mardi 2 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303348 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2023, M. C B, représenté par Me Bifeck, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2023 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de cette notification et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en le munissant d'une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de certificat de résidence a été signée par une autorité incompétente ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été précédée de la procédure contradictoire préalable requise et a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- cette mesure d'éloignement est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination, qui ne mentionne pas ce pays, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- et les observations de Me Bifeck, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1999, est entré en France le 18 septembre 2017 muni d'un visa de court séjour et s'y est maintenu en dépit de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 30 octobre 2018. Il a sollicité, le 2 décembre 2022, la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 3 août 2023, la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. B demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
Sur la légalité de la décision de refus de certificat de résidence :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme A D, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture du Gard, laquelle a reçu délégation, en
vertu d'un arrêté de la préfète du Gard du 25 mai 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à l'effet de signer notamment les " arrêtés de refus de séjour ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision de refus de certificat de résidence en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de certificat de résidence en litige ne peut qu'être écarté.
4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5° Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il est constant que M. B est entré sur le territoire français le 18 septembre 2017 en compagnie de ses parents et de ses deux sœurs nées en Algérie respectivement en 2003 et en 2014. Les demandes d'asile présentées tant par M. B que par ses parents ont été rejetées par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 décembre 2017. A la suite de la confirmation de ces rejets par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 17 septembre 2018, le préfet du Gard a, par trois arrêtés du 30 octobre 2018, notamment obligé les intéressés à quitter le territoire français. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté, que les parents de M. B, ainsi que l'une de ses sœurs, résidaient irrégulièrement sur le territoire français à la date de l'arrêté attaqué, cette dernière s'étant vu refuser la délivrance d'un certificat de résidence par un arrêté du 24 mars 2023. Par ailleurs, si M. B se prévaut de la présence régulière de ses deux tantes sur le territoire français, il n'établit ni même n'allègue entretenir des liens avec ces dernières dont les lieux de résidence respectifs sont au demeurant éloignés du sien. Enfin, le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille, ne justifie pas, par les seules pièces qu'il produit, d'une intégration socio-professionnelle notable sur le territoire français, ni être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. B, la décision de refus de certificat de résidence en litige n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il suit de là que la préfète du Gard n'a pas fait une inexacte application des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu des articles L. 211-2 et suivants du même code, ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre de décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, M. B ne peut utilement invoquer le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement en litige n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable.
7. En deuxième lieu, M. B, qui a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence, a été mis à même de faire valoir, avant l'intervention de l'arrêté contesté, tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le sens de la mesure d'éloignement contenue dans cet arrêté. Il ne précise d'ailleurs pas les éléments qu'il n'aurait pas été en mesure de faire valoir préalablement à la décision litigieuse portant obligation de quitter le territoire français et qui auraient été susceptibles d'en modifier le sens[0]. Par suite, le moyen invoqué à l'encontre de cette décision et tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.
8. En troisième lieu, lorsqu'un refus de séjour est assorti d'une obligation de quitter le territoire français, la motivation de cette dernière se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique. La décision de refus de certificat de résidence en litige comporte, ainsi qu'il a été dit au point 3, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français doit donc être écarté.
9. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées au point 5. Il en va de même du moyen, à le supposer allégué, tiré de ce que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
10. La préfète du Gard a notamment relevé, dans l'arrêté contesté, que M. B " ne démontre pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ". Si M. B soutient que la décision fixant son pays de destination - au nombre desquels figure celui dont il a la nationalité - est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit pas ses allégations sur ce point de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, et alors que la demande d'asile de l'intéressé et celles de ses parents ont été rejetées dans les conditions rappelées ci-dessus, ce moyen ne saurait être accueilli compte tenu notamment de ce qui a été dit au point 5.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLe président,
G. ROUX
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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