vendredi 17 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2302618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2023, Mme A B, représenté par Me Bruna-Rosso, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° RES/84/2023/1051 du 9 juin 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfecture de Vaucluse de lui délivrer une carte de séjour temporaire sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, en application de l'article L 911-3 du code de justice administrative ;
3°) d'enjoindre à la préfecture de Vaucluse de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation au travail en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 460 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus d'admission au séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 5 de l'accord franco-marocain ;
- elle n'est pas signée par une autorité habilitée ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu l'étendue de son pouvoir de régularisation et s'est estimé en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
- elle n'est pas signée par une autorité habilitée ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus d'admission au séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance du pouvoir d'appréciation dont dispose le préfet ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La procédure a été communiquée à la préfète de Vaucluse, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine, est née le 18 novembre 1975 à Trougout (Maroc). Elle expose être arrivée en France courant 2019 pour y rejoindre les membres de sa famille résidant en France. Elle s'est mariée le 24 août 2020 avec un ressortissant marocain titulaire d'une carte de résident. Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le 9 juin 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande et pris un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la compétence du signataire des décisions attaquées :
2. Les décisions en litige ont été signées par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Ce dernier a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet de Vaucluse du 23 février 2022, publié le 25 février 2022 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Vaucluse. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les décisions contestées ne seraient pas signés par une autorité habilitée.
Sur la décision de refus d'admission au séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète de Vaucluse s'est fondée pour refuser de délivrer une autorisation provisoire de séjour à Mme B. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète de Vaucluse a considéré avoir été saisie sur le fondement des dispositions de l'article L 435 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B le conteste, et fait valoir une double demande de regroupement familial dont elle produit copie et qui serait restée sans réponse. Toutefois, la circonstance que son mari aurait formé une demande de regroupement familial est inopérante sur la légalité de la décision apportée à sa propre demande d'admission pour motifs familiaux. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-marocain ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
6. La requérante se prévaut, sans l'établir, de sa présence en France depuis mars 2019, de ses attaches familiales en France, où résideraient ses parents, ses frères et sa sœur, de son mariage le 24 août 2020 avec un ressortissant marocain titulaire d'une carte de résident et du soin qu'elle prendrait des 5 enfants, dont la mère serait décédée, de ce dernier. Toutefois, la requérante, âgée de 48 ans, a passé l'essentiel de son existence au Maroc. Compte tenu du caractère récent de son entrée en France et de son mariage, de l'absence de preuve qu'elle n'aurait pas conservé d'attaches au Maroc, et de l'absence d'insertion socio-professionnelle au sein de la société française, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elles ont été prises. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation familiale et médicale de l'intéressée doit être écarté.
7. Il ne ressort pas des termes des décisions attaquées que le préfet de Vaucluse n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante, ni qu'il se serait estimé en situation de compétence liée.
8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
9. Au regard de la situation de la requérante telle qu'analysée précédemment, Mme B n'établit pas que sa situation personnelle ou familiale caractériserait des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou que le préfet de Vaucluse aurait méconnu son pouvoir de régularisation.
10. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. Si la requérante se prévaut de l'intérêt supérieur des 5 enfants de son époux, elle n'en apporte aucune démonstration circonstanciée, pas plus que de l'impossibilité pour son mari de bénéficier d'aides extérieures. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision portant refus d'admission au séjour dont elle a fait l'objet le 9 juin 2023.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
13. En premier lieu, les décisions en litige comportent les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de Vaucluse s'est fondé pour prendre ces décisions. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
14. En deuxième lieu, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus d'admission au séjour étant rejetées, la requérante ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que les décisions attaquées seraient privées de base légale.
15. Pour les motifs retenus au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance du pouvoir de régularisation du préfet doit être écarté.
16. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation des intéressés doivent, pour les motifs retenus au point 8, être écartés.
17. Le moyen tiré de la méconnaissance l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, pour les motifs retenus au point 11, être écarté.
18. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi dont elle a fait l'objet le 9 juin 2023.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions prises à son encontre le 9 juin 2023 par le préfet de Vaucluse. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées, ainsi que celles formées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1 er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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