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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303153

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303153

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL AUREA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2023, la société par actions simplifiée Terra Loti, représentée par Me Boillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le maire de Nîmes a refusé de lui délivrer un permis de construire valant permis de démolir, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Nîmes de lui délivrer le permis de construire sollicité ou un certificat de permis de construire tacite, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens au titre de l'article R. 761-1 du même code.

Elle soutient que :

- les demandes de pièces complémentaires qui lui ont été adressées méconnaissant les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, elle est devenue titulaire d'un permis tacite le 2 novembre 2022 ;

- l'arrêté contesté, qui procède au retrait de ce permis tacite, n'a pas été précédé de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le motif fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation et le maire de Nîmes aurait pu assortir le permis sollicité de prescriptions spéciales sur ce point.

La requête a été communiquée à la commune de Nîmes qui n'a produit aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Boillot, représentant la société Terra Loti.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 avril 2023, le maire de Nîmes a refusé de délivrer le permis de construire, valant permis de démolir, sollicité par la société Terra Loti en vue de l'édification d'un ensemble immobilier comportant vingt et un logements sur un terrain situé 2 chemin des Collines sur le territoire de la commune de Nîmes. La société Terra Loti demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur la légalité des décisions litigieuses :

2. Pour refuser de délivrer le permis sollicité par la société Terra Loti, le maire de Nîmes a retenu un unique motif fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et relatif à la dangerosité des conditions d'accès à l'ensemble immobilier projeté.

3. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice descriptive ainsi que du plan de masse joints à la demande de permis de la société Terra Loti, que le projet litigieux prévoit la création d'un " accès véhicule " comportant deux pans coupés et débouchant sur une portion légèrement pentue du chemin des Collines, voie de desserte du terrain d'assiette rejoignant, dans sa partie terminale, la rue Henri Revoil. Il n'apparaît pas que cet accès ne pourrait, compte tenu de ses caractéristiques, être emprunté dans des conditions de sécurité suffisantes, notamment en termes de visibilité, par les utilisateurs des véhicules entrant et sortant du terrain d'assiette de l'ensemble immobilier projeté, ni que sa création serait susceptible d'engendrer, compte tenu notamment de sa localisation à proximité de l'intersection entre le chemin des Collines et la rue Henri Revoil, un risque pour la sécurité publique de nature à justifier un refus de permis sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. A cet égard, la société requérante soutient, sans être contredite par la commune de Nîmes qui n'a produit aucun mémoire en défense, que le permis sollicité aurait, sur ce point, pu être assorti de prescriptions spéciales en application de ces dispositions. Dans ces conditions, en retenant le motif énoncé au point 2, le maire de Nîmes a fait une inexacte application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

5. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation des décisions litigieuses.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la société Terra Loti est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Nîmes du 21 avril 2023 ainsi que celle de la décision implicite rejetant son recours gracieux dirigé contre cet arrêté.

Sur l'injonction et l'astreinte :

7. Il résulte des dispositions des articles L. 424-3 et L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, ainsi que de celles de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que, lorsque le juge annule un refus d'autorisation d'urbanisme après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de cet article L. 424-3 ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à cette autorité de délivrer l'autorisation. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

8. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté annulé interdiraient la délivrance du permis de construire, valant permis de démolir, sollicité par la société pétitionnaire, ni que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de Nîmes de délivrer à la société Terra Loti le permis sollicité, assorti le cas échéant, eu égard à ce qui a été dit au point 4, de prescriptions sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, faute de dépens exposés au cours de la présente instance, les conclusions présentées par la société Terra Loti au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

10. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Nîmes, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la société Terra Loti et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Nîmes du 21 avril 2023 et sa décision implicite rejetant le recours gracieux de la société Terra Loti sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Nîmes de délivrer à la société Terra Loti le permis de construire valant permis de démolir sollicité, assorti le cas échéant de prescriptions sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Nîmes versera à la société Terra Loti une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la société Terra Loti est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Terra Loti et à la commune de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLa présidente,

C. BOYER

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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