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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304121

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304121

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 17 novembre 2023, le groupement foncier agricole (GFA) Bioplissy et la société Reden Développement, représentés par Me Ferrant, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel le maire de la commune de Nîmes a retiré le permis de construire qui avait été délivré au GFA Bioplissy par arrêté du 8 mars 2023 pour la réalisation d'une serre photovoltaïque ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient tous deux d'un intérêt pour agir ;

- la condition d'urgence est remplie en raison à la fois de l'intérêt public attaché à la production d'électricité photovoltaïque et de l'atteinte grave et manifeste aux intérêts privés des requérants du fait notamment des conséquences de l'arrêté en litige sur les conditions d'exploitation du GFA, sa situation financière et la caducité de la promesse de bail signé avec la société Reden développement ainsi que sur le bénéfice du choix de la société Reden Solar au terme de l'appel d'offre de la commission de régulation de l'énergie ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est intervenu au-delà du délai légal de retrait qui expirait le 8 juin 2023, trois mois après l'obtention d'un permis de construire tacite le 8 mars précédent ;

- leur demande de présenter des observations orales durant la procédure contradictoire préalable au retrait n'a pas été satisfaite ;

- le porter à connaissance sur lequel se fonde cet arrêté ne leur était pas opposable et son existence n'est pas établie ;

- le motif tiré de la méconnaissance du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles est entaché d'une erreur de fait car le terrain d'assiette n'est pas concerné par le zonage qui a été retenu par le maire ;

- le motif fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2023, la commune de Nîmes, représentée par Me Maillot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge des requérantes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la société Reden Développement, qui n'est plus liée au GFA Bioplissy par une promesse de bail, ne justifie pas de son intérêt pour agir ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 20 novembre 2023 à 14 heures ont été entendus :

- le rapport de M. Roux, juge des référés ;

- les observations de Me Guillout pour les requérants, qui a repris les moyens invoqués dans ses écritures en insistant notamment sur le respect de la condition d'urgence, de Me Bard, pour la commune de Nîmes, qui a repris et développé le contenu de son mémoire en défense en insistant sur la circonstance qu'une ordonnance du juge des référés du 9 août 2023 a déjà rejeté les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cet arrêté en raison du défaut d'urgence ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour les requérants, a été enregistrée le 23 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le GFA Bioplissy a déposé, le 8 décembre 2022, une demande de permis de construire pour la réalisation d'une serre à couverture photovoltaïque d'une surface de plancher de 27 512 mètres carrés, sur un terrain situé chemin de Bois Fontaine, sur le territoire de la commune de Nîmes. Par arrêté du 29 mars 2023, le maire de Nîmes lui a délivré un permis de construire qu'il a ensuite retiré par arrêté du 22 juin 2023 de l'exécution duquel le GFA Bioplissy et la société Reden Développement demandent au juge des référés de prononcer la suspension.

2. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

Sur la recevabilité :

3. Le défaut d'intérêt pour agir de la société Reden Développement opposé par la commune de Nîmes, qui fait valoir que le retrait de permis litigieux aurait libéré cette société de la promesse de bail à construire qui la liait au GFA Bioplissy depuis le 3 mars 2022, demeure, en tout état de cause, sans incidence sur la recevabilité de la requête en tant qu'elle a été présentée par ce GFA. De plus, si cette promesse de bail à construire, d'une durée de validité fixée à quarante-huit mois, a été signée sous condition suspensive d'obtention du permis de construire la serre photovoltaïque en cause, le point II-a de la sous-partie intitulée : " mise en œuvre " de la partie consacrée aux conditions suspensives de cette convention, stipule que " Si ce permis fait l'objet () d'un retrait pour illégalité dans les trois mois de sa délivrance, la condition suspensive sera réputée comme n'étant pas réalisée si bon semble au bénéficiaire et les présentes seront considérées comme nulles et non avenues sauf si le bénéficiaire décidait de contester ce () retrait, auquel cas il s'oblige alors à engager les démarches dans les plus brefs délais et les présentes seront prorogées du délai d'instruction de cette procédure. ". Ainsi, en l'espèce, le retrait du permis obtenu par le GFA ayant été retiré dans le délai de trois mois suivant sa délivrance et la société Reden Développement ayant décidé, en sa qualité de bénéficiaire de la promesse de bail à construire, de contester ce retrait par diverses voies de recours et notamment par le dépôt de la requête introductive de la présente instance, cette convention par laquelle elle s'est engagée à réaliser les travaux de construction de la serre en contrepartie de l'exploitation de la production électrique de sa couverture photovoltaïque demeure opposable et lui confère un intérêt pour agir contre l'arrêté de retrait du 22 juin 2023.

Sur la condition d'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi d'une demande de suspension d'une décision retirant une autorisation d'urbanisme, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision de retrait sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, en tenant compte, notamment, des conséquences qui seraient susceptibles de résulter, pour les divers intérêts en présence, de la remise en vigueur provisoire de l'autorisation d'urbanisme initialement délivrée.

5. En premier lieu, les requérants se trouvent privés, du fait de l'arrêté de retrait en litige et jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond, de la possibilité de mettre en œuvre leur projet commun et de tirer les bénéfices financiers et matériels de la production agricole sous serre et de la production d'électricité.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, conformément aux obligations contractuelles qui sont les siennes en sa qualité de promettant, telles que stipulées à l'annexe 1 de la promesse de bail à construire, relative aux aménagements, le GFA Bioplissy, après l'obtention du permis de construire retiré par l'arrêté en litige, a procédé à l'arrachage des 5 hectares de vignes se trouvant sur les parcelles objets du projet, afin d'y permettre le démarrage des travaux de construction de la serre par la société Reden Développement. Il se trouve désormais privé, du fait du retrait de ce permis, des revenus d'exploitation correspondant à la production d'un volume non contesté de 37,5 tonnes de raisins pour l'année 2023 sans que cette perte financière ne puisse être compensée par la production agricole projetée sous les 2,7 hectares de terre situés sous la serre photovoltaïque à la réalisation de laquelle s'oppose l'arrêté en litige. L'exécution de l'arrêté de retrait jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité aura, en outre, des incidences sur les engagements pris par le GFA auprès de la coopérative Uni-vert et l'expose à des pénalités financières.

7. En troisième lieu, outre l'intérêt public attaché à la production, par une énergie renouvelable, d'électricité destinée à être vendue au public auquel contribuerait à hauteur de 2231 MWh/an la couverture photovoltaïque de la serre projetée de 27 512 mètres carrés, il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier de la direction générale de l'énergie et du climat du ministère de la transition énergétique, en date du 24 août 2023, que l'offre " RS131 ", relative à la réalisation de cette serre photovoltaïque, que la société Reden Développement a déposée le 22 juin 2023, après l'obtention du permis de construire retiré par l'arrêté en litige, a été retenue au terme de son instruction par la commission de régulation de l'énergie, dans le cadre d'un appel d'offre lancé par ce ministère, portant sur la " réalisation et l'exploitation d'installations de production d'électricité à partir de l'énergie solaire " Centrales sur bâtiments, serres et hangars agricoles et ombrières de parking de puissance supérieure à 500 kWc " ". Tel que l'indique expressément le courrier précité qui la désigne comme lauréate, elle dispose, à compter du 24 août 2023, d'un délai limité à 30 mois pour achever l'installation et doit se conformer aux obligations et prescriptions de toute nature figurant au cahier des charges, ce que rendra difficile, au risque de faire perdre à cette société le bénéfice de sa désignation en tant que lauréate de cet appel d'offre, l'exécution de la décision de retrait contestée jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond tendant à son annulation.

8. Au regard de l'ensemble de ces éléments, qui témoignent de l'atteinte grave et immédiate que l'exécution de la décision de retrait du 22 juin 2023 porte aux intérêts privés de chacun des requérants, et de conséquences de la remise en vigueur du permis de construire délivré, le 29 mars 2023, à un exploitant agricole pour la réalisation d'une serre agricole dont l'essentiel de la structure métallique est démontable ainsi que de locaux techniques de livraison et de transformation maçonnés, de faible superficie, dans une zone agricole où ce type d'occupation du sol est autorisé par le règlement du plan local d'urbanisme, la condition d'urgence doit être regardée comme étant respectée à l'égard des deux requérants.

Sur les moyens propres à faire naître un doute sérieux :

9. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués, fondés sur l'existence d'un vice affectant la procédure contradictoire préalable au retrait du permis de construire, tenant à ce qu'il n'aurait pas été fait droit à la demande adressée par le GFA à la commune de Nîmes, le 4 juin 2023, de présenter des observations orales, sur l'erreur de fait entachant le motif énoncé dans la décision sur le fondement du règlement du plan de prévention des risques de Nîmes applicable à la zone M-NU et sur l'erreur d'appréciation qui aurait été commise par le maire dans l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 22 juin 2023.

10. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, aucun autre des moyens invoqués n'est susceptible de créer un tel doute.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le GFA Bioplissy et la société Reden Développement sont fondés à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de Nîmes en date du 22 juin 2023.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de la commune de Nîmes au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de Nîmes en date du 22 juin 2023 est suspendue.

Article 2 : La commune de Nîmes versera une somme globale de 1 000 euros au GFA Bioplissy et à la société Reden Développement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au GFA Bioplissy, à la société Reden Développement et à la commune de Nîmes.

Fait à Nîmes, le 23 novembre 2023.

Le juge des référés,

G. ROUX

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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