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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304032

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304032

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL VMAE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète de Vaucluse de procéder au réexamen de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) d'ordonner à la préfète de Vaucluse, en application de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de produire l'entier dossier administratif ayant justifié l'arrêté attaqué ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* en ce qui concerne la production de son dossier en application de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : la préfète doit communiquer le rapport de l'aide sociale à l'enfance (ASE) du 3 février 2021 sur lequel elle fonde son refus ;

* l'arrêté est édicté par une personne qui n'a pas été habilitée ;

* en ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision méconnaît l'article L. 423-22 du CESEDA dans la mesure où il justifie avoir été pris en charge par l'ASE lors de sa minorité, puis par des associations d'insertion professionnelle à sa majorité ;

- le refus révèle d'un défaut d'examen sérieux de sa demande et une motivation stéréotypée ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du CESEDA dans la mesure où la condition d'entrée régulière n'est pas opposable pour ces catégories de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation alors qu'il justifie suivre des études en menuiserie depuis trois années, métier qui connaît des difficultés de recrutement, et qu'il a établi le centre de ses intérêt privés et familiaux sur le territoire ;

- le refus viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de sa situation actuelle sur le territoire français ;

* en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire : cette décision est illégale par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galtier,

- et les observations de Me Marcel, assistant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 29 décembre 2003, est entré selon ses allégations en France en février 2021. Se prévalant d'une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) avant sa majorité, il a sollicité le 23 mars 2022 la régularisation de sa situation administrative. Par l'arrêté attaqué du 29 juin 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

3. M. A, qui n'est ni assigné à résidence ni placé en rétention administrative, n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions précitées. S'il revient au juge de l'excès de pouvoir, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non démenties par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce et en tout état de cause, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. A détenu par l'administration.

Sur les conclusions principales à fins d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué :

4. L'arrêté contesté a été signé par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Ce dernier disposait, aux termes d'un arrêté de la préfète de Vaucluse du 9 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 14 décembre 2022, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés ou décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception des arrêtés et décisions de désaffectation des lieux cultuels et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision attaquée, que le refus de titre de séjour a été édicté par la préfète de Vaucluse après enquête auprès des services de l'ASE afin de vérifier les fondements de la demande de régularisation présentée par M. A, ainsi qu'après une instruction complémentaire de sa situation le 15 mars 2023. Dans ces conditions, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée, dont la motivation est circonstanciée et fait état de considérations propres à sa situation personnelle, révèlerait un défaut d'examen réel et sérieux de celle-ci.

6. En deuxième lieu, aux terme de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". M. A, qui soutient être entré en France en février 2021 à l'âge de 17 ans, n'est pas fondé à se prévaloir de ces dispositions. En tout état de cause l'intéressé ne justifie pas avoir été prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance au cours de sa minorité et n'est, dès lors, pas fondé à se prévaloir des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à cette catégorie d'étranger.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que pour opposer un refus de titre à M. A, la préfète de Vaucluse, qui a examiné le bien-fondé de la demande au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a estimé toutefois que l'intéressé, présent sur le territoire depuis seulement deux années et justifiant d'une insertion professionnelle depuis septembre 2022, célibataire et sans charge de famille, et ne faisant pas état d'autres considérations à l'appui de sa demande, ne justifiait pas de considération humanitaires ou motifs exceptionnels. Dans ces conditions, la circonstance que l'autorité administrative ait mentionné l'entrée irrégulière de M. A en février 2021 est sans incidence sur la légalité du refus opposé en application de ces dispositions, lequel n'est pas fondé sur cette considération.

9. D'autre part, si M. A se prévaut de sa scolarisation depuis son entrée en France en 2021, et fait valoir qu'il est employé depuis le mois de septembre 2022 en qualité d'apprenti menuisier dans le cadre d'un contrat d'apprentissage de trois années, emploi qui figure sur la liste des métiers confrontés à des difficultés de recrutement, notamment dans le département de Vaucluse, le requérant ne fait état toutefois d'aucun diplôme, d'aucune qualification ni d'une expérience professionnelle significative dans l'exercice de cet emploi. Par ailleurs, M. A n'invoque aucune autre circonstance de nature à démontrer que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du c du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. En se bornant à se prévaloir de son insertion professionnelle et personnelle en France, M. A, célibataire et sans charges de famille, qui déclare avoir quitté la Côte d'Ivoire en 2021 où il n'allègue nullement être dépourvu de toute attache, n'établit pas avoir fixé le centre de sa vie privée et familiale en France. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui est opposé porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11 du présent jugement, le refus de la préfète de Vaucluse de régulariser la situation de M. A n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. Il résulte de ce qui précède que la décision de la préfète de Vaucluse refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. A n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait dépourvue illégale en raison de l'illégalité de ce refus de titre de séjour.

Sur les conclusions accessoires :

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Vaucluse, et à Me Marcel.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ciréfice, président,

Mme Galtier, première conseillère,

Mme Achour, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

La rapporteure,

F. GALTIER

Le président,

C. CIREFICE

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°230403

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