vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303686 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 octobre 2023, Mme D A C, représentée par Me Bruna-Rosso, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n°2023-153-BSE du 26 juin 2023, notifié le 11 août 2023 par lequel le préfet du Gard a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit d'y retourner pour une durée d'un an,
2°) d'enjoindre la délivrance d'une carte de séjour temporaire, subsidiairement le réexamen de sa situation et la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard,
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile compte tenu de l'ancienneté et de la continuité de sa résidence en France et de l'intensité des liens tissés sur le territoire national ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu son pouvoir de régularisation et s'est abstenu de procéder à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de l'intéressée ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle dès lors qu'elle justifie de son insertion sociale et professionnelle.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de délivrer un titre de séjour ;
- le préfet a conféré à sa décision un caractère automatique, sans rechercher, compte tenu des circonstances particulières de l'espèce, si les conséquences de cette mesure d'éloignement n'étaient pas disproportionnées ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle dès lors qu'elle justifie de son insertion sociale et professionnelle.
S'agissant de la décision d'interdiction de retour et d'absence de délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'incompétence et d'insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée de violation des articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'elle n'a pu être entendue ;
- le risque qu'elle se soustraie à une éventuelle mesure d'éloignement n'était pas caractérisé dès lors qu'elle a déposé une demande de régularisation le 29 novembre 2022 qui a fait l'objet d'un refus implicite dont elle a demandé la communication des motifs par courriers en date du 5 avril 2023 et mise en demeure du 5 mai 2023 ; la décision de la préfète du Gard viole donc les dispositions de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 novembre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- les articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante brésilienne née le 9 décembre 1976 à Uruaçu (Brésil), expose être entrée régulièrement pour la dernière fois en France le 10 octobre 2017. Elle a fait l'objet le 1er août 2018 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Nîmes le 20 novembre 2018 puis par la cour administrative d'appel de Marseille. Elle a sollicité le 5 décembre 2022 son admission exceptionnelle au séjour eu égard à sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la délivrance d'un titre de séjour en raison de ses liens personnels et familiaux sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 26 juin 2023, le préfet du Gard a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et interdiction de retour pour une durée d'un an. Mme A C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la compétence du signataire des décisions attaquées :
2. Les décisions en litige ont été signées par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture du Gard. M. B disposait, aux termes d'un arrêté n° 30-2023-05-25-0006 du 25 mai 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer notamment les arrêtés de refus de séjour et d'obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
Sur la décision de refus d'admission au séjour :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
4. La requérante se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2011, sans toutefois l'établir compte tenu du caractère parcellaire des pièces présentées, notamment pour la période antérieure au mois d'octobre 2015, et en particulier pour les années 2011 à 2013. Elle fait valoir ses attaches familiales en France, dès lors que ses petits-enfants y sont scolarisés depuis de nombreuses années, ainsi que son isolement en cas de retour au Brésil au motif que sa fille unique, son gendre et ses petits-enfants résident en France. Toutefois, le préfet du Gard relève que la requérante a été titulaire d'un titre de séjour temporaire valable du 17 juin 2014 au 16 juin 2017, portant la mention " travailleur saisonnier ", lequel lui imposait de regagner entre ces séjours son pays d'origine et d'y maintenir sa résidence habituelle. Mme A C, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, a fait l'objet le 1er août 2018 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Nîmes le 20 novembre 2018 puis par la cour administrative d'appel de Marseille. Elle n'a pas exécuté cet arrêté. Elle ne démontre pas être isolée dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans et où est née sa fille, qui l'a rejointe irrégulièrement en 2017 et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 1er août 2018. Mme A est célibataire. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et notamment des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elles ont été prises. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle et familiale de l'intéressée doit être écarté.
5. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la requérante ne justifiant pas d'une durée de séjour continue en France depuis dix ans, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour.
6. Il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, laquelle analyse de manière circonstanciée la situation de la requérante, que le préfet du Gard n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante, ni qu'il se serait estimé en situation de compétence liée en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation.
7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
8. Au regard de la situation de la requérante telle qu'analysée précédemment, Mme A C n'établit pas que sa situation personnelle ou familiale caractériserait des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou que le préfet du Gard aurait méconnu son pouvoir de régularisation.
9. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision portant refus d'admission au séjour dont elle a fait l'objet le 26 juin 2023.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
10. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus d'admission au séjour étant rejetées, la requérante ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que les décisions attaquées seraient privées de base légale.
11. L'arrêté en litige comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Gard s'est fondé pour prendre les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
12. Pour les motifs retenus au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance du pouvoir de régularisation du préfet doit être écarté.
13. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation de l'intéressée doivent, pour les motifs retenus au point 4, être écartés.
14. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision portant obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet.
Sur la décision privant la requérante d'un délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () , qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". Mme A C n'a pas exécuté la mesure d'éloignement édictée à son encontre le 1er août 2018. Le moyen tiré de la violation des dispositions précitées ne peut par suite être qu'écarté, alors même qu'elle aurait présenté une nouvelle demande de titre de séjour.
Sur la décision prononçant une interdiction de retour
16. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français mentionne de manière suffisamment précise l'ensemble des circonstances de fait, propres à la situation du requérant, et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen correspondant doit être écarté.
17. Mme A C ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'elle n'aurait pas été à même de faire valoir et qui aurait pu avoir une influence sur le contenu de la décision prononçant une interdiction de retour d'un an. Par suite, elle ne peut pas être regardée comme ayant été privée de son droit à être entendu, garanti notamment par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2023 pris par le préfet du Gard à son encontre, et que sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 er : La requête de Mme A C est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A C et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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