vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303680 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP D'AVOCATS CGCB & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 3 octobre 2023, le 13 novembre 2023, puis les 8 mars, 13 mars, 25 avril et 13 mai 2024, le " syndicat de copropriété ", syndicat réunissant les copropriétaires de l'immeuble situé 30 rue Paulet à Nîmes, représenté par la SELARL Blanc - Tardivel - Bocognano, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le maire de Nîmes a délivré à la société Comptoir Industriel et Commercial Dab un permis de construire valant permis de démolir, ainsi qu'une décision rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il justifie d'un intérêt à agir et a qualité pour agir ;
- sa requête n'est pas tardive ;
- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- le projet litigieux méconnaît les dispositions du 9.2 du préambule du règlement du plan local d'urbanisme auxquelles renvoie le 4 de l'article V UB4 de ce règlement ;
- il ne respecte pas les dispositions de l'article V UB10 de ce règlement ;
- il contrevient à l'article V UB11 du même règlement.
Par des mémoires en défense enregistrés le 3 novembre 2023 et le 26 avril 2024, ainsi qu'un mémoire non communiqué enregistré le 17 mai 2024, la société en commandite par actions Comptoir Industriel et Commercial Dab, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête, subsidiairement, à ce qu'il soit fait application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge du syndicat requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le syndicat requérant ne justifiant pas de son existence légale, il n'a ni qualité, ni intérêt à agir ;
- la requête est tardive ;
- les moyens tirés de la méconnaissance des articles V UB10 et V UB11 du règlement du plan local d'urbanisme sont irrecevables en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, infondés ;
- les autres moyens invoqués par le syndicat requérant ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 février et 3 avril 2024, la commune de Nîmes, représentée par la SELARL Maillot Avocats et Associés, conclut au rejet de la requête subsidiairement, à ce qu'il soit fait application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du syndicat requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les deux premiers mémoires en réplique ont été enregistrés plus de deux mois après le dépôt du premier mémoire en défense ;
- les moyens invoqués par le syndicat requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- les observations de Me Rouault, représentant le syndicat requérant, celles de
Me Burger, représentant la commune de Nîmes, et celles de Me Barnier, représentant la société Comptoir Industriel et Commercial Dab.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 21 avril 2023, le maire de Nîmes a délivré à la société Comptoir Industriel et Commercial Dab un permis de construire, valant permis de démolir, en vue de l'édification d'un ensemble immobilier sur un terrain situé à l'angle des rues Fulton et Paulet. Le syndicat requérant, syndicat réunissant les copropriétaires de l'immeuble situé 30 rue Paulet à Nîmes, demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté ainsi que d'une décision ayant rejeté le recours gracieux qu'il indique avoir formé à l'encontre de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Selon l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". L'article R. 424-15 de ce dernier code dispose que : " Mention du permis explicite ou tacite () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite () est acquis et pendant toute la durée du chantier. () / Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis () ".
3. Aux termes de l'article A. 424-15 du code de l'urbanisme : " L'affichage sur le terrain du permis de construire () ou de démolir explicite ou tacite (), prévu par l'article
R. 424-15, est assuré par les soins du bénéficiaire du permis () sur un panneau rectangulaire dont les dimensions sont supérieures à 80 centimètres ". L'article A. 424-16 du même code dispose que : " Le panneau prévu à l'article A. 424-15 indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, le nom de l'architecte auteur du projet architectural, la date de délivrance, le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. / Il indique également, en fonction de la nature du projet : / a) Si le projet prévoit des constructions, la surface de plancher autorisée ainsi que la hauteur de la ou des constructions, exprimée en mètres par rapport au sol naturel ; () / d) Si le projet prévoit des démolitions, la surface du ou des bâtiments à démolir ". Selon l'article A. 424-17 de ce code : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : / " Droit de recours : / " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). / " Tout recours administratif ou tout recours contentieux doit, à peine d'irrecevabilité, être notifié à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. Cette notification doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du recours (art. R. 600-1 du code de l'urbanisme). " ". Son article A. 424-18 prévoit que : " Le panneau d'affichage doit être installé de telle sorte que les renseignements qu'il contient demeurent lisibles de la voie publique ou des espaces ouverts au public pendant toute la durée du chantier ".
4. S'il incombe au bénéficiaire d'un permis de construire valant permis de démolir de justifier qu'il a bien accompli les formalités d'affichage prescrites par les dispositions citées ci-dessus du code de l'urbanisme, le juge doit apprécier la régularité et la continuité de l'affichage en examinant l'ensemble des pièces qui figurent au dossier qui lui est soumis.
5. Il ressort des trois procès-verbaux de constat d'affichage produits par la société pétitionnaire, et il n'est d'ailleurs pas contesté, que le permis de construire valant permis de démolir en litige a été affiché, de façon continue et pendant plus de deux mois à compter du
2 mai 2023, sur un panneau installé sur le terrain d'assiette du projet et visible depuis la voie publique. Le syndicat requérant conteste la régularité de cet affichage.
6. D'une part, les procès-verbaux mentionnés au point précédent, dont les constatations font au demeurant foi jusqu'à preuve du contraire, indiquent que le panneau d'affichage du permis litigieux est " conforme aux dimensions réglementaires ". Le syndicat requérant ne produit aucun élément probant de nature à établir que ce panneau rectangulaire ne présenterait pas, contrairement à ce qu'a relevé le commissaire de justice à trois reprises, les dimensions exigées par l'article A. 424-15 du code de l'urbanisme. La circonstance alléguée que le panneau d'affichage en cause comporte, dans sa partie haute, des informations sans lien avec le projet litigieux ne saurait suffire à établir que les dispositions de cet article A. 424-15 auraient été méconnues, alors au demeurant que la photographie de ce panneau insérée dans les écritures du syndicat requérant fait apparaître que les informations exigées par les dispositions réglementaires du code de l'urbanisme citées ci-dessus étaient lisibles depuis la voie publique en bordure de laquelle il était installé.
7. D'autre part, en imposant que figurent sur le panneau d'affichage du permis diverses informations sur les caractéristiques du projet, les dispositions citées ci-dessus des articles R. 600-2, R. 424-15 et A. 424-16 du code de l'urbanisme ont pour objet de permettre aux tiers, à la seule lecture de ce panneau, d'apprécier l'importance et la consistance du projet, le délai de recours ne commençant à courir qu'à la date d'un affichage complet et régulier. Il s'ensuit que si les mentions prévues par l'article A. 424-16 doivent, en principe, obligatoirement figurer sur le panneau d'affichage, une erreur ou une omission affectant l'une d'entre elles ne conduit à faire obstacle au déclenchement du délai de recours que dans le cas où cette erreur ou cette omission est de nature à empêcher les tiers d'apprécier l'importance et la consistance du projet.
8. Il ressort des pièces du dossier que le panneau d'affichage indique, conformément aux dispositions du d) de l'article A. 424-16 du code de l'urbanisme, que le projet de la société pétitionnaire porte notamment sur la démolition d'une surface totale de 474 mètres carrés. En outre, ce panneau précise, par le biais d'abréviations dépourvues d'ambiguïté, que le projet consiste en la construction de quarante et un logements ainsi qu'en la rénovation de trois logements. Les indications évoquées ci-dessus ainsi que l'ensemble des autres mentions figurant sur le panneau d'affichage, et notamment celles relatives à la superficie du terrain d'assiette, à la surface de plancher ainsi qu'à la " hauteur de construction ", permettaient aux tiers d'apprécier l'importance et la consistance du projet autorisé par le permis de construire valant permis de démolir en litige, et ce alors même que la nature des démolitions projetées n'était pas détaillée sur ce panneau.
9. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui est soutenu et ainsi que l'a constaté le commissaire de justice signataire des trois procès-verbaux établis à la demande de la société pétitionnaire, les mentions figurant sur le panneau d'affichage du permis litigieux, et notamment celles prévues à l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme, étaient visibles et lisibles depuis la rue Fulton, voie publique bordant le terrain d'assiette du projet, conformément aux exigences de l'article A. 424-18 du même code.
10. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, le délai de recours contentieux de deux mois a commencé à courir à compter du 2 mai 2023, date du premier jour de l'affichage du permis litigieux durant une période continue de plus de deux mois. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce délai aurait été prorogé par l'exercice d'un recours gracieux formé en temps utile par le syndicat requérant. Dans ces conditions, la présente requête, enregistrée le 3 octobre 2023 au greffe du tribunal, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux, est tardive et, par suite, irrecevable.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la présente requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du syndicat requérant, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement d'une somme de 600 euros à la commune de Nîmes et d'une somme de 600 euros à la société Comptoir Industriel et Commercial Dab.
D É C I D E :
Article 1er : La requête du " syndicat de copropriété " est rejetée.
Article 2 : Le syndicat requérant versera une somme de 600 euros à la commune de Nîmes et une somme de 600 euros à la société Comptoir Industriel et Commercial Dab au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au " syndicat de copropriété ", à la commune de Nîmes et à la société en commandite par actions Comptoir Industriel et Commercial Dab.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLa présidente,
C. BOYER
La greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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