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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304183

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304183

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2023, M. C A, représenté par Me Turrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel le maire d'Avignon a délivré un permis de construire modificatif à la société civile immobilière (SCI) Du Lac ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Avignon la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt à agir ;

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- le permis modificatif de régularisation n'a pas été pris dans le délai imparti par le jugement du 12 mai 2023, le permis de construire initial est de ce fait illégal et par voie de conséquence le permis de construire modificatif l'est également ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UH 2.4 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, la SCI Du lac, représentée par Me Guin, conclut au rejet de la requête et à ce que M. A lui verse une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, la commune d'Avignon, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hoenen,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guin, représentant la SCI Du Lac, et de M E, représentant la commune d'Avignon.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 janvier 2022, le maire de la commune d'Avignon a délivré à la SCI Du lac un permis de construire trois villas, ainsi que trois garages, sur une parcelle cadastrée section DV n°778 sur un terrain situé rue de la Sorgue sur le territoire de cette commune. Par un jugement n° 2202153 du 12 mai 2023, le tribunal administratif de Nîmes, a retenu que le projet de construction litigieux méconnaissait les dispositions de l'article UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Avignon et a prononcé, sur ce fondement, l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2022 et a, sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, fixé un délai de trois mois, à compter de la notification du jugement, à la SCI Du Lac pour permettre la régularisation du permis de construire. La SCI a déposé, le 1er juin 2023 une demande de permis modificatif en vue de la correction des prospects au niveau des parties Est et Ouest du terrain. Par un arrêté du 8 septembre 2023, la commune d'Avignon a délivré le permis modificatif de régularisation. M. A demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, directrice générale adjointe des services de la commune d'Avignon en charge du pôle " ville durable et sobre ". Par un arrêté du 10 mars 2023, le maire d'Avignon a accordé une délégation de signature à Mme D pour les actes relevant du département de l'habitat et de l'urbanisme, et notamment la délivrance des permis de construire. Cet arrêté a été transmis à la préfecture de Vaucluse le 10 mars 2023 et affiché le 13 mars 2023. Le moyen tiré de ce que Mme D ne bénéficierait pas d'une délégation de signature régulière doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 600-5 citées ci-dessus que le juge administratif peut procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet. Le juge peut, le cas échéant, s'il l'estime nécessaire, assortir sa décision d'un délai pour que le pétitionnaire dépose une demande d'autorisation modificative afin de régulariser l'autorisation subsistante, partiellement annulée.

5. Ainsi qu'il a été dit au point 1, le tribunal a annulé partiellement le permis initial, sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, en tant qu'il méconnait les dispositions de l'article UD7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Avignon en fixant un délai de trois mois pour régulariser le permis de construire. Comme indiqué au point précédent l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme permet au juge d'assortir sa décision d'un délai pour que le pétitionnaire dépose une demande d'autorisation modificative afin de régulariser l'autorisation attaquée et non un délai durant lequel une autorisation de régularisation doit être rendue. En l'espèce, il ressort des pièces du dossiers que le jugement a été notifié le 15 mai 2023, le pétitionnaire avait jusqu'au 15 août 2023 pour solliciter un permis de régularisation. La SCI Du Lac a déposé sa demande de permis de construire modificatif le 1er juin 2023 dans le délai imparti par le jugement du 12 mai 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis de construire modificatif a été délivré hors délai manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième lieu, à compter de la décision par laquelle le juge a fait usage de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme et prononcé une annulation partielle, seuls les moyens dirigés contre le permis de construire modificatif peuvent être invoqué devant le juge. Les parties ne peuvent soulever aucun autre moyen, qu'il s'agisse d'un moyen déjà écarté par la décision relative au permis de construire initial ou de moyens nouveaux, à l'exception de ceux qui seraient fondés sur des éléments résultant de la régularisation.

7. En l'espèce, si M. A se prévaut de la méconnaissance de l'article UH 2.4 du règlement du plan local d'urbanisme révisé aux termes duquel : " en zone UH, la distance minimale entre constructions ou parties de construction non contiguës implantées sur un même terrain est au moins égale à 4 mètres ", il est constant que ce moyen n'avait pas été invoqué à l'encontre du permis initial et que la régularisation opérée avait uniquement pour objet de se conformer à la règle de prospect. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Avignon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du requérant la somme de 1 200 euros à verser à la SCI Du Lac à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera la somme de 1 200 euros à la SCI Du Lac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la SCI Du Lac et à la commune d'Avignon.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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