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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303949

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303949

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303949
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFARYSSY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2023, M. D E, représenté par Me Faryssy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a retiré sa carte de séjour pluriannuelle mention " travailleur saisonnier ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'arrêté attaqué est entaché de vice de procédure en ce qu'il n'a pas été précédé de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et suivant du code des relations entre le public et l'administration et L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant en situation de compétence liée pour retirer son titre de séjour et en ne procédant pas à un examen approfondi de sa situation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La préfète de Vaucluse n'a pas produit d'observations en réponse à la requête qui lui a été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Achour a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain né le 8 avril 1991, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a retiré sa carte de séjour pluriannuelle mention " travailleur saisonnier ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. C B, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfète de Vaucluse. Par un arrêté du 29 septembre 2023, publié le

2 octobre 2023 au recueil des actes administratifs n° 84-2023-122 de la préfecture de Vaucluse, accessible à tous, M. B a reçu délégation de signature en cas d'empêchement de

M. Christian Guyard, secrétaire général, et de M. F A, sous-préfet chargé de mission auprès de la préfète de Vaucluse, à l'effet de signer tous arrêtés, requêtes et mémoires présentés dans le cadre de recours contentieux, décisions, circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le secrétaire général et le sous-préfet n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et mentionne avec une précision suffisante les faits sur lesquels la préfète de Vaucluse, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments pris en considération, s'est fondée pour décider du retrait de carte de séjour pluriannuelle et de la mesure d'éloignement querellés. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 432-5 de ce code : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. ". Aux termes de l'article L. 432-7 du même code : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut être retirée à tout employeur, titulaire d'une telle carte, en infraction avec l'article L. 8251-1 du code du travail ainsi qu'à tout étranger qui méconnaît les dispositions de l'article L. 5221-5 du même code ou qui exerce une activité professionnelle non salariée sans en avoir l'autorisation. ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. () ".

5. D'abord, pour soutenir que le retrait de titre de séjour contesté aurait dû être précédé de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, M. E invoque les dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, retenant l'exercice d'une activité professionnelle en méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail, a été prise sur le fondement de l'article L. 432-7 du même code, lequel ne renvoie pas au code des relations entre le public et l'administration. Ce moyen est en conséquence inopérant et doit, par suite, être écarté.

6. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que l'exercice, par l'intéressé, d'une activité professionnelle salariée sans autorisation de travail, en méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail, a été constaté lors d'un contrôle le 5 octobre 2023 par les agents de la police aux frontières agissant dans le cadre de la lutte contre le travail dissimulé. M. E ne conteste pas ces faits. S'il fait valoir qu'il a été privé involontairement de l'emploi pour lequel il était autorisé à séjourner en France et de la responsabilité de son employeur pour mener les démarches nécessaires à l'obtention d'une autorisation de travail, ces circonstances n'étaient pas de nature à l'autoriser à travailler pour la société AD clôtures. En outre, alors que M. E invoque une urgence à retrouver un emploi une fois venu régulièrement en France sous couvert de sa carte de séjour pluriannuelle, il ressort des mentions de la décision attaquée, qui ne sont pas sérieusement contredites, que le requérant a déclaré travailler pour cette entreprise depuis avril 2023 soit depuis plus de six mois à la date de la décision attaquée. Par suite, la préfète de Vaucluse n'a pas commis d'erreur d'appréciation en procédant au retrait de la carte de séjour pluriannuelle de M. E sur le fondement de l'article L. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, au vu notamment des mentions de l'arrêté attaqué, que la préfète de Vaucluse se serait estimée en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée, ces mentions démontrant, au contraire que l'autorité préfectorale a examiné la situation personnelle et professionnelle de M. E compte tenu de ses déclarations. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a retiré sa carte de séjour pluriannuelle mention " travailleur saisonnier ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

9. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. E au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Faryssy et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, président,

Mme Achour, première conseillère,

Mme Galtier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

P. ACHOUR

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

L. GALAUP

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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