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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302035

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302035

jeudi 16 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGONZALEZ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de Mme A..., aide-soignante au CHU de Nîmes, qui contestait son placement en disponibilité d’office pour instruction d’un dossier de retraite pour invalidité. La décision attaquée a été jugée suffisamment motivée, car elle mentionnait les textes applicables et les motifs de fait, notamment l’impossibilité de reclassement dans les délais impartis. Le tribunal a également écarté le moyen tiré du non-respect de l’obligation de reclassement, estimant que l’administration avait engagé une démarche de reclassement conforme aux articles L. 826-1 et L. 826-3 du code général de la fonction publique et au décret du 8 juin 1989. Enfin, la requérante a été condamnée à verser 2 000 euros au CHU au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2023, Mme B... A..., représentée par Me Gonzalez, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 23 mars 2023 par laquelle la directrice des ressources humaines du centre hospitalier universitaire de Nîmes l’a placée en disponibilité d’office à compter du 1er avril 2023 pour mener à bien l’instruction d’un dossier de retraite pour invalidité avec une rémunération à demi-traitement ;

2°) d’enjoindre au centre hospitalier universitaire de Nîmes de respecter la convention de reconversion ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale dès lors que le centre hospitalier universitaire ne démontre pas avoir respecté son obligation de reclassement en la plaçant en disponibilité d’office sans engager une démarche réelle et effective de recherche de poste adapté à sa santé et qu’aucun projet ne lui a été notifié dans le délai de deux mois après le début de la période de préparation au reclassement en méconnaissance de l’article 2-2 du décret du 8 juin 1989 ;

- elle est illégale en ce que le délai imparti d’un an pour la période de reclassement ne peut avoir expiré le 1er avril 2023 dès lors que sa période de préparation au reclassement n’a commence qu’à compter du 1er juin 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2024, le centre hospitalier universitaire de Nîmes, représenté par l’AARPI Hortus Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A... sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête de Mme A... sont infondés.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le décret n°89-376 du 8 juin 1989 ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Mazars,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
- les observations de Me Gonzalez, représentant Mme A..., et celles de Me Lalubie, représentant le centre hospitalier universitaire de Nîmes.



Considérant ce qui suit :

Mme B... A... est aide-soignante au centre hospitalier universitaire de Nîmes. Par une décision du 8 juin 2022, elle a été réintégrée dans ses fonctions à compter du 1er juin 2022 pour effectuer une période de préparation au reclassement. Par une décision du 23 mars 2023 dont elle demande l’annulation, la directrice des ressources humaines du centre hospitalier universitaire de Nîmes l’a placée en disponibilité d’office à compter du 1er avril 2023 pour mener à bien l’instruction d’un dossier de retraite pour invalidité avec une rémunération à demi-traitement.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, la décision attaquée vise notamment le code général de la fonction publique, le décret du 18 mai 2021 instituant une période de préparation au reclassement au profit des fonctionnaires hospitaliers et le bilan professionnel approfondi signé par l’intéressée du 22 février 2023 et mentionne que le projet professionnel défini ne peut aboutir à un reclassement dans la fonction publique et que les échéances de formation ne s’inscrivent pas dans les délais impartis d’un an de la période de préparation au reclassement à compter de la date de réintégration en période de préparation au reclassement de Mme A.... Par suite, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 826-1 du code général de la fonction publique : « Lorsqu'un fonctionnaire est reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé, son poste de travail fait l'objet d'une adaptation, lorsque cela est possible. ». L’article L. 826-3 de ce code précise que : « Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé dont le poste de travail ne peut être adapté, peut être reclassé dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emplois en priorité dans son administration d'origine ou, à défaut, dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article L. 2, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes. (…) ». Aux termes de l’article 1er du décret du 8 juin 1989 relatif au classement des fonctionnaires hospitaliers reconnus inaptes à l’exercice de leurs fonctions : « Lorsqu'un fonctionnaire n'est plus en mesure d'exercer ses fonctions, de façon temporaire ou permanente, et si les nécessités du service ne permettent pas un aménagement des conditions de travail, l'autorité investie du pouvoir de nomination, après avis du médecin du travail, ou, lorsqu'il a été consulté, du conseil médical en formation restreinte peut affecter ce fonctionnaire dans un poste de travail correspondant à son grade dans lequel les conditions de service sont de nature à permettre à l'intéressé d'assurer ses fonctions ». Aux termes de l'article 2 du même décret : « Dans le cas où l'état physique d'un fonctionnaire, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'intéressé peut présenter une demande de reclassement dans un emploi relevant d'un autre grade de son corps ou dans un emploi relevant d'un autre corps. / L'autorité investie du pouvoir de nomination recueille l'avis du comité médical départemental ». Aux termes de l’article 2-2 de ce décret : « (…) L'autorité investie du pouvoir de nomination notifie à l'intéressé le projet au plus tard deux mois après le début de la période de préparation au reclassement afin de recueillir son accord et son engagement à en respecter les termes (...) ».

Il résulte de ces dispositions que lorsqu’un fonctionnaire est reconnu, par suite de l’altération de son état physique, inapte à l’exercice de ses fonctions, il incombe à l’administration de rechercher si le poste occupé par ce fonctionnaire ne peut être adapté à son état physique ou, à défaut, de lui proposer une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec son état de santé. Si le poste ne peut être adapté ou si l’agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l’administration de l’inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d’un autre corps. Il n’en va autrement que si, en raison de l’altération de son état de santé, cet agent ne peut plus exercer d’activité et ne peut ainsi faire l’objet d’aucune mesure de reclassement. Il peut alors être mis à la retraite pour invalidité et placé dans cette attente en position de disponibilité d’office pour raison de santé.

Il ressort des pièces du dossier que, par plusieurs courriers du 8 septembre 2021, 7 octobre 2021, 19 octobre 2021 et 29 novembre 2021, dont la requérante ne conteste pas le contenu ni la réception, le centre hospitalier universitaire de Nîmes l’a informée que des mobilités avaient été ouvertes et l’a encouragée à candidater sur plusieurs postes qui concernaient des emplois en tant qu’adjoint administratif au sein du pôle politiques sociales du service de l’institut de formation aux métiers de la santé (IFMS), gestionnaire administratif des dossiers médicaux, adjoint administratif au pôle ressources matérielles et adjoint administratif au service présentéisme/gestion du temps. Si plusieurs de ses candidatures n’ont pas abouti, il ne ressort pas des pièces du dossier que les postes proposés par l’employeur de Mme A... n’étaient pas adaptés à son état de santé, alors d’ailleurs que le comité médical départemental avait précisément préconisé un reclassement professionnel sur un poste type administratif.

En outre, après que Mme A... a accepté de s’engager dans une procédure de préparation au reclassement le 27 mai 2022, le centre hospitalier l’a invitée à se rapprocher d’un organisme de formation dès le 1er juin 2022 pour débuter sa période de préparation au reclassement et l’a réintégrée dans ses fonctions à compter de cette date. Il ressort des pièces du dossier qu’à l’issue d’une prestation réalisée du 11 août 2022 au 10 janvier 2023, l’organisme prestataire lui a ainsi proposé le projet de formation en qualité de praticienne en massage bien-être.

Par suite, il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier universitaire de Nîmes a engagé des démarches en vue de procéder au reclassement de Mme A... qui a en outre bénéficié d’une période de préparation au reclassement, de sorte que la requérante n’est pas fondée à soutenir que l’administration n’aurait effectué aucune démarche réelle et sérieuse pour la reclasser ni que la période de préparation au reclassement ne se serait pas déroulée conformément aux dispositions précitées.

En troisième lieu, aux termes de l’article 2 décret du 8 juin 1989 relatif au reclassement des fonctionnaires hospitaliers reconnus inaptes à l’exercice de leurs fonctions : « (…) La période de préparation au reclassement prend fin à la date de reclassement de l'agent et au plus tard un an après la date à laquelle elle a débuté. (…) ». Aux termes de l’article L. 826-2 du code général de la fonction publique : « Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions a droit à une période de préparation au reclassement, avec maintien du traitement, pendant une durée maximale d'un an. Cette période est assimilée à une période de service effectif (…) ».

En l’espèce, par une décision du 8 juin 2022, Mme A... a été réintégrée dans ses fonctions à compter du 1er juin 2022 pour effectuer une période de préparation au reclassement. Si la requérante soutient que le délai d’un an prévu par les dispositions citées au point 8 n’avait pas expiré le 1er avril 2023 dès lors que sa période de reclassement n’a commencé à courir qu’à compter du 1er juin 2022, un tel moyen est inopérant à l’encontre de la décision attaquée qui ne repose pas sur un tel motif mais sur les circonstances que le projet professionnel défini (praticienne en massage bien-être) ne peut aboutir à un reclassement dans la fonction publique et que les échéances de formation ne s’inscrivent pas dans les délais impartis d’un an de la période de préparation au reclassement à compter de la date de réintégration de Mme A.... En tout état de cause, il ne résulte pas des dispositions précitées ni d’aucune autre disposition que l’agent bénéficie d’un droit au maintien en période de préparation au reclassement jusqu’au terme du délai d’un an, lequel constitue une durée maximale. Par suite le moyen tiré du non-respect de ce délai doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision du 23 mars 2023 par laquelle la directrice des ressources humaines du centre hospitalier universitaire de Nîmes l’a placée en disponibilité d’office à compter du 1er avril 2023 pour mener à bien l’instruction d’un dossier de retraite pour invalidité avec une rémunération à demi-traitement.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

L’exécution du présent jugement n’implique aucune mesure d’exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées.



Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à ce titre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nîmes, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme A... une somme à verser au centre hospitalier universitaire de Nîmes au titre de ces dispositions.



D E C I D E :



Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Nîmes au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au centre hospitalier universitaire de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,
Mme Mazars, conseillère,
Mme Sarac-Deleigne, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.


La rapporteure,




M. MAZARS

La présidente,




C. CHAMOT
La greffière,




B. MAS-JAY

La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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