mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303593 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP DEVEZE - PICHON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2023, la commune de Clarensac, représentée par la SCP Lemoine-Clabeaut, demande au tribunal :
1°) de condamner la société d'exploitation de l'entreprise de menuiserie Moine, à lui verser et à lui porter la somme de 13 930,40 euros TTC ;
2°) de condamner la société Uzun Bâtiments, à lui verser et à lui porter la somme de 6 952 euros TTC ;
3°) de condamner la société EDF Optimal Solutions, à lui verser et à lui porter la somme de 2 877,60 euros TTC ;
4°) de condamner MM. C et A à lui verser et à lui porter la somme de 1 512,50 euros TTC ;
5°) de condamner la société SMAC, à lui verser et à lui porter la somme de 1 512,50 euros TTC ;
6°) de condamner la SARL SGP, à lui verser et à lui porter la somme de 6 336 euros TTC ;
7°) de mettre à la charge des sociétés Moine, Uzun Batiments, EDF Optimal Solutions, SMAC et SGP ainsi qu'à celle de MM. C et A la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le marché de construction de l'école élémentaire et du restaurant scolaire de la commune a été divisé en treize lots, attribués à différentes sociétés en 2007, les travaux ont été réceptionnés le 26 mai 2011 ; la présence d'infiltrations au sein de plusieurs pièces des bâtiments publics et de fissures au sein de plusieurs pièces des établissements ainsi qu'à la surface du sol de l'entrée de l'école ont été constatées le 17 décembre 2018, après expertise dont le rapport a été remis le 23 mars 2021, il a été constaté que les désordres 2,3,5, 11, 12 et 13 rendent l'ouvrage impropre à sa destination ; le montant des travaux nécessaires s'élève à 47 049,20 euros TTC et au titre des dépens à 10 121 euros TTC ; le rapport acte d'un préjudice de jouissance ; elle est donc fondée à poursuivre le recouvrement d'une partie de ces créances qui ont été expressément identifiées par l'expert comme imputables aux différents intervenants ;
- la créance n'est pas sérieusement contestable dans son principe et dans son montant dès lors que :
- de façon certaines les désordres 2, 11, 11bis et 12 bis sont mis à la charge de la société d'Exploitation de l'entreprise de menuiserie Moine pour un montant total de 12 010 euros HT soit 13 211 euros TTC TVA à 10% ;
- de façon certaines les désordres 4, 7, 10 et 13 sont mis à la charge de la société Uzun Bâtiments pour un montant total de 6 320 euros HT soit 6 952 euros TTC TVA à 10% ;
- de façon certaines le désordres 3, pour un montant de 3 270 euros HT, est affecté à la responsabilité de l'entreprise de serrurerie 20% - entreprise Moine et 80% pour l'entreprise en charge du chauffage - EDF Optimal solutions. Ainsi il sera retenu à l'endroit de la société Moine la somme de 654 euros HT soit 719,4 euros TTC et la somme de 2 877,60 euros TTC à la charge de la société EDF Optimal Solutions ;
- de façon certaine le désordre 5 est mis à la charge à hauteur de 50% aux architectes et 50% à l'entreprise en charge de l'étanchéité. Ainsi il sera mis à la charge de M. C et M. A en qualité d'architecte la somme de 1 375 euros HT soit 1 512,50 euros TTC et la somme de 1 512,50 euros TTC à la société SMAC ;
- de façon certaines le désordre 9 est mis à la charge de la SARL SGP en charge du lot 10 pour un montant total de 5 760 euros HT soit 6 336 euros TTC TVA à 10% ;
Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2023, la société d'exploitation de l'entreprise menuiserie Moine, représentée par Me Pichon de la SCP Devèze - Pichon, conclut à ce que soit limité le montant de la provision susceptible d'être mise à sa charge à la somme de 13 211 euros TTC ; montant correspondant aux travaux de reprises mis à sa charge par l'expert judiciaire, au rejet du surplus de la demande et des frais d'instances ;
Elle fait valoir que :
- elle s'est vu confier le lot n°4 menuiseries extérieures, les travaux réalisés ont été réceptionnés avec réserves le 26 mai 2011 qui ont été levées selon procès-verbal du 21 juin 2011 ;
- l'expert judiciaire a retenu sa responsabilité uniquement pour ce qui concerne les désordres n° 2, 11, 11 bis et 12 bis ;
- sa responsabilité n'a pas été retenue au titre du désordre n°3 ;
- elle ne conteste pas l'engagement de sa responsabilité décennale au titre des désordres n° 2, 11, 11 Bis et 12 Bis et elle ne saurait être tenue au-delà d'un montant de 13 211 euros TTC ;
Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2024, MM. C et A, architectes, représentés par Me L'Hostis de la SCP Albertini Alexandre et L'Hostis, concluent à ce qu'il soit pris acte de ce que MM. C et A acceptent de régler la somme de 1 512,50 € TTC en indemnisation de la moitié du désordre 5, conformément au rapport de l'expert, au rejet de la demande de frais irrépétibles de la commune de Clarensac, de limiter la condamnation au titre des frais de défense à 3.10 % du montant alloué, à titre subsidiaire de condamner les sociétés Moine Menuiserie, Uzun Bâtiments, EDF Optimal Solutions, SMAC et SGP à intégralement relever et garantir MM. C et A de toute condamnation au titre de l'article L 761-1 du Code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Boyer, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1.Dans le cadre de l'opération de construction de l'école élémentaire Marie Pape Carpentier, débutée en 2007 et divisées en 13 lots, la commune de Clarensac a procédé à la réception des travaux le 26 mai 2011. La présence d'infiltrations au sein de plusieurs pièces des bâtiments publics et de fissures au sein de plusieurs pièces des établissements ainsi qu'à la surface du sol de l'entrée de l'école ont été constatées par constat d'un agent de police municipale le 17 décembre 2018. Le rapport de M. B, expert judiciaire, désigné par ordonnance du 14 novembre 2019 a été remis le 23 mars 2021. Sur la base de cette expertise, la commune de Clarensac demande au juge des référés sur le fondement de l'article R.541-1 du code de justice administrative de condamner les sociétés Moine Menuiserie, Uzun Bâtiments, EDF Optimal Solutions, SMAC et SGP et MM. C et A, architectes à lui verser chacun une provision dont le montant global est de 47 049,20 euros TTC au titre de ces désordres.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
2.Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
Sur le caractère non sérieusement contestable de la créance :
En ce qui concerne la mise en œuvre de la responsabilité décennale :
3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la responsabilité décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
4. Il n'est pas contesté que les désordres répertoriés par l'expert dans son rapport du 23 mars 2021 sur lequel la commune de Clarensac fonde sa demande sous les n° 2, 3, 5, 11, 12 et 13 sont de nature décennale.
5. La commune de Clarensac demande en premier lieu qu'une provision de 13 211 euros TTC lui soit versées par la société d'exploitation de l'entreprise de menuiserie Moine au titre des désordres 2, 11, 11bis et 12 bis. Ces désordres concernant des infiltrations respectivement dans la cantine scolaire, à l'étage côté sud et pour les deux derniers sur la façade nord sont exclusivement imputés à la réalisation des menuiseries et de nature selon l'expert à rendre l'ouvrage impropre à sa destination. La société Moine, titulaire du lot n°4 menuiseries extérieures, ne conteste pas l'engagement de sa responsabilité décennale à hauteur du montant demandé. Par suite, il y a lieu d'accorder à la commune de Clarensac la provision de 13 211 euros au titre de ces désordres et de la mettre à la charge de la société d'exploitation de l'entreprise de menuiserie Moine.
6. La commune de Clarensac demande en deuxième lieu qu'une provision de 6 952 euros TTC soit mise à la charge de la société Uzun Bâtiments au titre des désordres 4, 7, 10 et 13. Il résulte cependant de l'instruction que seul le désordre n° 13 à savoir des infiltrations au niveau de la casquette du Bâtiment A est de nature décennale ainsi que cela ressort des termes de l'expertise et ainsi que le reconnaît la commune de Clarensac dans ses écritures. En outre, il n'est pas établi en l'état de l'instruction que ce désordre serait exclusivement imputable à la société Uzun ou à son sous-traitant l'Eurl façade Chaarane. Par suite la demande exclusivement dirigée à l'encontre de la société Uzun sur le fondement de la garantie décennale ne présente pas un caractère non sérieusement contestable et ne peut être accueillie.
7. La commune de Clarensac demande en troisième lieu qu'une provision de 2 877,60 euros soit mise à la charge de la société EDF Optimal Solutions au titre du désordre n° 3. Il n'est toutefois pas établi en l'état de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que ce désordre qui consiste en des infiltrations de la partie basse de la paroi séparative de la chaufferie dans la salle de motricité du bâtiment B auxquelles il a été remédié par les services de la commune et un défaut d'étanchéité d'une porte métallique serait exclusivement imputable à la société EDF Optimal Solutions. Par suite la demande de provision présentée à son égard ne peut être regardée comme non sérieusement contestable et ne peut être accueillie.
8. La commune de Clarensac demande en quatrième lieu que des provisions de 1 512,50 euros TTC, soient mises respectivement à la charge de MM. C et A et de la société SMAC au titre du désordre n °5 dont le caractère décennal est reconnu et dont l'imputabilité leur est entièrement attribuée à raison de 50% chacun au titre de l'absence de dispositif étanchéité du rejet d'eau sur la tête de mur en retour. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de MM. C et A qui au demeurant ne contestent ni l'engagement de sa responsabilité ni le montant demandé à ce titre, et de la société SMAC le versement d'une provision de 1 512,50 euros chacun à la commune de Clarensac.
9. La commune de Clarensac demande en cinquième lieu qu'une provision de 6 336 euros TTC soit mise à la charge de la SARL SGP au titre du désordre n°9. Ainsi que ne le conteste pas la commune de Clarensac qui dresse la liste des désordres de nature décennale sur laquelle ne figure pas le désordre n°9, ce désordre ainsi que le relève également l'expert, n'est pas de nature décennale. Par suite la demande de provision, présentée au titre de la garantie décennale, ne présente pas un caractère non sérieusement contestable et ne peut être accueillie.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Clarensac est seulement fondée à demander que la société d'exploitation de l'entreprise de menuiserie Moine lui verse une provision de 13 211 euros, que MM. C et A lui verse une provision de 1 512,50 euros et que la société SMAC lui verse une provision de 1 512,50 euros.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des partie la charge de ses frais d'instance.
ORDONNE :
Article 1er : La société d'exploitation de l'entreprise de menuiserie Moine versera à la commune de Clarensac une provision de 13 211 euros, MM. C et A verseront à la commune de Clarensac une provision de 1 512,50 euros et la société SMAC versera à la commune de Clarensac une provision de 1 512,50 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées au titre des frais d'instance par MM. C et A sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Clarensac, à la société d'exploitation de l'entreprise de menuiserie Moine Menuiserie, aux sociétés Uzun Bâtiments, EDF Optimal Solutions, SMAC, SGP et à MM. C et A.
Fait à Nîmes, le 21 février 2024.
La juge des référés,
C. Boyer
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2303593
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026