mardi 2 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303447 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 septembre et 30 octobre 2023, Mme D B, agissant en qualité de tutrice de Mme A C, majeure protégée, représentée par Me Girondon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2023 par lequel la préfète du Gard a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C, a fait obligation à cette dernière de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de délivrer le titre de séjour sollicité pour Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour et de munir Mme C d'une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est illégale dès lors que la préfète n'a pas examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme C ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'illégalité externe ;
- cette décision est dépourvue de base légale.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- les observations de Me Girondon, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante marocaine née le 28 avril 2003, est entrée en France le 20 juillet 2018. Elle a sollicité, au mois de juin 2021, la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 17 août 2023, la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme B, agissant en qualité de tutrice de Mme C, demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de ces dispositions, de prononcer l'admission provisoire de la requérante à l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'arrêté contesté :
3. Il ressort des pièces du dossier, et il est d'ailleurs constant, que Mme C est entrée en France le 20 juillet 2018, à l'âge de quinze ans, et qu'elle vit depuis lors avec sa demi-sœur, Mme B, laquelle réside régulièrement en France avec ses enfants sous couvert d'une carte de résident. Par un jugement du 16 décembre 2021 versé aux débats, le juge des tutelles du tribunal judiciaire d'Alès a prononcé une mesure de tutelle au bénéfice de Mme C pour une durée de soixante mois et a désigné Mme B en qualité de tutrice, après avoir souligné " l'investissement sans faille " de cette dernière auprès de Mme C dont elle " gère l'intégralité du quotidien ". Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme C a intégré l'institut médico-professionnel " Les Châtaigniers " d'Alès au mois d'octobre 2019 et qu'elle y était encore scolarisée au cours de l'année 2022-2023. Le document intitulé " bilan de parcours " et daté du 11 avril 2023, établi par une éducatrice spécialisée de cet établissement, fait état des progrès scolaires accomplis par Mme C au cours de cette période et souligne les capacités d'adaptation de l'intéressée, ainsi que son sens du travail et de l'engagement, qualités qu'elle a su démontrer au cours de ses différents stages réussis en milieu professionnel. Par un courrier daté du 9 octobre 2023, la directrice de cet institut médico-professionnel a d'ailleurs confirmé le sérieux du parcours scolaire de Mme C avant d'insister sur ses réelles perspectives d'insertion professionnelle compte tenu des compétences qu'elle a su acquérir et développer en dépit de sa situation de handicap. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'état de vulnérabilité de Mme C, au rôle particulier à son égard de sa demi-sœur - qui a assuré pleinement sa prise en charge depuis son entrée en France plus de cinq ans avant l'édiction de l'arrêté attaqué et est devenue sa tutrice -, ainsi qu'aux efforts d'intégration socio-professionnelle de Mme C, la préfète du Gard a, en refusant de délivrer un titre de séjour à cette dernière, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, que Mme B, agissant en qualité de tutrice de Mme C, est fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour en litige ainsi que, par voie de conséquence, celle des autres décisions contenues dans l'arrêté de la préfète du Gard du 17 août 2023.
Sur l'injonction et l'astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Gard délivre à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité de délivrer ce titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Mme B, tutrice de Mme C, ayant été admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Girondon, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Girondon de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à cette dernière.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté de la préfète du Gard du 17 août 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Gard de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Girondon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à cette avocate une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à cette dernière au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B en sa qualité de tutrice de Mme A C, majeure protégée, et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLe président,
G. ROUX
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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