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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303923

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303923

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantWADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 octobre 2023 et 24 avril 2024, M. E B A, représenté par Me Wade, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois sous astreinte de 80 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, outre que sa requête est recevable, que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation et il appartenait à l'autorité préfectorale de solliciter des observations ou informations complémentaires ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale et de son activité professionnelle ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée à la préfète de Vaucluse, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mai 2024 :

- le rapport de M. Aymard, premier conseiller,

- les observations de Me Wade représentant M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 8 mars 2000, est entré en France le 13 mars 2020 sous couvert d'un visa D valable du 6 mars 2020 au 4 juin 2020. L'intéressé s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur temporaire " valable du 7 juillet 2020 au 6 juillet 2023. Par une demande reçue en préfecture le 24 août 2023, M. B A a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 18 septembre 2023, la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. L'intéressé demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 18 septembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé pour la préfète de Vaucluse par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse, qui disposait, aux termes d'un arrêté de la préfète de Vaucluse du 9 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 14 décembre 2022, d'une délégation à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés ou décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception des arrêtés et décisions de désaffectation des lieux cultuels et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chaque décision que cet arrêté comporte. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que la préfète de Vaucluse a procédé à l'examen de la demande et de la situation familiale et professionnelle de M. B A. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de Vaucluse aurait dû en l'espèce demander à M. B A, en application de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, de lui transmettre des informations et documents manquants, la demande de l'intéressée n'apparaissant pas incomplète. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen particulier et de la méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Tout d'abord, si M. B A soutient qu'il réside de manière continue en France depuis mars 2020, il ne justifie toutefois de sa présence habituelle sur le territoire français que sur les périodes du 16 mars 2020 au 27 août 2020, du 5 mars 2021 au 2 septembre 2021 et du 24 mars 2022 au 10 août 2022, durant lesquelles il a travaillé en tant qu'ouvrier agricole au sein de la société Jean Jacky, étant précisé que l'intéressé, titulaire d'une carte de séjour " travailleur saisonnier ", n'avait pas vocation à s'établir en France. Ensuite, s'il ressort des pièces du dossier que M. B A s'est marié le 2 juin 2023 avec Mme C D, ressortissante tunisienne née le 1er novembre 2003, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 9 mai 2032, la vie commune de M. B A et Mme D, établie par les pièces du dossier à compter du mois d'avril 2023, présente cependant un caractère très récent à la date de la décision attaquée, l'arrêté en litige ne faisant pas obstacle à ce que leur cellule familiale puisse se reconstituer en Tunisie. La circonstance que les deux époux attendent un enfant est inopérante, dès lors que ce fait est postérieur à la date de l'arrêté attaqué. En outre, au regard des contrats de travail à durée déterminée précités exécutés pour la société Jean Jacky et de la promesse d'embauche du 15 février 2023 émanant de la société SCC Construction, M. B A ne peut pas être regardé comme justifiant d'une intégration socio-professionnelle notable en France. Enfin, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents et une partie de sa fratrie. Il résulte de ce qui précède que la préfète de Vaucluse n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B A une atteinte disproportionnée au regard des buts d'intérêt public en vue desquels elle a pris l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. En l'espèce, si le requérant se prévaut de l'intérêt supérieur de son enfant à naître, cette circonstance est toutefois inopérante dès lors que la naissance prochaine de cet enfant sera postérieure à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. En sixième lieu, à supposer que le requérant ait entendu reprocher à l'arrêté attaqué une erreur de fait entachant le motif tiré de l'absence de qualification de M. B A dans le domaine de la maçonnerie, un tel grief doit toutefois être écarté dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète de Vaucluse aurait pris le même arrêté en se fondant sur les autres motifs de l'arrêté en litige.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2023 qu'il conteste.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Les conclusions à fin d'annulation de M. B A étant rejetées, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent l'être également.

Sur les frais liés au litige :

12. Les conclusions présentées par le requérant au titre des frais de l'instance doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B A, au préfet de Vaucluse et à Me Wade.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeait :

Mme Chamot, présidente,

Mme Achour, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

F. AYMARD

La présidente,

C. CHAMOTLa greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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