mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303621 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 septembre 2023, 23 avril et 2 mai 2024, M. C représenté par Me Persico, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 juillet 2023 par laquelle le président de l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement a refusé de le titulariser à l'issue de son stage et a prononcé son licenciement à compter du 1er septembre 2023 ;
2°) d'enjoindre à l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement de le réintégrer dans ses fonctions et de procéder à sa titularisation dans un délai quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. Anato soutient que :
- aucune procédure disciplinaire n'a été mise en œuvre ;
- la décision a été prise sans communication du procès-verbal de la commission administrative paritaire à l'institut de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement et aucune copie ne lui en a été transmise, en méconnaissance de l'article 7 du décret du 7 octobre 1994 ;
- le refus de titularisation est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne ses aptitudes professionnelles ;
- le refus de titularisation est entaché d'erreurs quant à la matérialité et à la qualification juridique des faits ;
- le refus de titularisation constitue une sanction déguisée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 octobre 2023 et 13 février 2024, l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), représenté par son président, conclut au rejet de la requête de M. Anato.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. Anato ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;
- le décret n° 83-1260 du 30 décembre 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Achour,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
- les observations de Me Cagnon, substituant Me Persico, représentant M. Anato,
- et les observations de M. B et de Mme A, représentant l'INRA.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 17 septembre 2021, M. Anato a été nommé en tant que fonctionnaire stagiaire dans le corps des techniciens de la recherche pour une durée de 12 mois à compter du 1er septembre 2021, afin d'exercer les fonctions de technicien serriste au sein de l'unité expérimentale Avignon Horticulture Méditerranée (AHM), rattachée au centre de recherche Provence-Alpes-Côte d'Azur de l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE). Son stage a été prolongé pour une durée de six mois à compter du 1er septembre 2022. À la suite de l'avis de la commission administrative paritaire du 4 avril 2023, le président de l'INRAE a, par une décision du 11 juillet 2023, refusé de titulariser M. Anato à l'issue de son stage et a prononcé son licenciement à compter du 1er septembre 2023. M. Anato demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 7 du décret du 7 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux stagiaires de l'État et de ses établissements publics : " Le fonctionnaire stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. La décision de licenciement est prise après avis de la commission administrative paritaire prévue à l'article 29 du présent décret, sauf dans le cas où l'aptitude professionnelle doit être appréciée par un jury. Lorsque le fonctionnaire stagiaire a la qualité de fonctionnaire titulaire dans un autre corps, cadre d'emplois ou emploi, il est mis fin à son détachement et l'intéressé est réintégré dans son administration d'origine dans les conditions prévues par le statut dont il relève. Il n'est pas versé d'indemnité de licenciement. ".
3. L'institution d'un stage avant la titularisation de l'agent a pour objet de permettre à l'autorité investie du pouvoir de nomination de vérifier à l'issue d'une période prédéterminée, éventuellement prolongée, que l'agent possède les aptitudes suffisantes pour occuper les fonctions correspondant à son cadre d'emplois. Le licenciement d'un fonctionnaire stagiaire pour insuffisance professionnelle ne peut légalement intervenir, au terme de la durée de stage, que lorsque ce stage a permis l'exercice par le stagiaire, d'une manière prépondérante, des fonctions pour lesquelles il a été recruté. Enfin, sous réserve d'un licenciement intervenant en cours de stage et motivé par ses insuffisances ou manquements professionnels, tout fonctionnaire stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné.
4. Pour refuser de titulariser M. Anato, le président de l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement a estimé qu'au cours de l'ensemble de la période de stage, l'intéressé n'avait pas démontré un savoir-être professionnel permettant sa titularisation et que, malgré la mise en place d'un comité de suivi et d'une formation individuelle, il ne lui avait pas été possible de s'insérer dans son milieu de travail et d'intégrer le collectif afin de s'adapter à ses nouvelles fonctions.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport d'entretien du 16 juin 2022, établi à l'issue des dix premiers mois de stage en faveur de la titularisation, que M. Anato, affecté à l'unité AHM s'est parfaitement intégré dans son environnement professionnel en remplissant pleinement ses missions et en rendant compte journalièrement. Si, à la suite de la consultation de l'assemblée générale de l'unité UE A2M le 6 juillet 2022, un rapport de fin de stage du 26 juillet 2022 souligne la nécessité pour M. Anato de faire de gros efforts relationnels et de capacité d'écoute justifiant, après avis de la commission paritaire, une prolongation de la période probatoire assortie d'un suivi et d'une formation en communication, il ressort des pièces du dossier, et notamment des rapports du comité de suivi ad hoc, que M. Anato était, au cours de la période de prolongation du stage décidée le 6 décembre 2022 pour six mois, affecté sur le site de Saint-Paul où il travaillait très majoritairement seul, nonobstant des interactions ponctuelles avec d'autres personnels. Dans ces conditions, M. Anato est fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis en mesure d'accomplir la prolongation de son stage dans des conditions lui permettant de faire la preuve de ses aptitudes, notamment relationnelles, à l'exercice de ses fonctions. La décision du 11 juillet 2023 par laquelle le président de l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement a refusé de le titulariser à l'issue de son stage et a prononcé, en conséquence, son licenciement à compter du 1er septembre 2023 est ainsi entachée d'illégalité et doit, pour ce motif, être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution de présent jugement n'implique pas nécessairement que le président de l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement prononce la titularisation de M. Anato mais uniquement qu'il procède au réexamen de la situation de ce dernier au regard de ses droits à titularisation. Le requérant ayant été réintégré, en exécution d'une ordonnance n° 2303633 du juge des référés du tribunal administratif de Nîmes du 16 octobre 2023, dans ses fonctions de stagiaire à compter du 1er novembre 2023 pour une durée de six mois, il y a lieu d'enjoindre à l'administration de prendre une nouvelle décision quant aux droits à titularisation de M. Anato, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce,d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 11 juillet 2023 par laquelle le président de l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement a refusé de titulariser M. Anato à l'issue de son stage et a prononcé son licenciement à compter du 1er septembre 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au président de l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement de prendre une nouvelle décision quant aux droits à titularisation de M. Anato dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement versera à M. Anato la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. Anato est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ciréfice, président,
Mme Achour, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 25 juin 2024.
La rapporteure,
P. ACHOUR
Le président,
C. CIREFICELa greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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