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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302921

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302921

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302921
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 août 2023, 15 mars et 23 mars 2024, M. E C et Mme B C, agissant en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur A C et Mme D C demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le maire de la commune de Nîmes a délivré à la société François Premier un permis de construire en vue de l'édification d'un immeuble collectif comportant six logements sur un terrain situé 4 rue François Premier ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la modification du projet litigieux en limitant la hauteur à R+2, en ne procédant pas à la démolition du mur mitoyen et à ce qu'il n'y ait aucun vis-à-vis avec leur bien ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de fixer le montant du préjudice subi en raison de la réalisation du projet litigieux, d'en ordonner le versement ou, si besoin, de désigne un expert pour évaluer le quantum du préjudice subi dans le cas où le tribunal s'estimerait insuffisamment informé ;

4°) dans tous les cas d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 février 2023 le temps de la procédure.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- ils ont notifié leur requête introductive d'instance au bénéficiaire du permis de construire et à la commune de Nîmes en application des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de permis de construire ne comporte aucune photographie ;

- le projet méconnait l'article 111-9 du code de la construction à défaut d'être implanté à une distance minimale de 3 mètres par rapport aux limites séparatives ;

- le projet consistant en une démolition totale puis l'édification d'une nouvelle construction, cette dernière doit respecter la distance minimale de 3 mètres avec leur habitation ;

- le projet méconnait la règlementation selon laquelle une construction d'une hauteur de plus de 2,60 mètres ne peut être édifiée en limite séparative ;

- la réalisation de ce projet va conduire à la destruction du mur mitoyen porteur de l'escalier permettant d'accéder au premier étage de leur immeuble, alors que cette mitoyenneté ne peut être touchée ;

- ce projet va conduire à une perte de valeur vénale de leur bien ;

- le projet litigieux engendre des nuisances significatives en les privant de la lumière naturelle du jour et en créant un vis-à-vis ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024, la commune de Nîmes, représentée par la SELARL Maillot Avocats et Associés conclut au rejet de la requête ou, subsidiairement, à ce qu'il soit fait application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable au regard de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- la requête est irrecevable au regard des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, la société civile immobilière de construction (SCCV) François Premier, représentée par la SCP CGCB et Associés conclut au rejet de la requête ou, subsidiairement, à ce qu'il soit fait application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable au regard des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les conclusions tendant à la désignation d'un expert sont irrecevables ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hoenen,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Burger, représentant la commune de Nîmes, et de Me Fortunet, représentant la SCCV François Premier.

Considérant ce qui suit :

1. La société SCCV François Premier a déposé, le 25 août 2022, une demande de permis de construire, ultérieurement complétée, en vue de l'édification d'un immeuble comportant six logements, six places de stationnement sur un terrain situé 4 rue François Premier, sur le territoire de la commune de Nîmes, et classé en zone IIIUB du plan local d'urbanisme communal. Par un arrêté du 6 février 2023, le maire de Nîmes a délivré le permis de construire ainsi sollicité. Le recours gracieux formé par Monsieur et Mesdames C à l'encontre de ce permis de construire a été expressément rejeté par cette autorité le 6 juin 2023. M. C et Mesdames C demandent au tribunal de prononcer l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 6 févier 2023.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, " En cas () de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire, () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'auteur d'un recours contentieux est tenu de notifier une copie du recours tant à l'auteur de l'acte ou de la décision qu'il attaque qu'à son bénéficiaire. Il appartient au juge, au besoin d'office, de rejeter le recours comme irrecevable lorsque son auteur, après y avoir été invité par lui, n'a pas justifié de l'accomplissement des formalités requises par les dispositions précitées. La production du certificat de dépôt de la lettre recommandée suffit à justifier de l'accomplissement de la formalité de notification prescrite à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il n'est pas soutenu devant le juge qu'elle aurait eu un contenu insuffisant au regard de l'obligation d'information qui pèse sur l'auteur du recours.

4. Par lettre adressée le 28 août 2023, Monsieur et Mesdames C ont été invités à justifier, dans un délai de quinze jours, avoir procédé aux formalités de notification de leur requête conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Par courrier du 11 septembre 2023 réceptionné le 13 septembre de la même année, les requérants ont accusé réception de la demande de régularisation et ont fourni des documents. Il ressort des pièces du dossier, que le courrier adressé tant à l'auteur de la décision qu'au titulaire de l'autorisation les informe uniquement de l'introduction d'un recours contentieux sans l'assortir d'une copie intégrale de ce recours ou encore en reprenant intégralement l'exposé des faits et moyens ainsi que les conclusions de ce recours. Par ailleurs, les requérants ne produisent que le certificat de dépôt aux services postaux du courrier adressé à la société pétitionnaire, ils ne produisent pas de certificat concernant le courrier adressé à la mairie de Nîmes. Il s'ensuit que la SSCV François Premier et la commune de Nîmes sont fondées à soutenir que la requête est irrecevable au regard des dispositions de l'article R. 600-1 du code de justice administrative et qu'il y a lieu de la rejeter comme telle.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Nîmes et la SCCV François Premier sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Monsieur et Mesdames C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Nîmes et de la SCCV François Premier présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, premier dénommé dans la requête, à la commune de Nîmes et à la SCCV François Premier.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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