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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304115

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304115

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHMAIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 3 novembre 2023 sous le n° 2304115, M. D B, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 6, 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

II - Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mars et 7 mai 2024 sous le n° 2401217, M. D B, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 6, 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lahmar.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré en France le 1er novembre 2017. Il a bénéficié, du 7 mai 2019 au 6 mai 2021, d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français. Par une demande enregistrée par les services de la préfecture du Gard le 5 juin 2023, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour ainsi que son changement de statut sur le fondement des articles 6, 5° et 7, b) de l'accord franco-algérien. M. B demande, dans l'instance n° 2304115, l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence initialement gardé par le préfet du Gard sur cette demande et, dans l'instance n° 2401217, l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel cette même autorité a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes nos 2304115 et 2401217 concernent le même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, dès lors, lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur une demande de délivrance d'un titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision expresse intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. B doit être regardé comme sollicitant uniquement l'annulation de la décision expresse de refus de titre de séjour matérialisée dans l'arrêté du 4 mars 2024, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet née du silence initialement gardé par le préfet du Gard sur la demande de renouvellement de titre de séjour qu'il a déposée, ainsi que des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination dont est assorti ce refus.

Sur la légalité de l'ensemble des décisions attaquées :

5. L'arrêté du 4 mars 2024 a été signé pour le préfet du Gard par M. C A, sous-préfet, secrétaire général adjoint de la préfecture du Gard, qui disposait, aux termes d'un arrêté du 6 novembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit, par suite, être écarté.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : () : " 5° Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 1er novembre 2017, alors muni d'un visa Schengen d'une durée de validité de quinze jours. Suite à son mariage avec une ressortissante française le 9 mars 2019, dont il est séparé depuis 2021 au moins, il a bénéficié d'un certificat de résidence du 7 mai 2019 au 6 mai 2021. Si M. B démontre, par la production de bulletins de paie couvrant pratiquement l'intégralité de la période allant de l'année 2019 au début de l'année 2024 et d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu en octobre 2022, avoir développé en France des liens professionnels, cette circonstance, de même que la présence régulière en France de sa sœur, sont insuffisantes à démontrer qu'il y aurait déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors qu'il est désormais célibataire et sans charge de famille et qu'il dispose nécessairement d'attaches en Algérie où il a vécu la majorité de son existence. Il s'ensuit qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Gard n'a pas méconnu les stipulations susvisées. Pour les mêmes motifs, en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet du Gard n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de titre de séjour pris à son encontre, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la mesure d'éloignement litigieuse.

9. En second lieu, en l'absence d'élément particulier invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs qu'exposés au point 7 s'agissant du refus de titre de séjour.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prises à son encontre, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de celle fixant le pays de destination.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 er : Les requêtes nos 2304115 et 2401217 présentées par M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Nos 2304115, 2401217

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