mercredi 10 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303258 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | AYINDA MAH Félix |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er septembre 2023 et le 19 octobre 2023, Mme C B, représentée par Me Wakam, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n°2023-BSE-171 du 31 juillet 2023 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision méconnaît les dispositions des 6° et 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la non présentation à un rendez-vous ne peut faire obstacle au pouvoir de régularisation que le préfet tient de l'article L. 435-1 du même code ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 314 -8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 12 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est conjoint de français ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête de Mme B.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique ainsi que les observations de Me Wakam pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante camerounaise, née le 25 août 1970 à Ndoungue (Cameroun), déclare être entrée en France le 14 avril 2015. En dernier lieu, ayant épousé le 2 septembre 2017 M. A, ressortissant français, elle bénéficiait d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 8 septembre 2022 en qualité de conjoint de français. Le 16 septembre 2022, déclarant être séparée depuis le mois de janvier 2021 de son époux, Mme B a sollicité à la fois la délivrance d'une carte de résident et le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut sans en préciser le fondement. Le 27 décembre 2022, Mme B a indiqué qu'elle sollicitait un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Le 31 juillet 2023, après examen de la situation de l'intéressée, le préfet du Gard a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre année à compter de la célébration du mariage. ".
3. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par la requérante en sa qualité de conjoint d'un ressortissant français, la préfète du Gard s'est fondée sur le motif tiré de l'absence de communauté de vie avec son époux, M. A, étant observé que Mme B précisait dans sa demande qu'elle était séparée de son conjoint depuis le 2 janvier 2021 et qu'elle produisait une attestation datée du 10 septembre 2021 de son avocat, en charge d'introduire une procédure de divorce devant le tribunal judiciaire de Nîmes. En outre, elle précisait expressément dans sa demande complétée le 27 décembre 2022 qu'elle souhaitait revenir à son ancien statut " vie privée et familiale " comme " auparavant avant le mariage ". Dans ses dernières écritures, Mme B soutient que la communauté de vie avec son époux est effective depuis 2017, et que la séparation dont il est fait état a été décidée d'un commun accord pour des raisons liées à la distance géographique entre le domicile conjugal et le lieu du travail de la requérante, sans que le tribunal judiciaire ait été saisi aux fins de divorce. Toutefois, elle n'apporte à l'appui de ses allégations qu'une attestation établie pour les besoins de la cause par son mari le 5 octobre 2023. Dans ces conditions, à la date de la décision attaquée, la communauté de vie entre Mme B et M. A n'était pas établie et c'est à bon droit que le préfet du Gard a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. Mme B fait valoir qu'elle réside en France sans discontinuité depuis le 14 avril 2015, qu'elle est mariée avec un ressortissant français depuis le 2 septembre 2017, que sa fille est titulaire d'une carte de résident et vit en France avec ses deux enfants mineurs scolarisés. Elle expose également qu'elle vit avec son fils mineur de 18 ans et toujours scolarisé. Elle se prévaut de son insertion professionnelle et de ses efforts d'intégration, alors qu'elle n'aurait plus d'attaches familiales au Cameroun. Toutefois, la requérante, âgée de 53 ans, a passé l'essentiel de son existence au Cameroun où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 44 ans. Elle ne démontre pas être isolée ou dépourvue de toute attache familiale ou amicale dans son pays d'origine où résident sa mère et le reste de sa fratrie à l'exception de sa sœur, qui réside à Paris et avec laquelle elle ne démontre pas entretenir des relations affectives intenses. Le séjour de Mme B sur le territoire national n'a été autorisé que temporairement, tout d'abord du 5 septembre 2016 au 4 septembre 2017, eu égard à son état de santé, étant rappelé que ce statut ne donne pas vocation à s'installer durablement en France, puis du 1er février 2019 au 8 septembre 2022 en raison de son mariage et de sa communauté de vie avec son époux français. Les deux fils de Mme B sont en situation irrégulière et ont fait l'objet d'arrêtés préfectoraux portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire. Enfin, le statut conjugal de la requérante est incertain au vu des contradictions émaillant ses écritures. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elles ont été prises. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.
6. Il ne ressort pas des termes des décisions attaquées que la préfète du Gard n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante, ni qu'elle se serait estimée en situation de compétence liée.
7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
8. Lorsqu'il est saisi d'une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Il est toutefois loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition du code. Il lui est aussi possible, exerçant le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant un titre de séjour, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle.
9. Dès lors que Mme B avait présenté une demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, la préfète du Gard n'était pas tenue d'examiner d'office si elle pouvait prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. En tout état de cause, au regard de la situation de la requérante telle qu'analysée précédemment, Mme B n'établit pas que sa situation personnelle ou familiale caractériserait des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou que la préfète du Gard aurait méconnu son pouvoir de régularisation.
10. Si Mme B fait état de sa situation médicale, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa demande de titre de séjour aurait été présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort par ailleurs des précisions apportées par la préfète du Gard dans l'arrêté attaqué que si l'intéressée a transmis un certificat médical du centre hospitalier de Nîmes du 12 décembre 2022, en vue de la délivrance d'un titre de séjour en qualité " d'étranger malade ", elle ne s'est pas présentée pas aux rendez-vous fixés par la préfecture les 20 février 2023 et 1er mars 2023 pour finaliser sa demande et produire les pièces nécessaires à son examen , ce que la requérante explique, sans toutefois justifier de l'impossibilité pour elle de récupérer les courriers de convocation qui lui ont été adressés, par une absence liée au décès de son père. Par conséquent, au vu du seul certificat médical établi le 12 décembre 2022, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'un défaut d'examen particulier de sa demande ne peuvent qu'être écartés.
11. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, compte tenu des précisions apportées à sa demande par Mme B le 27 décembre 2022, que la demande de la requérante aurait été présentée également sur le fondement de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la délivrance d'une carte de résident et l'article 12 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 relatif à la délivrance d'un titre de séjour d'une durée de dix ans. Les moyens correspondants ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
12. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 10 du présent jugement qu'au vu des seules pièces présentées à l'appui de la demande initiale et de la requête de Mme B, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ciréfice, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
C. CIRÉFICE
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026