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à ses nombreux antécédents judiciaires cités dans l'arrêté attaqué, le requérant puisse être regardé comme inséré dans la société française. En tout état de cause M. A ne justifie pas, par les pièces produites, de la stabilité de sa communauté de vie avec sa compagne ni de sa contribution à l'éducation et l'entretien de ses enfants. Par suite les moyens tirés de la violation de la convention européenne et des dispositions de l'article L. 423-23 ne peuvent être qu'écartés. Pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, le moyen tiré de ce qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

8. Aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il n'est pas établi que les enfants de M. A, s'ils devaient suivre leur père, ne pourraient pas poursuivre leur vie privée et familiale, ainsi que leur scolarité, en Côte d'Ivoire, pays dont ils ont la nationalité. Par suite, les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention précitée n'ont pas été méconnues par l'arrêté contesté.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français " et aux termes de l'article L. 612-3 " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". Il est constant que M. A n'est pas en mesure de présenter un document de voyage ou d'identité en cours de validité. Le préfet pouvait dès lors, sur ce seul fondement, refuser de lui accorder un délai de départ.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 mai 2023. Par suite ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1erer : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de Vaucluse et à Me Deleau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2301656

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