mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2302911 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2023, M. D A, représenté par Me Debureau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour en litige a été signée par une autorité incompétente ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- cette mesure d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Mouret, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant vietnamien né en 1997 et déclarant être entré en France le 1er septembre 2020, a déposé, le 27 décembre 2022, une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 22 mai 2023, la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. A demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme B C, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture du Gard, laquelle a reçu délégation, en vertu d'un arrêté de la préfète du Gard du 11 juillet 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à l'effet de signer notamment les " arrêtés de refus de séjour ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision de refus de titre de séjour en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le père d'un enfant né à Nîmes le 13 novembre 2021 et issu de sa relation avec une ressortissante vietnamienne résidant régulièrement en France depuis 2015 et avec laquelle il s'est marié le 29 novembre 2022. Le requérant, qui ne produit pas d'éléments suffisamment probants permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de sa relation avec son épouse antérieurement à leur mariage célébré quelques mois avant l'édiction de l'arrêté contesté, n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident notamment ses parents ainsi que deux membres de sa fratrie. Il ne ressort pas des pièces du dossier, alors même que l'épouse de l'intéressé était titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " et exerçait une activité professionnelle à la date de l'arrêté contesté, que M. A se trouverait dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale hors de France avec son épouse et leur enfant, notamment dans le pays dont les intéressés ont la nationalité. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas, par les seuls éléments qu'il produit, d'une intégration sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Dans ces circonstances, la préfète du Gard n'a pas, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A, porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour en litige méconnaît les stipulations et dispositions citées au point précédent doit être écarté. Pour les mêmes raisons, la préfète du Gard n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle et familiale de M. A.
5. En troisième lieu, eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre serait illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
6. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 4, la mesure d'éloignement en litige ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.
Le rapporteur,
R. MOURETLe président,
G. ROUX
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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