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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303955

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303955

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303955
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP ICKOWICZ-DEMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 octobre et 30 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Demba, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer une autorisation de travail, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de réexaminer sa situation et de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen eu égard à son intitulé qui fait seulement état d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il a formulé une demande de séjour ;

- en lui faisant application des dispositions du premier alinéa de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au lieu de son troisième alinéa, la préfète a commis une erreur de droit ;

- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation et porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il est exposé à des mauvais traitements dans son pays d'origine qu'il a dû quitter précipitamment, étant d'origine kurde, après avoir déserté de l'armée et avoir fait l'objet d'une arrestation arbitraire ;

- il justifie des circonstances exceptionnelles de nature à fonder son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence.

La requête a été communiquée à la préfète de Vaucluse qui n'a pas produit d'écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- et les observations de Me Demba, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 3 octobre 2001, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer une autorisation de travail, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et énonce l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles il se fonde, de manière suffisamment circonstanciée pour que le requérant soit en mesure d'en le comprendre sens et d'en contester utilement les motifs. La préfète, qui n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, telles que les démarches entreprise par lui-même et par son employeur, a ainsi suffisamment motivé cet arrêté. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que la préfète de Vaucluse s'est livrée à un examen détaillé de la situation de M. A au regard du droit au séjour, avant de décider son éloignement. Dès lors M. A, qui se borne à faire valoir que le titre de l'arrêté fait seulement état d'une obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à soutenir que la préfète ne s'est pas livrée à un examen réel et sérieux de sa situation.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré récemment en France, en 2021 selon ses propres déclarations. Agé de 22 ans, célibataire et sans charge de famille en France, il indique lui-même avoir conservé l'ensemble de ses attaches familiales dans son pays d'origine. Les seules circonstances invoquées qu'il aspire à résider en France et qu'il travaille dans un établissement de restauration rapide, ou celles, au demeurant dépourvues de tout élément probant à leur appui, qu'il a noué des liens amoureux et amicaux, et que l'établissement qui l'emploie serait mis en péril par son départ, ne caractérisent pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Dès lors, en refusant de l'admettre au séjour et en décidant son éloignement, la préfète de Vaucluse n'a pas méconnu les dispositions et stipulations précitées. Elle n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ces décisions sur sa situation personnelle.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " () ".

7. Les circonstances invoquées par M. A qu'il séjourne en France depuis plus de 2 ans, et qu'il occupe un emploi, ne caractérisent pas des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, si M. A fait valoir qu'il a dû quitter précipitamment la Turquie, étant d'origine kurde, qu'il a dû déserter de l'armée, et qu'il a fait l'objet d'une arrestation arbitraire, ces allégations ne sont étayées par aucun élément probant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, doivent être écartés.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

10. Il n'est pas contesté par M. A qu'il est entré sur le territoire français à une date et dans des conditions inconnues, et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Dès lors c'est sans commettre d'erreur de droit que la préfète l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que cette mesure aurait tout autant pu être fondée sur le 3° du même article. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

11. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. En admettant même que M. A doive être regardé comme se prévalant des stipulations citées au point précédent, qui feraient obstacle à un éloignement vers son pays d'origine, ainsi qu'il a été dit au point 7 ses allégations relatives aux risques de mauvais traitements ne sont étayées par aucun élément probant. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A présentées à fin d'annulation, et par voie de conséquences celles présentées à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller.

M. Parisien, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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