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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303800

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303800

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOULIER CLAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 octobre, 24 novembre et 7 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Soulier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande de certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de l'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'erreur dans l'appréciation de la situation de l'intéressé, dès lors que ce dernier est entré de manière régulière sur le territoire français et satisfait aux conditions prévues par l'article 6-2 de l'accord franco-algérien, qu'il ne représente pas de menace pour l'ordre public et que son éloignement méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est signée par une autorité qui n'est pas habilitée ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus d'admission au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 8 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 décembre 2023.

Un mémoire produit par la préfète de Vaucluse a été enregistré le 22 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Aymard,

- les observations de Me Soulier représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 7 juillet 1996, a épousé le 4 février 2023 à Avignon Mme D C, ressortissante française née le 29 octobre 2003. L'intéressé a sollicité, par un courrier reçu le 27 juin 2023 par la préfecture de Vaucluse, la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 2 octobre 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté la demande d'admission au séjour présentée par l'intéressé, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de l'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 2 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française./ Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 2° Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. De première part, le requérant, qui a épousé le 4 février 2023 à Avignon une ressortissante française, soutient être entré régulièrement sur le territoire français le 10 décembre 2021 sous couvert d'un visa C valable du 10 décembre 2021 au 8 janvier 2022 délivré par les services consulaires espagnols d'Oran, et produit à l'instance ce visa ainsi que le tampon de la police aux frontières mentionnant une entrée en France le 10 décembre 2021 à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle. Toutefois, le requérant ne justifie pas s'être maintenu sur le sol français depuis le 10 décembre 2021, alors que l'intéressé a fait l'objet, à la suite d'une interpellation en Allemagne, d'une remise par les autorités allemandes en date du 24 janvier 2023. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il respecte la condition relative l'entrée régulière en France que prévoient les stipulations précitées de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. Par voie de conséquence, la préfète de Vaucluse a pu, à bon droit, rejeter la demande d'admission au séjour présentée par M. A, le non-respect de la condition relative l'entrée régulière en France justifiant valablement une telle décision de rejet.

4. De deuxième part, si le requérant avance que l'appréciation de la préfète de Vaucluse relative au risque qu'il pourrait faire courir en matière d'ordre public serait erronée, il ne ressort toutefois pas des termes de l'arrêté en litige que la préfète aurait considéré que la présence en France de M. A constituerait une menace pour l'ordre public.

5. De troisième part, s'il ressort des pièces du dossier que M. A a épousé le 4 février 2023 une ressortissante française, ce mariage revêt toutefois un caractère très récent à la date de l'arrêté attaqué. En outre, l'intéressé ne justifie pas de la continuité de sa résidence en France depuis son entrée sur le territoire français en date du 10 décembre 2021 et ne produit à l'instance aucune pièce relative à son intégration socio-professionnelle en France, la circonstance tirée de la création le 16 octobre 2023 d'une entreprise individuelle étant postérieure à la date de l'arrêté attaquée et, par suite, inopérante. Enfin, M. A n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine. Par suite, la préfète de Vaucluse n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris l'arrêté attaqué.

6. Il résulte de ce qu'il a été dit aux points 2 à 5 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de Vaucluse aurait méconnu les stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ou les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle aurait entaché l'arrêté attaqué d'une erreur d'appréciation.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Ces dispositions procédurales s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien qui régit, comme l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, devenu, de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, la délivrance de plein droit du titre de séjour d'un an portant la mention "vie privée et familiale" au conjoint d'un ressortissant français. L'autorité préfectorale n'est tenue de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. Il suit de là que, en l'espèce, la préfète de Vaucluse n'avait pas à saisir pour avis la commission du titre de séjour dès lors que, comme indiqué précédemment, M. A ne remplit pas les conditions prévues par l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. Le moyen tiré du défaut de saisine de cette commission doit, par conséquent, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Ce dernier disposait, aux termes d'un arrêté de la préfète de Vaucluse du 9 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 14 décembre 2022, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés ou décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception des arrêtés et décisions de désaffectation des lieux cultuels et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

10. Lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Le droit de l'intéressé d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, éventuellement assortie d'une obligation de quitter le territoire français. En l'espèce, M. A ne pouvait pas ignorer que son droit au maintien sur le territoire français était subordonné à la circonstance qu'il remplisse les conditions de délivrance du titre de séjour qu'il avait sollicité et qu'il pouvait faire l'objet, en cas de rejet de sa demande, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. En outre, s'agissant de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le requérant n'établit pas avoir sollicité, en vain, la possibilité de présenter des observations au cours de l'instruction de sa demande et l'intéressé ne fait pas davantage état d'éléments qui, s'ils avaient été communiqués, auraient été de nature à avoir une influence sur le sens de la décision attaquée. Il résulte de ces éléments que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

11. En troisième lieu, dès lors que le requérant n'est pas fondé à soutenir, eu égard à ce qu'il a été dit aux points 2 à 7, que la décision portant refus d'admission au séjour serait illégale, M. A ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale.

12. En quatrième lieu, pour les motifs retenus au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A sont rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Les conclusions à fin d'annulation de M. A étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le rapporteur,

F. AYMARD

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

L. GALAUP

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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