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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303740

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303740

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPôle contentieux sociaux
Avocat requérantSELARL ANDREANI HUMBERT COLLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 octobre 2023 et le 25 mars 2024, M. B C, représenté par Me Venezia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 août 2023 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi d'Avignon Joly Jean a refusé son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi ;

2°) d'enjoindre à Pôle emploi de l'inscrire sur la liste des demandeurs d'emploi et de le rétablir dans ses droits dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas signée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose d'un récépissé en cours de validité et qu'il est autorisé à travailler ;

- elle méconnaît le principe d'égalité de traitement dès lors que sa situation particulière ne correspond pas aux dispositions en vigueur.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 11 mars 2024 et le 24 avril 2024, France Travail, représenté par Me Andreani, conclut au rejet de la requête de M. C.

Il soutient que :

- les moyens tirés de l'incompétence et de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée sont inopérants dès lors que M. C conteste la décision du 10 août 2023 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi d'Avignon Joly Jean a refusé son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Venezia, avocate de M. C ;

- et les observations de Me Andreani, avocat de France Travail.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 10 août 2023, le directeur de l'agence Pôle emploi d'Avignon Joly Jean a rejeté sa demande d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi. M. C demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 5411-1 du code du travail : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle emploi. ". Aux termes de l'article L. 5411-6 du code du travail : " Le demandeur d'emploi immédiatement disponible pour occuper un emploi est orienté et accompagné dans sa recherche d'emploi par Pôle emploi. Il est tenu de participer à la définition et à l'actualisation du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1, d'accomplir des actes positifs et répétés de recherche d'emploi et d'accepter les offres raisonnables d'emploi telles que définies aux articles L. 5411-6-2 et L. 5411-6-3. ". Aux termes de l'article L. 5411-4 de ce code, dans sa rédaction applicable : " Lors de l'inscription d'une personne étrangère sur la liste des demandeurs d'emplois, Pôle emploi vérifie la validité de ses titres de séjour et de travail. / Pôle emploi peut avoir accès aux fichiers des services de l'Etat pour obtenir les informations nécessaires à cette vérification y compris lors du renouvellement des titres de séjour et de travail afin de s'assurer du maintien de l'intéressé sur la liste des demandeurs d'emploi. () ". En vertu de l'article R. 5221-47 du code du travail, pour demander son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, le travailleur étranger doit satisfaire aux conditions prévues par la section 1 du chapitre premier du titre premier du livre IV de ce code et notamment justifier, ainsi que le prévoit l'article R. 5411-3 de ce code, de la régularité de sa situation au regard des dispositions réglementant l'exercice d'activités professionnelles salariées par les étrangers. L'article R. 5221-48 du même code subordonne en outre l'inscription d'un travailleur étranger sur la liste des demandeurs d'emploi à la détention d'un des documents ou titres de séjour limitativement énumérés par cet article. L'alinéa 17 de l'article R. 5221-48 du code du travail prévoit ainsi que " Le récépissé de première demande de titre de séjour portant la mention " autorise son titulaire à travailler ", fait partie des documents et titres de séjours permettant, lorsque le travailleur étranger en est titulaire, d'être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi.

3. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article R. 431-14 de ce code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévue à l'article L. 421-1 et la carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " prévue à l'article L. 421-3, dès lors que son titulaire satisfait aux conditions mentionnées à l'article L. 5221-1 du code du travail () ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur le droit à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, qui relève des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

5. La décision attaquée du 10 août 2023 refuse l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi de M. C au motif que l'examen effectué au titre du contrôle de validité prévu à l'article L. 5411-4 du code du travail n'a pas permis d'identifier le titre de séjour ou de travail dont l'intéressé serait titulaire et ouvrant droit à une telle inscription. Toutefois, et d'une part, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que, à compter du 23 mai 2023 et jusqu'au 22 novembre 2023, M. C a eu à sa disposition un récépissé de première demande de titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " et accompagnée de la mention " voir autorisation de travail ". D'autre part, il résulte des dispositions citées au point 3, que le titulaire du récépissé de demande de première délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " est autorisé à exercer une activité professionnelle. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que M. C travaille en contrat à durée déterminée au sein de l'entreprise établissements Pauleau-Ginoux depuis le 2 octobre 2023. Dans ces conditions, M. C, doit être regardé comme remplissant la condition de détention d'un des documents ou titres de séjour limitativement énuméré par l'article R. 5221-48 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 2 au moment du dépôt de sa demande d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, au mois d'août 2023.

6. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 août 2023 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi d'Avignon Joly Jean a refusé son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi.

7. Il est constant que M. C a travaillé du 19 septembre 2022 au 19 juillet 2023 et a ensuite été privé d'emploi du 20 juillet 2023 au 2 octobre 2023. M. C a donc droit à être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi au titre de la période du 20 juillet 2023 au 2 octobre 2023, période au cours de laquelle il était privé d'emploi et en situation régulière sur le territoire français. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à France Travail d'inscrire rétroactivement M. C sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du mois d'août 2023, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de France Travail la somme de 1 000 euros à verser à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 août 2023 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi d'Avignon Joly Jean a refusé l'inscription de M. C sur la liste des demandeurs d'emploi est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à France Travail Provence-Alpes-Côte d'Azur de procéder à l'inscription rétroactive de M. C sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du mois d'août 2023, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : France Travail versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à France Travail.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le président,

C. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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