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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301997

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301997

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBADJIOUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juin 2023 et le 10 août 2023, M. B A, représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur le refus de titre de séjour lui-même illégal ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistrés le 12 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 18 avril 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Roux.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité ivoirienne, est entrée en France le 5 septembre 2019 muni d'un visa de long séjour étudiant valable pour une année. Il a ensuite été muni d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", le 24 février 2021, reconduite jusqu'au 5 novembre 2022. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui renouveler un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont il est fait application, notamment l'article 9 de la convention franco-ivoirienne signée le 21 septembre 1992. Il est énoncé, par ailleurs, l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles la décision se fonde, de manière suffisamment circonstanciée, pour que la requérante soit en mesure de comprendre les raisons du sens de la décision et d'en contester utilement les motifs. Le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, a ainsi suffisamment motivé la décision en litige. Par ailleurs, une telle motivation témoigne également de l'examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant doivent, dès lors, être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. / () ". Aux termes de l'article 14 de la même convention : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux États ". Pour l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement en France en 2019 pour accomplir ses études universitaires. Après avoir validé une première année de licence " Droit, Economie, Gestion " à l'université de Nîmes, au titre de l'année universitaire 2019-2020, il a été ajourné en deuxième année de licence au titre de l'année universitaire suivante, n'obtenant que les moyennes de 8,67/20 et 8,47/20 aux troisième et quatrième semestres. Il a également été ajourné lors de l'année universitaire 2021-2022, n'obtenant qu'une moyenne de 9,59/20 au troisième semestre et ayant été déclaré " défaillant " à la quasi-totalité des unités d'enseignements fondamentaux au cours du quatrième semestre en raison d'un nombre trop important d'absences. M. A ne démontre pas que le déroulement de ses études aurait été affecté par la crise sanitaire alors que les semestres concernés ne correspondent pas aux périodes de confinement. Il fait également état de difficultés liées à son état de santé, sans toutefois produire d'éléments probants à cet égard, ainsi qu'au décès de son père, survenu le 7 juin 2022, postérieurement au troisième semestre et à la majeure partie du quatrième semestre de l'année 2021-2022. Par ailleurs, tout en poursuivant ses études de droit, M. A s'est inscrit, au titre de l'année 2022-2023, au sein d'une " formation de technicien supérieur en méthode de l'exploitation logistique ", a participé à une mission de service civique de neuf mois et est employé en qualité d'apprenti au sein de la société " Salins du Midi ". Il n'a ainsi obtenu aucun diplôme après plus quatre années de présence en France en qualité d'étudiant, ni validé le moindre semestre depuis l'année universitaire 2019-2020. Au vu de l'ensemble de ces éléments, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de l'Hérault a considéré que l'intéressé ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études et a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " que M. A sollicitait.

5. Le droit au séjour des ressortissants ivoiriens en France en qualité d'étudiant est intégralement régi par les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne signée le 21 septembre 1992. Dès lors, un ressortissant ivoirien souhaitant obtenir un titre de séjour en cette qualité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant et ne saurait être accueilli.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A, célibataire et sans enfant, ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire français où il ne séjourne que depuis 2019, en qualité " étudiant ", sans vocation à y demeurer à l'issu de ses études. Il ne justifie d'aucune attache privée ou familiale en France et a conservé, en revanche, l'ensemble de ces attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où il ne démontre pas être isolé du seul fait du décès de son père. Au regard de ces éléments, et alors même qu'il a travaillé en qualité d'apprenti au sein de la société " Salins du Midi " à compter de septembre 2023, l'arrêté en litige ne saurait être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que cette dernière vise l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait référence à l'article L. 411-2 de ce même code. Elle indique, en outre, que M. A ne répond pas aux conditions requises pour obtenir un titre de séjour " étudiant " et ne justifie d'aucun droit de se maintenir sans titre sur le territoire. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité du refus de titre de séjour, le moyen tiré, par d'exception, de l'absence de base légale de la décision d'éloignement ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, et ainsi qu'il a été dit au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que les liens privés et familiaux dont dispose M. A en France seraient d'une intensité telle que l'obligation de quitter le territoire en cause porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces circonstances, la décision contestée n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Galtier, première conseillère,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

G. ROUX L'assesseure la plus ancienne,

F. GALTIER

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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