mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2302369 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LEGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 juin 2023 et le 4 avril 2024, la société à responsabilité limitée Essor Promotion, représentée par la SELARL Andreani-Humbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le maire de Mérindol a refusé de lui délivrer un permis d'aménager ;
2°) d'enjoindre au maire de Mérindol, à titre principal, de lui délivrer un certificat de permis d'aménager tacite indiquant la date à laquelle le dossier a été transmis au préfet ou à son délégué dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer le permis d'aménager sollicité ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Mérindol la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la modification du délai d'instruction et la demande de pièces manquantes étant illégales, elle est devenue titulaire d'un permis d'aménager tacite et le retrait de celui-ci par l'arrêté contesté est illégal, en l'absence de mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le motif de refus fondé sur l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- le motif de refus fondé sur l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est illégal et entaché d'un détournement de pouvoir ;
- le motif de refus fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, la commune de Mérindol, représentée par Me Légier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Essor Promotion au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable faute pour la société pétitionnaire d'avoir saisi le préfet de région d'un recours administratif préalable obligatoire dirigé contre l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ;
- aucun permis d'aménager tacite n'a pu naître en application de l'article R. 424-3 du code de l'urbanisme ;
- les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code du patrimoine ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- les observations de Me Andreani, représentant la société Essor Promotion, et celles de Me Légier, représentant la commune de Mérindol.
Considérant ce qui suit :
1. La société Essor Promotion a déposé, le 14 novembre 2022, une demande de permis d'aménager, complétée le 4 janvier 2023, en vue de la création d'un lotissement de six lots à bâtir sur un terrain situé avenue des Brullières sur le territoire de la commune de Mérindol. Le
12 avril 2023, l'architecte des Bâtiments de France a émis un avis favorable, assorti de prescriptions, sur ce projet de lotissement. Par un arrêté du 27 avril 2023, le maire de Mérindol a refusé de délivrer le permis d'aménager sollicité. La société Essor Promotion demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté du 27 avril 2023.
Sur la nature de la décision litigieuse :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. / Un décret en Conseil d'Etat précise les cas dans lesquels un permis tacite ne peut être acquis ". L'article R*424-1 du même code dispose que : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () / b) () permis d'aménager () tacite ". Selon l'article R*424-3 de ce code : " Par exception au b de l'article R*424-1, le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet lorsque la décision est soumise à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France et que celui-ci a notifié () un avis défavorable ou un avis favorable assorti de prescriptions () ".
3. Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. () / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. () / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci () ". L'article L. 621-32 du même code dispose que : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1 ". Selon le premier alinéa du I de l'article L. 632-2 de ce code : " L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées () ". En vertu du deuxième alinéa de ce I, " () le permis d'aménager () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I ". Les articles L. 425-1 et R. 425-1 du code de l'urbanisme prévoient également que, lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis d'aménager tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées.
4. Il résulte de la combinaison des dispositions citées au point précédent que ne peuvent être délivrés qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France les permis d'aménager portant sur un projet situé, en l'absence de périmètre délimité, à moins de cinq cents mètres d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, s'il est visible à l'œil nu de cet édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public, y compris lorsque ce lieu est situé en dehors du périmètre de cinq cents mètres entourant l'édifice en cause. Par ailleurs, c'est à l'architecte des Bâtiments de France qu'il appartient d'apprécier, sous le contrôle du juge, si un projet implanté à moins de cinq cents mètres d'un immeuble classé ou inscrit est ou non situé dans le champ de visibilité de ce dernier.
5. Il est constant que le terrain d'assiette du lotissement projeté par la société Essor Promotion est situé à moins de cinq cents mètres de l'église paroissiale Sainte-Anne, monument historique implanté sur le territoire de la commune de Mérindol. Si l'architecte des Bâtiments de France a estimé, dans son avis favorable assorti de prescriptions émis le 12 avril 2023, que le projet est situé " dans le champ de visibilité " de ce monument historique, la société requérante soutient que le projet litigieux, qui n'est pas inclus dans un périmètre délimité des abords, ne sera pas visible à l'œil nu depuis cette église et qu'il sera impossible d'observer simultanément, en particulier depuis l'avenue des Brullières, le lotissement projeté et l'édifice en cause. Il ne ressort pas des seules pièces du dossier, alors notamment qu'aucun élément photographique n'est produit en défense, que le lotissement projeté serait visible depuis le monument historique mentionné ci-dessus ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que la délivrance du permis d'aménager sollicité par la société pétitionnaire était subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France. Par suite, le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction de la demande de permis d'aménager de la société Essor Promotion ne pouvait valoir, contrairement à ce que fait valoir la commune défenderesse en se prévalant de l'article R*424-3 du code de l'urbanisme, décision implicite de rejet de cette demande.
6. En second lieu, aux termes de l'article R. 423-18 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction est déterminé dans les conditions suivantes : / a) Un délai de droit commun est défini par la sous-section 2 ci-dessous. En application de l'article R. 423-4, il est porté à la connaissance du demandeur par le récépissé ; / b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus par le paragraphe 1 de la sous-section 3 ci-dessous. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande () ". L'article R. 423-22 de ce code dispose que : " () le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". L'article R. 423-23 du même code prévoit que : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () / c) Trois mois pour () les demandes de permis d'aménager ". Selon l'article R. 423-24 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques () ". Son article R. 423-38 dispose, dans sa rédaction applicable au présent litige, que : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du [livre IV de la partie réglementaire du code relatif au régime applicable aux constructions, aménagements et démolitions], l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-39 de ce code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". Selon l'article R. 423-41 du même code : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R. 423-23 à R. 423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R. 423-42 à R. 423-49 ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite. En application de ces dispositions, le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans ce cas, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle.
8. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 9 décembre 2022, le maire de Mérindol a informé la société pétitionnaire de ce que, le projet étant situé dans les abords d'un monument historique, le délai d'instruction de sa demande de permis d'aménager était porté à quatre mois. Il lui a également demandé de compléter son dossier de demande de permis d'aménager, d'une part, en indiquant le " numéro de récépissé du dossier déclaré à l'ordre des architectes " dans le cadre n° 10 du formulaire normalisé de demande, d'autre part, en ajoutant la " description des travaux exécutés sur la voie existante " à l'article 2 du programme des travaux, en fournissant la " validation () de l'implantation du Poteau Incendie par le syndicat Durance Luberon " et en corrigeant l'article 3 du programme des travaux " concernant la hauteur des murets " et, enfin, en modifiant le plan de composition en y ajoutant une " zone non aedificandi de 2 mètres en bordure de voie ".
9. D'une part, ni l'article A. 441-4 du code de l'urbanisme, ni aucune autre disposition de ce code régissant la composition des dossiers de demande de permis d'aménager n'impose qu'une demande de permis d'aménager un lotissement comporte, lorsqu'il a été fait appel à un architecte, le numéro de récépissé du dossier de déclaration à l'ordre des architectes.
10. D'autre part, le c) de l'article R*442-5 du code de l'urbanisme prévoit que le projet architectural, paysager et environnemental joint à la demande de permis d'aménager un lotissement comporte : " Le programme et les plans des travaux d'aménagement indiquant les caractéristiques des ouvrages à réaliser, le tracé des voies () ".
11. Si le maire de Mérindol a demandé à la société pétitionnaire de décrire, à l'article 2 du programme des travaux, les " travaux exécutés sur la voie existante ", il ressort des pièces du dossier que, à les supposer exigibles en application des dispositions citées au point précédent, les informations réclamées sur ce point figurent, en tout état de cause, à l'article 3 de ce document et que le dossier de demande de permis d'aménager comporte un plan de voirie permettant d'apprécier la consistance des travaux en cause.
12. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté en défense, que les autres pièces et informations mentionnées au point 8 ne sont pas au nombre de celles, limitativement énumérées dans la partie réglementaire du code de l'urbanisme, devant figurer dans un dossier de demande de permis d'aménager un lotissement. Il suit de là que le maire de Mérindol ne pouvait légalement demander à la société pétitionnaire de compléter son dossier en fournissant ces pièces et informations.
13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 12 que le délai d'instruction, porté à quatre mois, a commencé à courir le 14 novembre 2022 et qu'il n'a été ni interrompu, ni modifié par la demande illégale de pièces complémentaires contenue dans la lettre du maire de Mérindol du 9 décembre 2022.
14. Eu égard à tout ce qui a été dit précédemment, la société Essor Promotion est fondée à soutenir qu'un permis d'aménager tacite est né à l'expiration du délai d'instruction de sa demande de permis d'aménager déposée le 14 novembre 2022 et que l'arrêté contesté du 27 avril 2023 doit être regardé comme constituant une décision portant retrait de ce permis d'aménager tacite.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Mérindol :
15. Aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas () de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification () du refus () ".
16. L'architecte des Bâtiments de France ayant émis, le 12 avril 2023, un avis favorable assorti de prescriptions, l'arrêté contesté n'est pas fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France. Par suite, et en tout état de cause compte tenu de ce qui a été dit au point 5, la commune de Mérindol n'est pas fondée à soutenir que la société pétitionnaire aurait dû, préalablement à l'introduction de la présente requête, saisir le préfet de région d'un recours contre l'avis du 12 avril 2023 mentionné ci-dessus, selon la procédure spécifique définie à l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme.
Sur la légalité de la décision litigieuse :
17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions () ".
18. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Selon l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationale ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". L'article L. 122-1 de ce code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".
19. La décision portant retrait d'un permis d'aménager est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de cette autorisation d'urbanisme d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'un permis d'aménager que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.
20. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de Mérindol aurait invité la société Essor Promotion à présenter ses observations préalablement à l'intervention de la décision retirant le permis d'aménager tacite mentionné ci-dessus. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas fait état en défense d'une situation d'urgence ni de l'une des autres circonstances mentionnées à l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, cette décision de retrait a été prise au terme d'une procédure irrégulière. La société Essor Promotion a, en l'espèce, été effectivement privée de la garantie évoquée au point précédent.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis () d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ". Il résulte de ces dispositions qu'un permis d'aménager doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte du projet et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
22. Il résulte des dispositions de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme que, pour l'alimentation en électricité, relèvent des équipements propres à l'opération ceux qui sont nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction ou du terrain jusqu'au branchement sur le réseau public d'électricité qui existe au droit du terrain, en empruntant, le cas échéant, des voies privées ou en usant de servitudes, ou, dans les conditions définies au troisième alinéa de l'article L. 332-15, en empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve dans ce dernier cas que le raccordement n'excède pas cent mètres. En revanche, pour l'application de ces dispositions, les autres équipements de raccordement aux réseaux publics d'électricité, notamment les ouvrages d'extension ou de branchement en basse tension, et, le cas échéant, le renforcement des réseaux existants, ont le caractère d'équipements publics.
23. Il ressort de l'avis émis le 22 février 2023 par la société Enedis que les travaux requis sur le réseau public de distribution d'électricité, qui portent sur un allongement de ce réseau d'une longueur de quarante mètres, consistent en un simple raccordement au réseau en cause. Par suite, la desserte en électricité du lotissement projeté ne rendant pas nécessaire la réalisation de travaux d'extension ou de renforcement de la capacité du réseau public de distribution d'électricité, la société requérante est fondée à soutenir que le maire de Mérindol ne pouvait légalement se fonder sur les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme pour édicter l'arrêté contesté.
24. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis ne peut être refusé ou retiré que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité du projet aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
25. Un règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie, qui relève d'une législation distincte de celle de l'urbanisme, n'est pas directement opposable aux demandes d'autorisation d'urbanisme. Il peut toutefois être pris en compte par l'autorité compétente à titre d'élément d'appréciation du risque d'atteinte à la sécurité publique, pour l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
26. Il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de l'avis émis le 19 décembre 2022 par le directeur départemental des services d'incendie et de secours de Vaucluse, que le lotissement projeté serait exposé à un risque d'incendie d'une intensité particulière. Le programme des travaux joint à la demande de permis d'aménager fait état de la mise en place d'un poteau d'incendie " conformément aux directives des services gestionnaires ". Si le maire de Mérindol a relevé, dans l'arrêté contesté, que " l'étude de faisabilité d'implantation d'un poteau incendie n'a pas été validée " et qu'aucun hydrant ne respecte la distance prévue par le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie de Vaucluse, ces circonstances ne sauraient, à elles seules, suffire à établir l'existence d'un risque pour la sécurité publique de nature à justifier un refus de permis d'aménager sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Il était au demeurant loisible au maire de Mérindol, s'il l'estimait nécessaire, d'assortir le permis d'aménager de prescriptions spéciales sur ce point en application de ces dispositions. Par suite, et alors que la société requérante se prévaut de la présence d'un poteau d'incendie existant situé à environ 220 mètres de l'accès au terrain d'assiette du projet, le maire de Mérindol a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
27. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
28. Pour l'application de ces dispositions, l'autorité administrative doit apprécier, dans un premier temps, la qualité du site d'implantation du projet et évaluer, dans un second temps, l'impact que ce projet, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact du projet sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
29. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit, que le lotissement projeté serait visible depuis l'église paroissiale Sainte-Anne, ni qu'il pourrait être aperçu en même temps que ce monument historique depuis un lieu normalement accessible au public. Le terrain en cause s'inscrit dans la continuité d'un secteur bâti dont l'intérêt architectural n'est pas établi. Au regard notamment des modalités d'implantation des futures constructions envisagées par la société pétitionnaire et alors même qu'est prévue une voie en impasse, il n'apparaît pas que la réalisation du lotissement litigieux pourrait être de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux et paysages avoisinants. Par suite, le maire de Mérindol a fait une inexacte application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
30. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté contesté.
31. Il résulte de tout ce qui précède que la société Essor Promotion est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Mérindol du 27 avril 2023.
Sur l'injonction :
32. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Selon l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite (), l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur (). / () / En cas de permis tacite, ce certificat indique la date à laquelle le dossier a été transmis au préfet ou à son délégué dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales ".
33. L'exécution du présent jugement, qui annule la mesure de retrait du permis d'aménager tacite dont la société Essor Promotion est devenue titulaire, implique nécessairement que le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme lui soit délivré. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Mérindol de délivrer à la société Essor Promotion un certificat de permis d'aménager tacite, comportant l'ensemble des mentions et indications prévues par cet article R. 424-13, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
34. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Mérindol une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la société Essor Promotion, laquelle n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Mérindol du 27 avril 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Mérindol de délivrer à la société Essor Promotion un certificat de permis d'aménager tacite, comportant l'ensemble des mentions et indications prévues par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Mérindol versera à la société Essor Promotion une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Mérindol au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Essor Promotion et à la commune de Mérindol.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLa présidente,
C. BOYER
La greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026