vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2301858 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP REY GALTIER |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré enregistré le 22 mai 2023, la préfète de Vaucluse demande au tribunal d'annuler la décision tacite, née le 8 septembre 2022, par laquelle la maire de Saint-Martin-de-Castillon a délivré un permis de construire à M. et Mme C.
Elle soutient que :
- les dispositions de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme ont été méconnues dès lors que le permis tacite en litige a été délivré en dépit du caractère défavorable de l'avis conforme émis par la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers de Vaucluse ;
- le projet litigieux méconnaît cet article L. 151-11 ainsi que les articles A 1 et A 2 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par des mémoires en défense enregistrés les 5 juin et 30 septembre 2023, M. D C et Mme B A épouse C, représentés par Me Rayne, concluent au rejet du déféré et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- le déféré est irrecevable en l'absence de justification de la régularité de la délégation accordée au secrétaire général de la préfecture de Vaucluse qui en est le signataire ;
- ils sont titulaires d'un permis tacite qui ne peut plus être retiré ;
- l'avis conforme défavorable émis par la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers a été signé par une autorité incompétente et il n'est pas établi que cet avis soit parvenu à l'autorité compétente avant l'expiration du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-59 du code de l'urbanisme ;
- cet avis conforme défavorable est entaché d'illégalité dès lors que le projet litigieux n'est pas susceptible d'accroître l'artificialisation d'espaces agricoles ;
- les moyens invoqués par la préfète de Vaucluse ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixé au 9 mai 2024.
Le mémoire présenté pour la commune de Saint-Martin-de-Castillon, représentée par Me Galtier, a été enregistré le 6 juin 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- les observations de Me Bonnemaison, représentant la commune de Saint-Martin-de-Castillon, et celles de Me Rayne, représentant M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C ont déposé, le 23 février 2022, une demande de permis de construire en vue de la transformation d'une partie d'un hangar existant en salle de spectacle sur un terrain situé au lieu-dit " Les Cavales " sur le territoire de la commune de Saint-Martin-de-Castillon et classé en zone A du plan local d'urbanisme communal. Par un courrier du 22 mars suivant, la maire de Saint-Martin-de-Castillon a, d'une part, informé les pétitionnaires de ce que le délai d'instruction de leur demande était porté à cinq mois, notamment afin de consulter la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers de Vaucluse, et, d'autre part, sollicité la production de pièces manquantes. Le 8 avril 2022, les pièces complémentaires demandées ont été reçues en mairie. Un permis de construire tacite est né à l'expiration du délai d'instruction, le 8 septembre 2022, du silence gardé par la maire de Saint-Martin-de-Castillon sur la demande de M. et Mme C. La préfète de Vaucluse demande l'annulation pour excès de pouvoir de ce permis de construire tacite.
2. Aux termes du I de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme : " Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, le règlement peut : () / 2° Désigner, en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. Le changement de destination est soumis, en zone agricole, à l'avis conforme de la commission départementale de la préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime () ".
3. Aux termes de l'article A 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Martin-de-Castillon : " Dans l'ensemble de la zone, y compris dans le sous-secteur Ap, les occupations et utilisations du sol non mentionnées à l'article A 2 sont interdites () ". Le 4 de l'article A 2 de ce règlement dispose que : " Les bâtiments en zone agricole présentant un intérêt architectural ou patrimonial sont répertoriés sur le plan de zonage au titre de l'article L. 151-11 () du (c)ode de l'urbanisme et annexés au présent règlement (annexe 2). A ce titre, ils peuvent faire l'objet d'un changement de destination sous réserve qu'il ne porte pas atteinte à une exploitation agricole. Les changements de destination autorisés sont précisés pour chaque bâtiment ou groupe de bâtiments identifié en annexe du présent règlement ".
4. En premier lieu, si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.
5. Il ressort des pièces du dossier que le bâtiment existant concerné par la demande de permis de construire de M. et Mme C a été identifié comme pouvant faire l'objet d'un changement de destination, l'annexe 2 à laquelle se réfère l'article A 2 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Martin-de-Castillon précisant que le changement de destination ainsi autorisé doit permettre l'installation d'une activité artisanale ou d'un équipement d'intérêt collectif. Consultée en application des dispositions du 2° du I de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme, la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers de Vaucluse a, le 20 mai 2022, émis un avis conforme défavorable au projet, avis dont M. et Mme C excipent de l'illégalité.
6. D'une part, l'avis conforme défavorable mentionné au point précédent a été signé pour ordre, pour le préfet de Vaucluse et par délégation du président de la séance de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers de Vaucluse, par M. E F, chef du pôle " Stratégie territoriale " de la direction départementale des territoires de Vaucluse. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F bénéficiait, à la date à laquelle cet avis conforme a été rendu, d'une subdélégation régulière de signature émanant du directeur départemental des territoires de Vaucluse. Il suit de là que, comme le font valoir les défendeurs, cet avis conforme défavorable a été signé par une autorité incompétente.
7. D'autre part, la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers de Vaucluse a estimé, dans son avis conforme défavorable, que le projet de M. et Mme C " est susceptible d'accroître l'artificialisation des espaces agricoles, notamment aux abords de la construction " et qu'" à défaut d'accueillir une activité artisanale ou un équipement public, la vocation agricole du bâtiment devrait être privilégiée afin de répondre aux besoins de la profession agricole ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice descriptive ainsi que du plan de masse du projet joints à la demande de permis, qu'aucune modification du volume du hangar existant n'est prévue et que l'accès existant au terrain d'assiette ainsi que les espaces de circulation interne à celui-ci doivent être conservés en l'état. La comparaison du plan de masse de l'existant et du plan de masse du projet - dans leur version définitive datée du 4 avril 2022 - fait apparaître que les aménagements nouveaux, liés au changement de destination en litige et prévus dans la partie enherbée du terrain d'assiette, n'occupent qu'une surface réduite et non exploitée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet litigieux serait susceptible de compromettre une activité agricole, ni d'ailleurs la qualité paysagère du site. Dans ces conditions, ainsi que le font valoir M. et Mme C, la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers de Vaucluse a entaché son avis conforme défavorable d'une erreur d'appréciation.
8. L'avis conforme défavorable du 20 mai 2022 étant illégal pour les raisons exposées aux deux points précédents, la préfète de Vaucluse n'est pas fondée à soutenir qu'en délivrant le permis de construire tacite en litige sans se conformer à cet avis, la maire de Saint-Martin-de-Castillon aurait méconnu l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme.
9. En second lieu, il résulte des dispositions de l'article A 2 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Martin-de-Castillon citées au point 3 que les bâtiments identifiés au titre du 2° du I de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme peuvent faire l'objet d'un changement de destination, sous réserve que ce dernier ne porte pas atteinte à une exploitation agricole. Par ailleurs, l'article A 12 du même règlement dispose que : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions et installations autorisées dans la zone doit être assuré en dehors des voies publiques () ".
10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice descriptive ainsi que du plan de masse joints à la demande de permis de construire et datés du 4 avril 2022, que le permis de construire tacite en litige autorise, outre le changement de destination du bâtiment identifié par l'annexe 2 au règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Martin-de-Castillon, la création de trente-deux places de stationnement, dont deux places réservées aux personnes à mobilité réduite. Cette notice descriptive précise notamment que " l'accès au terrain est conservé " et que " le sol ne sera pas artificialisé ". Par ailleurs, le plan de masse de la version définitive du projet fait apparaître que les trente-deux places de stationnement ne seront pas situées au sein d'espaces à vocation agricole. Dans ces conditions, compte tenu des caractéristiques et de la localisation des places de stationnement à proximité immédiate du bâtiment implanté sur le terrain d'assiette du projet, et en l'absence de toute artificialisation d'espaces agricoles, la préfète de Vaucluse n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir qu'en autorisant la création de ces places de stationnement, la maire de Saint-Martin-de-Castillon a méconnu les dispositions de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme et celles des articles A 1 et A 2 du règlement du plan local d'urbanisme communal.
11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par M. et Mme C, que le déféré de la préfète de Vaucluse doit être rejeté.
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. et Mme C et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le déféré de la préfète de Vaucluse est rejeté.
Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme C une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de Vaucluse, à la commune de Saint-Martin-de-Castillon ainsi qu'à M. et Mme D et B C.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLa présidente,
C. BOYER
La greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026