jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2302695 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Cagnon, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel la préfète du Gard a refusé de délivrer un document de circulation pour mineur à sa fille ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer ce document dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est médecin, ainsi que son époux, et qu'elle n'a que peu de congés lui permettant de se rendre dans son pays d'origine, qu'elle ne reste pas assez longtemps en Tunisie pour pouvoir demander un visa pour sa fille compte-tenu des délais d'instruction et qu'elle doit choisir entre partir en Tunisie sans sa fille et prendre le risque de devoir la laisser dans son pays d'origine ; sa belle-mère est hospitalisée et elle doit partir avec son époux en Tunisie pour être à son chevet ;
- l'arrêté porte atteinte à la liberté d'aller et de venir ainsi qu'au droit de mener une vie privée et familiale normale et à l'intérêt supérieur de l'enfant ;
- l'atteinte grave et manifestement illégale résulte de la difficulté de faire exécuter par l'ordonnance rendue par le juge des référés le 15 juin 2023, de la violation de l'autorité de chose jugée par cette ordonnance et de l'obstacle illégitime à la délivrance du document de circulation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bourjade pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. () ". L'article L. 522-3 du code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.
3. Pour justifier de la situation d'urgence particulière à ce que soit suspendu l'arrêté contesté et délivré à sa fille un document de circulation pour mineur, Mme B fait état de ce qu'elle est, ainsi que son épou , médecin exerçant en France, qu'ils disposent, pour cette raison, de créneaux très restreints pour se rendre en Tunisie avec leur enfant, que les délais nécessaires à l'obtention d'un visa limitent fortement leur possibilité d'aller en Tunisie avec leur enfant non muni d'un document de circulation, sans risque pour ce dernier de ne pas pouvoir rentrer en France dans des délais contraints, et que sa belle-mère est hospitalisée depuis le 19 juillet 2023. Toutefois, elle ne produit aucun document relatif à la date de ses vacances estivales ou à un départ imminent pour la Tunisie de nature à démontrer qu'elle a prévu de se rendre dans son pays d'origine avec sa fille. Mme B ne justifie ainsi d'aucune situation d'urgence particulière impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise par le juge des référés dans un délai de quarante-huit heures. Par suite, la condition d'urgence particulière exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une atteinte à une liberté fondamentale, que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E:
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait à Nîmes, le 20 juillet 2023.
La juge des référés,
A. BOURJADE
La République mande et ordonne la préfète du Gard, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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