mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303385 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | HAMZA |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 septembre 2023 et 22 février 2024 sous le n° 2303385, M. A D, représenté par Me Hamza, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Gard a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, subsidiairement de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, faute pour le préfet d'avoir communiqué les motifs de refus ;
- elle révèle un défaut d'examen sérieux de sa demande de régularisation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet de lui avoir laissé un délai suffisant pour répondre à la demande de pièces complémentaires ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le refus de titre opposé à l'intéressé par un arrêté du 8 décembre 2023 se substitue entièrement à la décision implicite née le 2 mars 2023 ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II - Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 septembre 2023 et 22 février 2024 sous le n° 2303386, Mme C E épouse D, représentée par Me Hamza, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Gard a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, subsidiairement de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, faute pour le préfet d'avoir communiqué les motifs de refus ;
- elle révèle un défaut d'examen sérieux de sa demande de régularisation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet de lui avoir laissé un délai suffisant pour répondre à la demande de pièces complémentaires ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le refus de titre opposé à l'intéressée par un arrêté du 8 décembre 2023 se substitue entièrement à la décision implicite née le 2 mars 2023 ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
III - Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 janvier et 22 février 2024 sous le n° 2400209, M. A D, représenté par Me Hamza, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, subsidiairement de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
* sur le refus de titre de séjour :
- la décision a été édictée par une personne non habilitée ;
- elle est entachée de vice de procédure faute d'avoir été précédée d'une consultation de la commission de titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 432-13 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet de lui avoir laissé un délai suffisant pour répondre à la demande de pièces complémentaires en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration et révèle ainsi un défaut d'examen sérieux de sa demande de régularisation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
* sur l'obligation de quitter le territoire :
- elle est illégale par voie d'exception ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
* sur la décision fixant le pays de renvoi : elle est illégale par voie d'exception.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
IV - Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 janvier et 22 février 2024 sous le n° 2400210, Mme C E épouse D, représentée par Me Hamza, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, subsidiairement de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
* sur le refus de titre de séjour :
- la décision a été édictée par une personne non habilitée ;
- elle est entachée de vice de procédure faute d'avoir été précédée d'une consultation de la commission de titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 432-13 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet de lui avoir laissé un délai suffisant pour répondre à la demande de pièces complémentaires en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration et révèle ainsi un défaut d'examen sérieux de sa demande de régularisation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
* sur l'obligation de quitter le territoire :
- elle est illégale par voie d'exception ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
* sur la décision fixant le pays de renvoi : elle est illégale par voie d'exception.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. D et son épouse Mme E ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions des 4 juillet 2023 et 23 janvier 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galtier,
- et les observations de Me Hamza, représentant M. et Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D et Mme E épouse D, ressortissants arméniens respectivement nés le 15 juin 1980 et le 6 juillet 1981, sont entrés en France selon leurs déclarations en 2014, avec leurs deux enfants mineurs. Leurs demandes d'asiles ont été rejetées par décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 17 novembre 2014, confirmées par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 juillet 2015. L'OFPRA a également rejeté leur demande de réexamen par décisions du 27 octobre 2015, confirmées par la CNDA le 16 novembre 2016. M. et Mme D ont fait l'objet de décisions de refus de séjour assortis d'une obligation de quitter le territoire français le 10 août 2015, le 6 décembre 2016, puis le 14 octobre 2020, dont la légalité a été confirmée par jugements du tribunal respectivement du 21 janvier 2016, du 25 janvier 2017 et du 2 mars 2021, ainsi que par arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 28 septembre 2021. Ils ont sollicité le 2 novembre 2022 leur admission exceptionnelle au séjour au titre de leur vie privée et familiale. Par les requêtes susvisées, M. et Mme D demandent l'annulation des décisions par lesquelles le préfet du Gard a implicitement rejeté cette demande, ainsi que l'annulation des arrêtés du 8 décembre 2023 par lesquels le préfet du Gard a expressément refusé de leur délivrer un titre de séjour, et les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.
Sur la jonction :
2. Les requêtes visées ci-dessus n° 2303385, 2303386, 2400209 et 2400210 concernent la même cellule familiale arménienne, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'objet du litige :
3. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Dans ce cas, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
4. Il suit de là que les conclusions de M. D dans sa requête n°2303385, et celles présentées par Mme D dans sa requête n°2303386, et tendant à l'annulation des décisions par lesquelles le préfet du Gard a implicitement rejeté leur demande d'admission au séjour, doivent être regardées comme dirigées contre les décisions du 8 décembre 2023 par lesquelles le préfet du Gard a explicitement refusé de faire droit à leur demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, les arrêtés contestés ont été signés, pour le préfet du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture, lequel disposait, en vertu d'un arrêté du 25 mai 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions de refus de titre de séjour en litige doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () Le délai mentionné au même article au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée est suspendu pendant le délai imparti pour produire les pièces et informations requises. Toutefois, la production de ces pièces et informations avant l'expiration du délai fixé met fin à cette suspension. / La liste des pièces et informations manquantes, le délai fixé pour leur production et la mention des dispositions prévues, selon les cas, au deuxième ou au troisième alinéa du présent article figurent dans l'accusé de réception prévu à l'article L. 112-3. Lorsque celui-ci a déjà été délivré, ces éléments sont communiqués par lettre au demandeur ". Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour, en particulier les demandes incomplètes, que le préfet peut refuser d'enregistrer. Par suite, la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable à ces demandes. Toutefois, les requérants font valoir, sans être contredits, que par courriel du 5 décembre 2023, les services d'instruction les ont sollicités afin de compléter leur dossier. Or il ressort des pièces des dossiers que les décisions de refus de séjour ont été édictées dès le 8 décembre 2023 sans attendre la réception des pièces demandées, qui ont été produites par le conseil des intéressés le 12 décembre 2023. Néanmoins, cette circonstance, pour regrettable soit-elle, n'est pas de nature à entacher les décisions en litige de vice de procédure et de défaut d'examen de leur demande dès lors que les pièces en question, relatives à la production de leurs anciens passeports ainsi que leurs déclarations de revenus, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation de leur situation portée par le préfet dans les décisions de refus de titre de séjour.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme D, alors respectivement âgés de 42 ans et de 41 ans, soutiennent sans l'établir être entrés sur le territoire français au cours de l'année 2014, avec leurs deux enfants nés en Arménie en mars 2004 et en janvier 2009. Un troisième enfant du couple est né en France en avril 2018. Les requérants ont fait l'objet à trois reprises en août 2015, en décembre 2016, puis en octobre 2020, de décisions de refus de séjour assorties d'obligations de quitter le territoire français, toutes confirmées par les juridictions administratives. S'ils se prévalent de l'ancienneté de leur séjour, de leur insertion et de leur intégration notamment dans le tissu associatif, ils n'établissent pas qu'ils seraient dans l'impossibilité de reconstituer la cellule familiale en Arménie, pays où ils ont vécu la majorité de leur vie et où ils n'établissent pas être isolés. Par ailleurs, les circonstances nouvelles que leur fils aîné B dispose d'une carte de séjour temporaire d'un an, et qu'il a créé une entreprise à Alès en octobre 2022, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée sur leur situation en France, dont la durée de présence résulte de leur soustraction à plusieurs mesures d'éloignement exécutoires, et alors qu'ils ne justifient ni d'attaches particulières, ni de ressources et de domicile propres. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de leur séjour en France, le préfet du Gard n'a pas porté au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".
10. La situation de M. et Mme D, telle qu'analysée au point 8, ne présente ni motif exceptionnel ni considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.
11. En cinquième lieu, les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne trouvent à s'appliquer qu'aux seuls étrangers justifiant résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou bien remplir effectivement les conditions notamment prévues à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non à l'ensemble de ceux qui se prévalent des dispositions de cet article.
12. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 8, M. et Mme D ne justifient pas relever des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, les intéressés ne justifient pas non plus résider en France habituellement depuis plus de dix ans. Dans ces conditions, en ne soumettant pas la demande des intéressés pour avis à la commission du titre de séjour, le préfet du Gard n'a pas entaché sa décision d'un vice de procédure.
13. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que précédemment exposés, M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir qu'en leur refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet du Gard a entaché sa décision d'une erreurs manifeste d'appréciation de leur situation.
14. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des refus de titre de séjour qu'ils contestent.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation des décisions de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale des décisions attaquées en raison de l'illégalité des refus de séjour doit être écarté.
16. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
18. Les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale des décisions attaquées en raison de l'illégalité des mesures d'éloignement doit être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions fixant le pays de destination doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
20. Les conclusions à fin d'annulation de M. et Mme D étant rejetées, leurs conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
21. Les conclusions de M. et Mme D tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2303385 et 2400209 de M. D sont rejetées.
Article 2 : Les requêtes n° 2303386 et 2400210 de Mme E épouse D sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme C E épouse D, au préfet du Gard et à Me Hamza.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Galtier, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La rapporteure,
F. GALTIER
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
L. GALAUP
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 23003385 - 23003386 - 2400209 - 2400210
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026