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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303349

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303349

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2023, la SNC Domaine de Grande Terre, représentée par Me Maillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2023 par lequel le maire d'Aubord a sursis à statuer sur sa demande de permis d'aménager ;

2°) d'enjoindre au maire d'Aubord de lui délivrer le permis d'aménager sollicité dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Aubord la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le projet de révision du plan local d'urbanisme n'avait pas atteint un état d'avancement suffisant à la date de la décision attaquée ;

- le projet de lotissement en litige n'est pas susceptible de compromettre ou de rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2024, la commune d'Aubord, représentée par la SELARL Territoires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés ;

- le terrain d'assiette du projet est exclu des zones d'urbanisation futures définies par le projet d'aménagement et de développement durable ; le projet méconnaît l'objectif d'utilisation économe de l'espace et ne présente aucun engagement de qualité environnementale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Bard pour la SNC Domaine de Grande Terre et celles de Me D'Audigier pour la commune d'Aubord.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 mai 2023, la SNC Domaine de Grande Terre a déposé auprès des services de la commune d'Aubord une demande de permis d'aménager un lotissement de douze lots sur un terrain situé 12, rue de la Grande Terre, parcelle cadastrée section AD n° 167. Elle demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2023 par lequel le maire d'Aubord a sursis à statuer sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. " Il résulte de ces dispositions que la faculté qu'elles offrent à l'autorité compétente de surseoir à statuer sur une demande d'autorisation d'urbanisme est subordonnée à la double condition que le projet en litige soit susceptible de compromettre ou de rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme et que ce dernier ait atteint, à la date à laquelle elle statue, un état d'avancement suffisant.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, par délibération du 14 décembre 2020, le conseil municipal d'Aubord a prescrit la révision générale du plan local d'urbanisme communal. Il ressort de ces pièces que le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) du plan local d'urbanisme en cours de révision a eu lieu au sein de cette assemblée délibérante le 27 février 2023, soit plusieurs mois avant l'adoption de la décision en litige, alors que le contenu du PADD avait été défini dès le 24 novembre 2022. Il ressort de celui-ci, et notamment de la cartographie qui le compose, que le secteur dans lequel se trouve le terrain d'assiette du projet est concerné par les objectifs du PADD consistant à " traiter les abords de la traversée urbaine " et à " apaiser les déplacements au sein de la zone urbaine ", ce dernier visant plus précisément à " sécuriser les abords de la route départementale " au niveau du chemin des Canaux, qui borde la parcelle en cause. Le terrain est, en revanche, exclu du secteur concerné par l'objectif d'extension limitée de la zone urbaine du territoire communal. A cet égard, il ressort des pièces du dossier qu'une réunion de travail sur la délimitation des zones d'urbanisation future a eu lieu en mairie le 21 septembre 2022 et qu'à son issue, il a été fixé que seul le secteur situé au sud-est du territoire d'Aubord, dont ne fait pas partie la parcelle servant d'assiette au projet, avait vocation à être urbanisé. Une étude urbaine a, dans ce cadre, été réalisée et présentée le 3 avril 2023 concernant ce secteur et un scénario d'aménagement a été défini. Il ressort de l'ensemble de ces éléments qu'à la date à laquelle le sursis litigieux a été opposé, les auteurs de la révision du plan local d'urbanisme avaient d'ores et déjà défini les lignes directrices constituant le parti d'aménagement de ce plan. Ces prévisions s'appliquaient notamment au secteur dans lequel se trouve le terrain d'assiette du projet, de sorte que le projet de révision avait atteint un état d'avancement suffisant le concernant lorsque la décision attaquée a été édictée.

4. D'autre part, pour surseoir à statuer sur la demande de permis d'aménager en cause, le maire d'Aubord a relevé que le terrain d'assiette du projet était situé en bordure de la route départementale n° 35 et qu'il était classé en zone inondable par le plan de prévention des risques d'inondation applicable. Il en a déduit qu'il était " susceptible de représenter un enjeu dans le traitement des abords de la traversée urbaine, dans la protection des risques et des personnes contre les risques et les nuisances ". Cependant, la seule circonstance que le projet prévoie l'aménagement d'un bassin de rétention le long du terrain d'assiette du projet, dans sa partie limitrophe à la route départementale n° 35, est insuffisante à démontrer qu'il ferait obstacle à la réalisation de l'objectif du PADD consistant à sécuriser les abords de cette voie, dont le contenu n'est pas défini avec plus de précision. De la même manière, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que la parcelle servant d'assiette au projet est classée en aléas d'inondation fort, modéré et résiduel par le plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant du Vistre. Si le PADD fixe des objectifs tendant à " protéger les personnes et les biens contre l'ensemble des risques " et à " encadrer l'urbanisation à proximité des voies bruyantes ", ceux-ci ne sauraient être regardés comme interdisant toute urbanisation du terrain, d'autant que le projet en litige ne prévoit aucune construction en limite de voie et en zone d'aléa fort d'inondation. Le projet de lotissement en litige n'est donc pas de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse leur accomplissement. Il résulte de ces éléments qu'en décidant de surseoir à statuer sur la demande de permis d'aménager de la société requérante pour le motif susvisé, le maire d'Aubord a commis une erreur d'appréciation.

5. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Il ressort des pièces du dossier que, comme exposé précédemment, le terrain d'assiette du projet est situé en-dehors de l'emprise de la seule zone d'urbanisation future du territoire communal définie dans le PADD, qui correspond au secteur situé au sud-est du village. La réalisation du projet de lotissement en litige est donc, comme le fait valoir la commune en défense, de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du parti d'aménagement du plan local d'urbanisme en cours de révision. En outre, il ressort du PADD que le besoin de logements supplémentaires sur le territoire communal est estimé à cent cinquante pour la période 2022-2031, lequel est à combiner avec un objectif de gestion économe de l'espace se concrétisant par une extension du tissu urbain du territoire communal limitée à 6 hectares. Le projet litigieux, en tant qu'il prévoit la création de seulement douze lots destinés à recevoir des habitations individuelles sur un terrain d'environ un hectare, est également de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du plan local d'urbanisme sur ce point, ainsi que le fait valoir la commune. Ces éléments étaient donc de nature à justifier légalement la décision de sursis en litige et la substitution de motifs soulevée sur ce point, qui ne prive la requérante d'aucune garantie, doit être accueillie.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SNC Domaine de Grande Terre n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire d'Aubord du 11 juillet 2023. Les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent, par voie de conséquence, être écartées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Aubord, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune d'Aubord à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SNC Domaine de Grande Terre est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Aubord sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Domaine de Grande Terre et à la commune d'Aubord.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024 où siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Lahmar, conseillère,

- Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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