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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302680

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302680

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBRUNA-ROSSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 17 juillet et le 11 septembre 2023, Mme C F, représentée par Me Bruna-Rosso, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2023, par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer une carte de séjour temporaire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du quinzième jour, subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il est entaché d'incompétence dès lors qu'il n'est pas justifié, par un arrêté publié, de la délégation consentie à son auteur Mme D E ;

- eu égard aux très nombreuses preuves de sa présence en France la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle se prévaut de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ;

- eu égard à l'intensité et à l'ancienneté de ses attaches privées et familiales en France, le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant garantissant l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- en n'examinant pas la possibilité d'une admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète a méconnu ces dispositions ;

- elle n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation, a méconnu l'étendue de son pouvoir de régularisation, et commis une erreur de droit ;

- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, dès lors qu'elle est prise sur le fondement d'un refus de séjour lui-même illégal ;

- elle est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas justifié de la délégation consentie à son auteur Mme D E ;

- elle ne comporte aucune motivation spécifique en fait ou en droit ;

- en conférant à cette décision un caractère automatique, sans apprécier les circonstances de l'espèce, la préfète a méconnu son pouvoir d'appréciation ;

- sa situation lui ouvrait un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dès lors la préfète ne pouvait prononcer son éloignement ;

- eu égard à l'intensité et à l'ancienneté de ses attaches privées et familiales en France, la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- ayant nécessairement pour effet de séparer ses enfants de l'un de leurs parents, elle porte atteinte à leur intérêt supérieur garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baccati a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse F, ressortissante marocaine née le 5 mai 1984, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté en litige a été signé par Mme D E, sous-préfète chargée de mission, en vertu d'une délégation de signature du 9 décembre 2022 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 14 décembre 2022. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit donc être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète, qui a pris en compte dans l'arrêté attaqué les éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de Mme F, n'aurait pas procédé à un examen particulier de cette situation. Par suite, le moyen tiré du défaut de cet examen particulier, de l'étendue du pouvoir de régularisation et de l'erreur de droit, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. D'une part, la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation des étrangers en situation irrégulière, mesures de faveur au bénéfice desquelles ceux-ci ne peuvent faire valoir aucun droit. Mme F ne peut donc utilement s'en prévaloir.

6. D'autre part, pour justifier de l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, Mme F verse au dossier des éléments qui se limitent à des factures, des ordonnances et comptes-rendus d'examens médicaux, des avis de situation déclarative à l'impôt sur le revenu, des relevés bancaires, des factures de cantine et divers documents administratifs tenant notamment à sa situation au regard du revenu de solidarité active et de l'aide médicale d'Etat. Ces documents peuvent être regardés comme attestant de sa présence en France depuis 2018, ainsi d'ailleurs que la préfète l'admet en défense. Toutefois, ils ne témoignent d'aucune intégration particulière dans la société française, alors que l'intéressée, âgée de 39 ans, a passé la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale au Maroc avec son époux, qui a la même nationalité et qui, titulaire d'une autorisation de séjour de deux ans venant à son terme le 17 février 2024, n'a ainsi pas vocation à séjourner durablement en France. Dans l'ensemble de ces conditions, la décision portant refus de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme F. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent donc être écartés.

7. En troisième lieu, M. et Mme F ont trois jeunes enfants, B, âgé de trois ans et scolarisé en classe de maternelle, Mazen, âgé de deux ans, et Jana, âgée d'un an. Eu égard au très jeune âge des ces enfants, et compte tenu que rien ne s'oppose à une reconstitution de la cellule familiale au Maroc ainsi qu'il a été exposé au point 6, Mme F n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de séjour porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. En quatrième lieu, contrairement à ce qui est soutenu par Mme F, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la préfète de Vaucluse a examiné la possibilité d'une admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avant d'estimer au terme de cette analyse que les conditions n'étaient pas réunies. Le moyen tiré de ce que la préfète ne se serait pas livré à cet examen doit donc être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, aucune des circonstances invoquées par Mme F n'est de nature à établir qu'en refusant de l'admettre au séjour, la préfète aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, présenté à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'obligation de quitter le territoire français qui assortit un refus de séjour n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, alors la préfète a énoncé les considérations de droit et de fait fondant le refus de séjour, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En troisième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué qua la préfète s'est livrée à une appréciation des circonstances caractérisant la vie privée et familiale de Mme F, avant de décider son éloignement. Le moyen, tiré de ce que la préfète aurait conféré à sa décision d'éloignement un caractère automatique en renonçant à son pouvoir d'appréciation, doit donc être carté.

13. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 6 que Mme F ne peut être regardée comme disposant d'un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'est donc pas fondée à soutenir qu'en raison de ce droit au séjour, la préfète ne pouvait prononcer son éloignement.

14. En cinquième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen, tiré de l'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 6.

15. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 6 et 7, Mme F n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

16. En septième et dernier lieu, aucune des circonstances invoquées par Mme F n'est de nature à établir qu'en décidant de l'obliger à quitter le territoire français, la préfète aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 6 avril 2023.

Sur les conclusions accessoires :

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en injonction, et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F, à Me Bruna-Rosso et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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