mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2302996 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 10 août 2023, le 25 août 2023 et le 24 septembre 2023, Mme C D demande au tribunal d'annuler la décision du 27 juin 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a confirmé, sur son recours administratif préalable, sa décision refusant de lui délivrer une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".
Elle soutient que :
- son état de santé requiert le bénéfice d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " ;
- la décision de rejet prise par le département est injustifiée au regard de l'octroi précédent d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".
La procédure a été communiquée au département de Vaucluse qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. F a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 28 septembre 2022, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a rejeté la demande de Mme D tendant à obtenir une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ". Mme D a contesté cette décision. Par une décision du 27 juin 2023, dont Mme D sollicite l'annulation, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a confirmé sa décision lui refusant la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".
3. La maison départementale des personnes handicapées de Vaucluse, qui n'a pas produit d'observations en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 11 janvier 2024, doit être réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application de l'article R. 612-6 précité du code de justice administrative. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par la requérante ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Le I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9 [c'est-à-dire de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la maison départementale des personnes handicapées]. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () / 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. () ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 du même code : " Pour l'attribution de la mention "stationnement pour personnes handicapées" un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ". L'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017, visé ci-dessus, relative aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans un déplacement, prévoit que le critère relatif à la " réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied " est rempli soit lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres, soit lorsqu'elle a systématiquement recours à une aide humaine, à une prothèse de membre inférieur, à une canne ou à tout autre appareillage manipulé à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs, par exemple à un déambulateur, à un véhicule pour personnes handicapées, notamment un fauteuil roulant, soit enfin lorsqu'elle a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie.
5. Il résulte de ces dispositions que l'arrêté du 3 janvier 2017 définit, en application du IV de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, de sorte que seule peut être regardée comme ayant droit à l'attribution de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " une personne qui satisfait aux critères fixés par cet arrêté, c'est-à-dire, s'agissant du critère de réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied, qui se trouve dans l'une des trois situations qu'il prévoit.
6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur une demande de carte de stationnement pour personnes handicapées ou de carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées ", c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision que le juge doit statuer.
7. Mme D soutient qu'elle est en droit de bénéficier d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " dès lors qu'elle souffre de migraines, de crises de vertiges, de troubles dépressifs, d'arthrose des cervicales et des lombaires, d'une fibromyalgie, d'une sciatique et d'une tendinopathie bilatérale des tendons d'Achille, qui lui causent une grande fatigabilité, des douleurs diffuses et invalidantes et limitent sa capacité de déplacement à de courtes distances. Mme D produit à l'appui de sa requête, d'une part, deux certificats médicaux en date du 13 avril 2023 et du 4 septembre 2023 de son médecin traitant, le docteur G A, faisant état d'un périmètre de marche limité à 150 mètres et indiquant que les douleurs causées par les maladies chroniques de l'intéressée rendent le déplacement difficile et que ces circonstances justifient l'octroi d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ". D'autre part, Mme D produit plusieurs certificats médicaux et lettres de médecins attestant de la réalité de ses pathologies nécessitant un suivi médical régulier, ainsi que des douleurs endurées, notamment en raison de sa tendinopathie pour laquelle il n'existe pas de solution chirurgicale ainsi que l'atteste le certificat médical du docteur E B, rhumatologue, du 6 janvier 2021. Au regard de l'ensemble de ces éléments circonstanciés, établissant que Mme D est atteinte de maladies chroniques réduisant de manière importante et durable sa capacité de déplacement à pied au sens des dispositions citées au point 4, et en l'absence d'écritures en défense du département de Vaucluse, il y a lieu de reconnaître le droit de Mme D à la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " pour une durée qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à la pathologie de l'intéressée, de fixer à deux ans et, en conséquence, d'annuler la décision du 27 juin 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a confirmé sa décision rejetant la demande de Mme D tendant à obtenir une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".
8. Le présent jugement implique la délivrance de cette carte par la présidente du conseil départemental de Vaucluse dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 27 juin 2023 de la présidente du conseil départemental de Vaucluse refusant à Mme D la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", est annulée.
Article 2 : Mme D a droit à la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " pour une durée de deux ans. Cette carte lui sera délivrée par la présidente du conseil départemental de Vaucluse dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au département de Vaucluse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
Le président,
C. F
La greffière,
I. MASSOT
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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