jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2304169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 novembre 2023, M. B, doit être regardé comme demandant au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, la désignation d'un expert ayant pour mission de procéder à l'examen médical de ses pathologies.
Il soutient que :
- il est atteint de problèmes de santé grave depuis 2017, notamment de douleurs abdominales liées à une tumeur du bassin et un cancer du côlon ;
- il est totalement abandonné à son sort et est séquestré dans sa cellule.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le ministre de la justice conclut à sa mise hors de cause et au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la prise en charge sanitaire des personnes détenues ne relève pas de l'administration pénitentiaire mais exclusivement de la compétence du centre hospitalier d'Avignon ;
- la requête est dépourvue d'utilité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription. De même, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et la faute alléguée de cette personne ;
3. M. B doit être regardé comme demandant au juge des référés à ce qu'il soit ordonné une expertise aux fins de déterminer les conditions de sa prise en charge médicale au sein du centre pénitentiaire d'Avignon-le-Pontet.
4. Toutefois, d'une part, le requérant n'expose pas dans sa requête à l'appui de quelles prétentions futures la mesure d'expertise qu'il sollicite est susceptible de se rattacher. D'autre part, le garde des sceaux, ministre de la justice, produit à l'instance des éléments relatifs à l'accès aux soins dont M. B bénéficiait au centre pénitentiaire d'Avignon-le-Pontet, alors que le requérant, qui ne conteste pas ces éléments, n'établit pas de lien de causalité entre les préjudices dont il se prévaut et un manquement reproché au centre pénitentiaire. En outre, si le requérant fait état d'une détresse physique et psychologique, il résulte de l'instruction que M. B n'a jamais sollicité de rendez-vous auprès de l'unité sanitaire de l'établissement pénitentiaire. Dans ces conditions, aucune circonstance particulière ne conférerait à la mesure d'expertise qu'il est ainsi demandé au juge des référés d'ordonner un caractère d'utilité différent de celui de la mesure que le juge du fond, éventuellement saisi, pourra, le cas échéant, décider dans l'exercice de ses pouvoirs de direction de l'instruction.
5. Il s'ensuit que la demande de M. B ne revêt pas le caractère d'utilité requis par les dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et doit, dès lors, être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au centre pénitentiaire d'Avignon-le-Pontet et au ministre de la justice.
Fait à Nîmes, le 13 juin 2024.
Le juge des référés,
P. PERETTI
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce que le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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