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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302020

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302020

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2023, M. B A, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ou, en cas d'annulation pour un motif de fond, de lui délivrer le titre de séjour demandé dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- il n'est pas justifié que l'auteur de l'arrêté attaqué disposait d'une délégation régulière et publiée ; ainsi cet arrêté est entaché d'incompétence ;

- il satisfait aux conditions posées par les dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un plein droit au séjour ; dès lors sa demande ne pouvait être rejetée sans consultation préalable de la commission du titre de séjour ;

- en rejetant sa demande au motif que le titre de séjour espagnol qu'il présentait ne comportait pas la mention " UE ", la préfète a commis une erreur de droit ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale, alors qu'il vit depuis plusieurs années en France où il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, qu'il y a des amis et de la famille, notamment quatre de ses frères, et qu'il n'a plus d'attache dans son pays d'origine ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elles sont illégales, dès lors qu'elles ont été prises sur le fondement d'un refus de séjour illégal ;

- elles portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation.

La préfète de Vaucluse n'a pas présenté d'écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2023.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baccati a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 31 janvier 1981, de nationalité marocaine, a sollicité son admission au séjour en qualité de salarié. Il demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé au nom de la préfète de Vaucluse par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture. Ce dernier bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 9 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 14 décembre 2022 et accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer, notamment, les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait pas été procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "entrepreneur/profession libérale" s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 ".

5. La délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour " salarié " prévu à l'article 3 précité de l'accord franco-marocain est subordonnée, en vertu de son article 9, à la condition, prévue à l'article L. 412-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la production par ce ressortissant d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois. Alors qu'il est constant que M. A n'est pas titulaire d'un visa de long séjour, l'intéressé se prévaut de l'article L. 426-11 précité du même code, dont les dispositions subordonnent l'exemption de disposer d'un visa de long séjour à la détention d'une carte de résident de longue durée-UE. Or la carte de séjour d'une durée de cinq ans, délivrée à M. A par les autorités espagnoles, ne porte pas cette mention " UE ". Dans ces conditions M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. M. A fait valoir qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée et que quatre de ses frères résidents en France, dont trois sous couvert d'un titre de séjour et un de nationalité française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a effectué, à partir de 2003, plusieurs séjours en France et en Espagne pour exercer la profession d'ouvrier agricole. Il est entré en France en dernier lieu en 2019, où il ne justifie pas avoir des charges de famille, et s'il se prévaut de ce qu'il vit en France " depuis plusieurs années ", les documents qu'il produit se limitent aux années 2020, 2021 et 2022 et 2023. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

9. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que la préfète a examiné d'office la possibilité d'admettre M. A au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, ainsi qu'il a été relevé au point 7, M. A ne justifie pas de la durée ni du caractère habituel de son séjour. Il ne justifie donc pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de Vaucluse, en ne soumettant pas sa demande à la commission du titre de séjour, aurait méconnu les dispositions précitées.

10. En dernier lieu, aucune des circonstances invoquées par M. A n'est pas de nature à établir qu'en refusant de lui accorder un titre de séjour, la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, présentés au soutien de la contestation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 7 que le moyen tiré de l'atteinte à la vie privée et familiale ne peut qu'être écarté.

13. Aucune des circonstances invoquées par M. A n'est de nature à établir qu'en décidant de l'obliger à quitter le territoire français et en fixant le pays de destination, la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A, en ce comprises celles présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Albertin et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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