jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2301818 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mai 2023, Mme B D, représentée par Me Debureau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel le préfet du Gard a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de sa fille ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de faire droit à sa demande de regroupement familial ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas tenu compte des ressources de son conjoint et de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Par un courrier, enregistré le 9 juillet 2024, Mme D a confirmé maintenir sa requête en réponse au courrier qui lui a été adressé par le tribunal le 8 juillet 2024.
Par une décision du 21 mars 2023, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 décembre 2024, le rapport de M. Roux, président.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante marocaine née le 19 juin 1987, a présenté une demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille mineure, A, qui a été enregistrée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 25 juillet 2022. Par un arrêté du 27 décembre 2022, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet du Gard a rejeté sa demande de regroupement familial au motif que le niveau de ses ressources serait insuffisant.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, titulaire d'une carte de résident d'une durée de dix ans expirant au 3 janvier 2026 et renouvelable de plein droit, a vocation à demeurer sur le sol français, tout comme son époux dont la carte de résident de dix ans expirera le 24 septembre 2025 et leur fils, C, né en 2012, qui a toujours vécu en France auprès d'eux et y est scolarisé. S'ils ont confié leur fille A, née le 20 juin 2015, alors qu'elle était âgée de cinq mois, à ses grands-parents auprès desquels elle a continuellement vécu au Maroc, il n'est pas démontré que les liens auraient été rompus avec cette enfant mineure qui n'était âgée que de sept ans à la date de la décision attaquée, sur laquelle la requérante exerce l'autorité parentale et qui a vocation à vivre sur le territoire français au sein de la cellule familiale composée de ses parents et de son frère. En outre, le préfet du Gard ne conteste pas l'affirmation selon laquelle les grands-parents de cette enfant ne seraient plus en âge de la prendre en charge. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'arrêté attaqué du préfet du Gard rejetant sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille doit être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme D en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est fondée à soutenir que cet arrêté du 27 décembre 2022 est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif qui fonde l'annulation qu'il prononce, l'exécution du présent jugement implique qu'il soit fait droit à la demande de regroupement familial présentée par Mme D. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet du Gard de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par Mme D au bénéfice de sa fille, A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentées par Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Gard du 27 décembre 2022 rejetant la demande de regroupement familial de Mme D est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par Mme D au bénéfice de sa fille, A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
Mme Vosgien, première conseillère,
Mme Béréhouc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
Le président rapporteur,
G. ROUX
L'assesseur le plus ancien,
S. VOSGIEN La greffière,
B. ROUSSELET-ARRIGONI
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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