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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302307

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302307

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2023, M. A B, représenté par Me Arnaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du huitième jour après cette notification, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, durant ce réexamen, un tel récépissé sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- cette décision méconnaît l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont dépourvues de base légale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

La requête a été communiquée à la préfète de Vaucluse qui n'a produit aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Mouret, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1992, est entré en France le 27 août 2016 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il a ensuite bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant cette mention, laquelle a été renouvelée une fois, puis d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " et, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " valable jusqu'au 18 août 2022. L'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 8 juin 2022. Par un arrêté du 17 avril 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté la demande de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. B demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté contesté que la préfète de Vaucluse a notamment examiné si les éléments de la situation personnelle et familiale de M. B permettaient de lui délivrer un titre de séjour, en se référant expressément à cet égard aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le requérant peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté contesté.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré régulièrement en France au cours de l'année 2016 et qu'il y a poursuivi avec succès ses études supérieures. L'intéressé, qui a exercé une activité professionnelle durant ses études, a obtenu le diplôme de " master de sciences, technologies, santé, mention physique " au titre de l'année universitaire 2018-2019. Il a en outre créé une micro-entreprise proposant des prestations en adéquation avec son diplôme de master, ainsi que l'a d'ailleurs relevé la préfète de Vaucluse dans l'arrêté contesté. Par ailleurs, les pièces du dossier font apparaître qu'à la date de l'arrêté contesté, les revenus professionnels de M. B étaient en nette hausse et qu'il justifiait, au vu de l'attestation circonstanciée établie par sa compagne, entretenir une relation stable avec une ressortissante française depuis plus d'un an. Dans ces conditions, compte tenu en particulier de la durée du séjour régulier en France de M. B, de ses efforts d'insertion professionnelle ainsi que des liens personnels qu'il a tissés sur le territoire français, la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige a porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués par M. B, que la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige doit être annulée. Par voie de conséquence, les autres décisions contenues dans l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 17 avril 2023 doivent également être annulées.

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " soit délivrée à M. B. En revanche, il incombe à cette autorité, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de Vaucluse du 17 avril 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Vaucluse de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 800 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

G. ROUX

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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