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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301856

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301856

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes (2ème chambre) a annulé la décision implicite de rejet du préfet de Vaucluse refusant un titre de séjour à M. A, ressortissant algérien. La juridiction a jugé que le préfet, en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a relevé l'intégration et l'investissement associatif de M. A en France depuis 2017, notamment au sein de la Croix-Rouge. La solution retenue est fondée sur les stipulations de l'article 8 de la CESDH et les principes généraux du pouvoir discrétionnaire du préfet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2023, M. B A, représenté par Me Cetinkaya, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours hiérarchique exercé le 24 janvier 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors que le préfet de Vaucluse n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'il est investi au sein de l'unité locale de la Croix Rouge depuis cinq ans, est bien inséré en France et il remplit les conditions posées par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur ainsi qu'au préfet de Vaucluse qui n'ont pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure de produire dans le délai d'un mois notifiée le 6 octobre 2023.

Par une décision du 20 juin 2023, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Les parties ont été informées le 9 juillet 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de la tardiveté de la requête.

Par un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 17 juillet et 8 août 2024, M. A a produit des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 21 novembre 2024 :

- le rapport de M. Roux, président,

- et les observations de Me Cetinkaya, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 26 avril 1984, est entré sur le territoire français le 11 octobre 2017 sous couvert d'un visa Schengen. Par un courrier du 19 juillet 2022, il a sollicité son admission au séjour auprès de la préfecture de Vaucluse. Du silence gardé durant quatre mois par le préfet de Vaucluse est née, le 19 novembre 2022, une décision implicite de rejet de cette demande de titre de séjour. Par un courrier du 23 janvier 2023, M. A a vainement demandé au préfet la communication des motifs de cette décision de refus implicite puis, par un courrier reçu le 24 janvier 2023, M. A a formé un recours hiérarchique auprès du ministre de l'intérieur, implicitement rejeté par cette autorité. M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de refus de séjour du préfet de Vaucluse née le 19 novembre 2022, ensemble la décision implicite ayant rejeté son recours hiérarchique.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Le préfet de Vaucluse, qui n'a produit aucune observation en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par les requérants ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Il peut, en outre, exercer le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient, dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant le titre qu'il demande ou un autre titre, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, dont il justifierait.

4. Les pièces du dossier ne contredisent et tendent même à conforter l'affirmation de M. A selon laquelle il réside régulièrement en France depuis 2017 où il s'est intégré en participant à des ateliers d'apprentissage de la langue française, de laïcité et de compétences de citoyen de sécurité civile en 2019 ou encore de lutte contre l'illettrisme en 2022. Avocat dans son pays d'origine depuis 2012, il a obtenu en France une licence d'anglais, tel que cela ressort de l'attestation de réussite produite du 8 septembre 2020 et a suivi une formation au retour à l'emploi en 2019. Il justifie, par les nombreuses photographies, attestations, ordres de mission et articles de presse produits, s'être particulièrement investi depuis l'année 2020 dans un cadre associatif auprès de l'unité locale de La Croix Rouge aux missions de laquelle il se dévoue bénévolement. Il justifie enfin d'attaches privées qu'il a tissées en France. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet de Vaucluse a entaché la décision de refus de titre de séjour en litige d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que la décision implicite par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'illégalité et qu'elle doit, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, être annulée, ensemble la décision du ministre de l'intérieur ayant rejeté son recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif qui fonde l'annulation qu'il prononce du refus de séjour opposé par le préfet de Vaucluse, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à M. A. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de Vaucluse d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. A et la décision du ministre de l'intérieur ayant implicitement rejeté son recours hiérarchique sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de délivrer à M. A un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Vaucluse et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le président rapporteur,

G. ROUX

L'assesseur,

F. BEREHOUC La greffière,

B. ROUSSELET-ARRIGONI

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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