vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303629 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Marmillot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 juillet 2023 du ministre de l'intérieur et des outre-mer l'informant de la perte de validité de son titre de conduite pour solde de point devenu nul ;
2°) d'enjoindre la restitution de son titre de conduite dans la limite de douze points ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision 48SI est entachée d'illégalité externe dès lors qu'elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité des quinze décisions de retrait de points prises par le ministre de l'intérieur dès lors que ces retraits n'ont jamais fait l'objet d'une information préalable, en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut :
1°) à titre principal, à l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 28 septembre 2021 et 31 mai 2021 ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les points retirés consécutivement aux infractions commises les 28 septembre 2021 et 31 mi 2021 ont été respectivement restitués au requérant les 7 septembre 2022 et 25 avril 2022 ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route. ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Peretti a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A a commis une série d'infractions au code de la route, répertoriées dans le relevé d'information intégral. Il a ensuite reçu, par courrier recommandé avec accusé de réception, une décision référencée " 48SI " datant du 19 juillet 2023 portant notification de retrait de points sur son titre de conduite et informant l'intéressé de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de point. Le requérant demande ainsi l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision 48SI :
2. La décision 48SI attaquée a été signée par Madame B, attachée principale, chef du service du fichier national des permis de conduire, qui a reçu délégation de signature à cet effet par décision du 28 janvier 2020, publiée au Journal Officiel du 31 janvier 2020. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit ainsi être écarté.
Sur le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retraits de points :
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".
4. M. A soutient que les décisions de retrait de points mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.
Sur le moyen tiré du défaut d'information préalable :
5. Il résulte de l'instruction que les points retirés à la suite des infractions commises les 31 mai 2021 et 28 septembre 2021 ont été restitués à M. A antérieurement à l'introduction de la requête. Par suite, le requérant ne peut utilement exciper de leur illégalité.
Concernant les infractions commises le 17 juillet 2021, le 13 août 2021, le 18 septembre 2022, les 18 et 21 octobre 2022 et le 25 décembre 2022 à 23h39 :
6. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, produit par l'administration, que les infractions commises le 17 juillet 2021, le 13 août 2021, le 18 septembre 2022, les 18 et 21 octobre 2022 et le 25 décembre 2022 à 23h39 ont été relevées au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)", et a donné lieu à l'émission de titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées. Le ministre verse à cet égard à l'instance les plis des avis d'amendes forfaitaires majorées adressés à M. A afférents aux infractions du 17 juillet 2021, du 13 août 2021, du 18 septembre 2022, des 18 et 21 octobre 2022 et du 25 décembre 2022 à 23h39 sur lesquels figurent l'ensemble des informations requises aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il est dès lors établi, dans les circonstances de l'espèce, que M. A a bien reçu les avis de majoration et que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation d'information préalable. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable concernant ces infractions doit être écarté.
Concernant les infractions commises les 7, 9 et 17 mars 2021, le 1er mai 2021, le 11 octobre 2022, le 3 novembre 2022, et le 25 décembre 2022 à 23h30 :
7. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, produit par l'administration, que les infractions commises les 7 mars 2021, 9 mars 2021, 17 mars 2021, 1er mai 2021, 11 octobre 2022, 3 novembre 2022 et 25 décembre 2022 à 23h30 ont été relevées au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)", et a donné lieu à l'émission des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées. Cependant, le ministre ne justifie pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, et en particulier l'information concernant le risque de se voir retirer des points de son permis de conduire, aient été transmises à l'intéressé, faute pour lui d'apporter la preuve du paiement par le requérant de l'amende forfaitaire majorée en cause et donc de la réception par lui de l'avis de contravention ou du titre exécutoire correspondant. Il s'ensuit que la décision du ministre de l'intérieur retirant des points au capital du permis de conduire de M. A, à la suite des infractions commises les 7 mars 2021, 9 mars 2021, 17 mars 2021, 1er mai 2021, 11 octobre 2022, 3 novembre 2022 et 25 décembre 2022 à 23h30, doivent être regardées comme étant intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière. Par suite, la décision référencée " 48SI " du 19 juillet 2023 portant notification de ces retraits de points et informant l'intéressé de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de point, doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Si l'annulation contentieuse d'une décision d'invalidation du permis de conduire, sur le moyen tiré de l'exception d'illégalité d'une ou plusieurs décisions de retrait de points prises antérieurement, implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à l'intéressé le bénéfice des points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation de M. A dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Le surplus des conclusions à fin d'injonction doit être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du ministre de l'intérieur une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La décision référencée " 48SI " du 19 juillet 2023 portant notification de ces retraits de points et informant l'intéressé de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de point est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de reconnaître à M. A le bénéfice des points retirés à la suite des infractions du 7 mars 2021, 9 mars 2021, 17 mars 2021, 1er mai 2021, 11 octobre 2022, 3 novembre 2022 et 25 décembre 2022 à 23h30, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision attaquée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation du requérant pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser 1 200 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le magistrat désigné,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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