vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303641 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI HORTUS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 septembre 2023 et le 28 août 2024, M. A D et Mme B C, représentés par ELEOM Avocats, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel le maire de Nîmes les a mis en demeure de réaliser, dans un délai de deux mois, les travaux nécessaires à la remise en état du mur de soutènement situé sur la parcelle cadastrée section DS n° 277 et surplombant le chemin du Mas de Balan ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'illégalité en l'absence de tout péril dûment constaté par un expert et justifiant la démolition du mur existant ;
- il est illégal dès lors que le mur litigieux constitue un accessoire de la voie publique communale qu'il surplombe ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir et de procédure.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, la commune de Nîmes, représentée par l'AARPI Hortus Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public,
- et les observations de Me Mer, représentant la commune de Nîmes.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. Parisien, premier conseiller, pour présider la 3ème chambre du tribunal, en cas d'absence ou d'empêchement du président de cette chambre.
Considérant ce qui suit :
1. M. D et Mme C sont propriétaires de la parcelle bâtie, cadastrée section DS n° 277, située sur le territoire de la commune de Nîmes et bordée, au sud-ouest, par le chemin du Mas de Balan. A la suite d'une visite d'inspection visuelle menée le 1er mars 2023, la société Socotec Infrastructure, mandatée par la commune de Nîmes, a constaté que le mur bordant la propriété des intéressés et situé en surplomb de cette voie communale se trouvait dans un " état préoccupant " et a recommandé la réalisation de " travaux de réfection en urgence ". Par un arrêté du 27 juillet 2023, le maire de Nîmes a mis M. D et Mme C en demeure d'engager, dans un délai de deux mois, " les travaux nécessaires permettant de mettre fin durablement au danger constaté sur le mur ". M. D et Mme C demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l'arrêté contesté :
2. Aux termes de l'article L. 2213-24 du code général des collectivités territoriales : " Le maire prescrit la réparation ou la démolition des murs, bâtiments, édifices ou monuments funéraires menaçant ruine dans les conditions prévues aux articles L. 511-1 à L. 511-4-1 du code de la construction et de l'habitation ". Selon l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat ". L'article L. 511-2 du même code dispose, dans sa rédaction applicable au présent litige, que : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / 1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers () ". En vertu du 1° de l'article L. 511-4 de ce code, l'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est le maire dans le cas mentionné au 1° de l'article L. 511-2.
3. En l'absence de titre en attribuant la propriété aux propriétaires des parcelles en bordure desquelles il est édifié ou à des tiers, un mur situé à l'aplomb d'une voie publique et dont la présence évite la chute de matériaux qui pourraient provenir des fonds qui la surplombent doit être regardé comme un accessoire de la voie publique, même s'il a aussi pour fonction de maintenir les terres des parcelles qui la bordent.
4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport établi par la société Socotec Infrastructure à la suite de la visite d'inspection visuelle évoquée au point 1 ainsi que du rapport d'expertise, que la parcelle appartenant à M. D et Mme C est bordée par le chemin du Mas de Balan et qu'un mur ancien et partiellement effondré, constitué de pierres sèches et édifié sur un talus instable, surplombe cette voie communale au droit de cette parcelle. D'une part, aucun titre versé aux débats n'attribue la propriété de ce mur aux intéressés ou à un tiers. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la présence de ce mur permet notamment d'éviter la chute, sur le chemin du Mas de Balan, de matériaux provenant des fonds situés en surplomb. Dans ces conditions, et alors même qu'il a également pour fonction de maintenir les terres de la propriété des intéressés, ce mur, qui est au moins en partie nécessaire à la sécurité des usagers du chemin du Mas de Balan, doit être regardé, à l'instar du talus déjà évoqué, comme un accessoire de cette voie publique et, en l'absence de titre de propriété, comme appartenant au domaine public communal. Par suite, l'arrêté contesté est entaché d'illégalité.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués par les requérants, que l'arrêté du maire de Nîmes du 27 juillet 2023 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Nîmes le versement d'une somme de 600 euros à M. D et Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge des intéressés, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au même titre par la commune de Nîmes.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Nîmes du 27 juillet 2023 est annulé.
Article 2 : La commune de Nîmes versera à M. D et Mme C une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Nîmes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et Mme B C ainsi qu'à la commune de Nîmes.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Parisien, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Portal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLe premier conseiller faisant fonction de président,
P. PARISIEN
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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