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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301935

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301935

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNAJJARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 mai, 12 juin et 26 juillet 2023, Mme A... E..., représentée par Me Najjari, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler l’arrêté du 9 mai 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 90 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d’enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à défaut, en cas d’annulation de l’obligation de quitter le territoire français et du refus de titre de séjour pour illégalité externe de lui délivrer, dans les 8 jours suivant la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour jusqu’au nouvel examen de sa demande, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier ;
- elle entachée d’un vice de procédure tiré de l’absence et de l’irrégularité de l’avis du collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.


La procédure a été communiquée à la préfète de Vaucluse et à l’OFII, qui n’ont pas présenté d’observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Aymard.


Considérant ce qui suit :

Mme E..., ressortissante marocaine née le 1er janvier 1963, a sollicité, par un courrier reçu le 10 février 2023 par la préfecture de Vaucluse, son admission au séjour en tant qu’étranger malade sur le fondement de l’article L. 423-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 9 mai 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté cette demande de titre de séjour, a obligé l’intéressée à quitter le territoire français dans le délai de 90 jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme E... demande au tribunal d’annuler cet arrêté du 9 mai 2023.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète de Vaucluse s’est fondée pour prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit être écarté.

En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète de Vaucluse a procédé à un examen particulier de la situation de Mme E.... Dès lors, le moyen tiré du défaut d’examen particulier doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / (…) ».

Aux termes de l’article R. 425-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. (…) ». Aux termes de l’article R. 421-12 du même code : « Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. (…) ». Enfin, l’article R. 425-13 de ce code dispose : « Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. (…) ».

En l’espèce, l’OFII a versé à l’instance l’avis émis le 21 avril 2023 par le collège de médecins de l’OFII, ainsi que le rapport du médecin-rapporteur en date du 19 mars 2023. Il ressort des énonciations non contestées de ces pièces que l’avis du collège des médecins de l’OFII a été rendu de manière collégiale par un collège de médecins composé des médecins Stefania Giraud, Mathieu Laumond et Michel Spadari, et que le rapport du médecin-rapporteur a été établi par le Dr B... C.... Dans ces conditions, la requérante n’est pas fondée à soutenir que le médecin rapporteur aurait siégé au sein du collège des médecins de l’OFII, ni à contester le caractère collégial de l’avis rendu par le collège des médecins de l’OFII. Par ailleurs, les médecins mentionnés ci-dessus ayant rendu l’avis du 21 avril 2023 ont été régulièrement désignés par le directeur de l’OFII par une décision du 3 octobre 2022 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège des médecins à compétence nationale de l’OFII, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l’intérieur, cette décision étant accessible tant au juge qu’aux parties. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n’est pas fondée à contester la régularité de l’avis émis le 21 avril 2023 par le collège de médecins de l’OFII.

En quatrième lieu, la partie qui justifie d’un avis du collège de médecins de l’OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l’existence ou l’absence d’un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d’un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l’autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d’apprécier l’état de santé de l’étranger et, le cas échéant, l’existence ou l’absence d’un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si l’état de santé d’un étranger justifie la délivrance d’un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d’instruction utile.

Pour rejeter la demande d’admission au séjour présentée par Mme E..., la préfète de Vaucluse s’est notamment fondée sur l’avis du collège des médecins de l’OFII du 21 avril 2023 selon lequel, si l’état de santé de l’intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, il ne nécessite pas son maintien sur le territoire français dès lors qu’eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Maroc, elle peut y bénéficier effectivement d’un traitement approprié et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d’origine.

Il ressort des pièces du dossier que Mme E... est atteinte d’une pathologie ophtalmologique résultant d’une mutation génétique qui nécessite un suivi régulier, la lettre du Pr D... en date du 8 septembre 2022 indiquant à l’intéressée qu’elle sera contactée en cas d’essai ou de thérapie future applicable. Il ressort, en outre, du certificat établi par le Dr F... que l’intéressée souffre d’une dystrophie mammaire et d’un fibrome utérin, lesquels nécessitent une surveillance annuelle. Toutefois, aucune des pièces versées au dossier ne permet de remettre en cause l’appréciation portée par le collège de médecins de l’OFII quant à l’existence et à la disponibilité effective d’un suivi et d’un traitement approprié de ces pathologies au Maroc, son pays d’origine. Par suite, Mme E... n’est pas fondée à soutenir que la décision contestée aurait méconnu les dispositions du 11° de l’article L. 313-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En cinquième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L 'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ».

La requérante déclare être entrée en France au mois de novembre 2016 et y avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux. Toutefois, Mme E..., qui est célibataire et sans charge de famille, n’établit pas résider de manière habituelle sur le territoire français depuis la fin de l’année 2016. Par ailleurs, si l’intéressée soutient que sa mère et la majorité de ses frères et sœurs résident régulièrement en France depuis de nombreuses années, cette circonstance ne suffit pas à établir qu’elle aurait tissé des liens intenses et stables sur le territoire national, ni qu’elle serait dépourvue d’attaches dans son pays d’origine dans lequel elle a vécu jusqu’à l’âge de 53 ans. Enfin, la requérante ne démontre aucune intégration socio-professionnelle notable en France, étant souligné que l’intéressé ne démontre pas avoir exécuté les décisions portant obligation de quitter le territoire français édictées à son encontre les 18 mai 2017 et 29 mai 2019. Dans ces conditions, la décision contestée n’a pas porté au droit de Mme E... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Il en va de même, pour les mêmes motifs et pour ceux mentionnés au point 9, du moyen tiré de l’erreur manifeste d'appréciation.

En sixième lieu, aux termes du premier alinéa de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ».

Au regard de l’ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante tels qu’examinés aux points 9 et 11, la préfète de Vaucluse a pu valablement considérer que l’intéressée ne justifiait pas de motif exceptionnel ou de considération humanitaire au sens des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Ainsi, la requérante n’est pas fondée à soutenir que l’arrêté en litige méconnaîtrait les dispositions de cet article L. 435-1.

Il résulte de ce qui précède que Mme E... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision portant refus de titre de séjour en date du 9 mai 2023 qu’elle conteste.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète de Vaucluse s’est fondée pour prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit être écarté.

En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète de Vaucluse a procédé à un examen particulier de la situation de Mme E.... Dès lors, le moyen tiré du défaut d’examen particulier doit être écarté.

En troisième lieu, pour les motifs retenus précédemment aux points 9 et 11, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que le requérant n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision l’obligeant à quitter le territoire français en date du 9 mai 2023 qu’elle conteste.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

Les conclusions à fin d’annulation de Mme E... étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d’injonction sous astreinte doivent l’être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d’exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

Les conclusions de la requête au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l’Etat n’étant pas la partie perdante dans la présente instance.


D E C I D E :



Article 1er : La requête de Mme E... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... E... et à la préfète de Vaucluse.



Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.


Le rapporteur,




F. AYMARD

La présidente,




C. CHAMOT

La greffière,




L. GALAUP


La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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