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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302377

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302377

jeudi 30 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantABENA OWONO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante camerounaise, qui demandait l'annulation de la décision implicite de rejet du préfet du Gard concernant sa demande de titre de séjour. Le tribunal a considéré que Mme A... ne justifiait pas d'un mariage avec un ressortissant français ni d'une vie commune de six mois, ne pouvant ainsi bénéficier des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaires enregistrés les 27 juin 2023 et 9 juillet 2024, Mme B... A..., représentée par Me Abena Owono, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler la décision par laquelle le préfet du Gard a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d’enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour, à compter de cette même notification ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 313-11 et L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile car elle est entrée en France en 2012 et se trouve mariée à un ressortissant français ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et L. 313-11,7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

L’ensemble de la procédure a été régulièrement communiquée au préfet du Gard qui n’a pas produit d’écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Les parties n’étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Roux, président rapporteur.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., ressortissante camerounaise née le 13 septembre 1957, est entrée sur le territoire français le 26 juin 2012 sous couvert d’un visa en qualité de conjoint de français valable du 22 juin 2012 au 22 juin 2013. Par un courrier reçu en préfecture du Gard le 29 novembre 2022, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Du silence gardé par le préfet du Gard durant quatre mois est née, le 29 mars 2023, une décision implicite de rejet dont Mme A... demande au tribunal de prononcer l’annulation.


Sur l’aide juridictionnelle :


2. Mme A... n’ayant pas sollicité son admission à l’aide juridictionnelle ne saurait être fondée à demander qu’elle lui soit accordée à titre provisoire en application de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ».

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A..., qui est entrée régulièrement en France le 26 juin 2012 sous couvert d’un visa délivré en sa qualité de conjointe de français, a depuis, tel que cela ressort de la copie de l’extrait de l’acte de mariage qu’elle a produit, divorcé de ce dernier suite à un arrêt de la cour d’appel d’Aix-en-Provence du 7 novembre 2017. Si elle allègue être mariée depuis 2021 avec un ressortissant français dont elle produit la carte nationale d’identité, elle ne le démontre pas et ne justifie au demeurant pas davantage d’une vie commune et effective auprès de lui d’une durée de six mois en France. La requérante n’est donc, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que le préfet du Gard aurait méconnu les dispositions précitées dans le champ d’application desquelles elle ne justifie pas entrer.

5. En deuxième lieu, d’une part, aux termes des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ». D’autre part, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

6. Mme A..., célibataire et sans enfants, ne démontre pas, par les pièces produites, avoir continuellement résidé en France depuis 2012 où elle affirme avoir bénéficié d’un titre de séjour valable jusqu’en 2024 et où elle a divorcé en 2017. En se bornant à produire la pièce d’identité de M. C... dont elle affirme, sans l’établir, qu’il serait son époux depuis 2021, elle ne démontre pas disposer d’attaches privées et familiales en France. En outre, elle ne démontre pas être dépourvue d’attaches dans son pays d’origine où elle a vécu au moins jusqu’à l’âge de cinquante-cinq ans et où elle n’établit pas avoir pu résider plus récemment. Enfin, en se bornant à produire une attestation de formation pour le parcours « d’assistante de vie aux familles » sur la période du 5 novembre 2012 au 22 mai 2013, un solde de tout compte en date du 22 juillet 2015 et un certificat de travail pour la période du 7 juillet 2022 au 31 juillet 2022, elle ne justifie pas davantage d’une intégration professionnelle dans ce pays. Au regard de ces éléments, en lui refusant la délivrance d’un titre de séjour, le préfet ne saurait être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) »

8. Les éléments qu’avance Mme A..., relatifs à l’ancienneté de son séjour en France depuis 2012 dont elle n’établit pas la continuité par les pièces produites et à un premier mariage contracté dans ce pays suivi d’un divorce prononcé en 2017 et à un second prétendu mariage avec un ressortissant français dont elle ne démontre pas la réalité, ne sauraient constituer des considérations humanitaires ou des circonstances exceptionnelles au sens de l’article L. 435-1 précité. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation qu’aurait commise le préfet du Gard dans l’application de ces dispositions doit donc être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à soutenir que la décision implicite née le 29 mars 2023 par laquelle le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour serait entachée d’illégalité. Les conclusions qu’elle a présentées tendant à son annulation doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d’annulation de Mme A... n’appelle aucune mesure d’exécution. Ses conclusions présentées aux fins d’injonction et d’astreinte doivent, dès lors, être également rejetées.

Sur les frais liés à l’instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l’Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par Mme A... et non compris dans les dépens.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet du Gard.


Délibéré après l'audience du 16 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,
Mme Ruiz, première conseillère,
Mme Béréhouc, conseillère,


Rendu public pas mise à disposition au greffe le 30 octobre 2025.



Le président-rapporteur,

G. ROUX
L’assesseur le plus ancien,

I. RUIZ



La greffière,




B. ROUSSELET-ARRIGONI


La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière.


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